GP annulés au Moyen-Orient : quels circuits pour remplacer Bahreïn et Djeddah ?

Paddock|
Vue aérienne montrant trois circuits de Formule 1 candidats au remplacement des GP du Moyen-Orient : Nürburgring, Portimão et Imola

Les tensions au Moyen-Orient menacent les GP de Bahreïn et d'Arabie saoudite. Imola, Portimão, Istanbul, Fuji : quels circuits pourraient les remplacer en avril ?

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Denis D

Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.

Les tensions géopolitiques obligent la F1 à envisager des plans B

L'escalade militaire au Moyen-Orient jette une ombre menaçante sur le calendrier 2026 de la Formule 1. Si la FOM affirme « surveiller la situation », les faits parlent d'eux-mêmes : Pirelli a annulé son test pneus pluie prévu à Bahreïn pour des raisons de sécurité après des frappes de missiles, et le Qatar a suspendu l'ensemble de ses événements sportifs. Le Grand Prix de Bahreïn (12 avril) et celui d'Arabie saoudite (19 avril) sont désormais sous haute surveillance.

La présence d'une base navale américaine à Manama, à seulement trente minutes du circuit de Sakhir, complique sérieusement les garanties de sécurité exigées par la FIA. Le président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, a publié un communiqué officiel sur la situation, tandis que les équipes sont déjà impactées par le conflit.

En cas d'annulation de cette double manche printanière, la F1 devrait combler un vide béant dans son calendrier. Mais les options ne sont pas infinies.

Seulement 15 circuits éligibles dans le monde

Le premier filtre est impitoyable : un circuit doit posséder la certification Grade 1 de la FIA pour accueillir un Grand Prix. Sur les 39 tracés homologués dans le monde, 24 figurent déjà au calendrier 2026. Le vivier de remplacement se limite donc à 15 circuits.

À cela s'ajoutent des contraintes logistiques colossales : déplacer l'ensemble du cirque F1 vers un nouveau site en quelques semaines seulement relève du défi organisationnel. Les circuits extra-européens comme Buriram (Thaïlande), Sepang (Malaisie) ou le Buddh International Circuit (Inde) seraient probablement écartés pour des raisons logistiques. L'Inde pose en plus un problème d'homologation et de fiscalité, comme l'a souligné le journaliste Matt Coch.

Imola : le premier réserviste de la F1

L'Autodromo Enzo e Dino Ferrari est considéré comme le premier circuit de réserve du championnat. Écarté du calendrier 2026 au profit de l'arrivée de Madrid, Imola dispose toujours de l'infrastructure, des fonds et de la volonté politique nécessaires.

Le maire d'Imola, Marco Panieri, avait d'ailleurs rappelé que les budgets étaient « gelés et disponibles » lors de l'annonce de la perte de leur date, précisant que la municipalité avait alloué les ressources nécessaires dans le budget pour 2026. Logistiquement parfaite pour les usines européennes, Imola est l'option la plus naturelle et la plus réaliste.

Le journaliste Mat Coch a d'ailleurs confirmé sur les réseaux sociaux qu'on lui avait dit qu'« Imola est le premier réserviste si un GP est annulé ».

Portimão : la répétition générale avant 2027

Le circuit de l'Algarve s'est déjà assuré un retour officiel en F1 avec un contrat de deux ans pour 2027 et 2028, en remplacement de Zandvoort. Bénéficiant du soutien total du gouvernement portugais et de l'office du tourisme, Portimão possède l'infrastructure nécessaire pour organiser une course au pied levé en avril.

Ce serait une répétition générale idéale avant son retour formel au calendrier, tout en offrant aux écuries un rapatriement logistique simple en Europe. Le circuit avait déjà prouvé sa capacité à accueillir la F1 lors de la pandémie en 2020 et 2021.

Istanbul Park : le circuit que tout le monde veut revoir

Le tracé turc est très apprécié des pilotes et a déjà démontré sa capacité à dépanner la F1 lors de la pandémie. Les négociations pour un retour officiel au calendrier dès 2027 sont bien avancées, même si Stefano Domenicali a entretenu le suspense lors des essais de Bahreïn.

Le PDG de la F1 a déclaré que « la Turquie n'est pas, disons, confirmée à 100 % » et a ajouté : « Restez à l'écoute concernant la Turquie ». Il a souligné que les nouveaux circuits rejoignant le calendrier seraient « des circuits permanents, pas des circuits urbains. Ce sont des circuits avec un héritage, avec un grand passé de course ».

Le circuit est désormais géré par la Fédération turque du sport automobile (TOSFED), ce qui pourrait faciliter les négociations. Seul bémol : les températures moyennes à Istanbul en avril restent assez basses.

Fuji Speedway : le pari du cinquantenaire

Puisque la F1 se rendra de toute façon à Suzuka pour la troisième manche du championnat, pourquoi ne pas prolonger le séjour japonais ? Le Fuji Speedway, propriété de Toyota, a récemment accueilli un événement de test de Haas qui a attiré les foules.

Le rapprochement technique entre Toyota et l'écurie américaine pourrait faciliter les discussions. D'un point de vue historique, 2026 marquerait le cinquantenaire du premier Grand Prix du Japon, disputé à Fuji en 1976. Son homologation Grade 1 expire techniquement le 11 avril, mais un renouvellement ne serait qu'une formalité.

L'obstacle principal reste la fatigue des écuries : après un mois de tournée en Asie et en Océanie (Australie, Chine, Japon), les équipes auront besoin de revenir dans leurs usines européennes pour analyser les données et préparer les évolutions.

Nürburgring et Hockenheim : l'impasse financière allemande

Sur le papier, les deux circuits historiques allemands disposent du Grade 1 et d'une accessibilité parfaite pour le fret européen. Dans les faits, les autorités allemandes refusent de financer les frais d'inscription de la F1. Le directeur d'Hockenheim, Jorn Teske, a rappelé que sans financement tiers pour combler des coûts se chiffrant en « dizaines de millions », un retour est illusoire. Même avec un tarif négocié à la baisse pour un remplacement d'urgence, l'Allemagne reste l'option la moins probable.

Et si les courses étaient simplement reportées ?

Une autre option évoquée par le journaliste Craig Slater de Sky Sports serait de ne pas remplacer les courses, mais de les reporter plus tard dans la saison. Slater a évoqué la possibilité de les recaser « autour de Singapour », mais a aussi souligné le problème logistique que poserait une séquence de quatre week-ends de course consécutifs.

La F1 a tenu à rappeler que ses trois prochaines courses se déroulent en Australie, en Chine et au Japon — loin du Moyen-Orient — ce qui laisse encore quelques semaines avant de devoir prendre une décision définitive. Mais le temps presse, et les discussions en coulisses s'intensifient.

Les prochains jours seront déterminants pour savoir si Bahreïn et Djeddah pourront maintenir leurs dates ou si la F1 devra activer l'un de ses plans de secours. Une chose est sûre : les GP de Bahreïn et d'Arabie saoudite sont sous haute surveillance.