Ce samedi 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive militaire conjointe d'envergure contre l'Iran, baptisée « Operation Epic Fury » côté américain et « Roaring Lion » côté israélien. Les frappes ont ciblé Téhéran, Ispahan, Qom, Karaj et Kermanshah, tandis que l'Iran a riposté en lançant des missiles sur Israël et sur les bases militaires américaines dans plusieurs pays du Golfe, dont Bahreïn, le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis. Des explosions ont été entendues de Dubaï à Doha.
Dans ce contexte d'escalade militaire majeure, la Formule 1 — qui dispose de quatre Grands Prix programmés au Moyen-Orient cette saison — se retrouve directement concernée. Voici un point complet sur la situation et ses conséquences potentielles sur le calendrier 2026.
Les quatre Grands Prix au Moyen-Orient en 2026
Le calendrier de la saison 2026 compte quatre courses dans la région :
- Grand Prix de Bahreïn (Round 4) — 10-12 avril 2026 au Bahrain International Circuit de Sakhir
- Grand Prix d'Arabie saoudite (Round 5) — 17-19 avril 2026 sur le circuit de la Corniche de Djeddah
- Grand Prix du Qatar (Round 23) — 27-29 novembre 2026 au circuit de Lusail
- Grand Prix d'Abu Dhabi (Round 24) — 4-6 décembre 2026 au circuit de Yas Marina
Les deux courses les plus imminentes — Bahreïn et Arabie saoudite — sont celles qui suscitent le plus d'inquiétude, puisqu'elles doivent se tenir dans seulement six semaines.
Des bombardements à proximité directe du circuit de Bahreïn
La situation est particulièrement préoccupante à Bahreïn. En représailles aux frappes américano-israéliennes, l'Iran a ciblé la base navale américaine de la Ve Flotte, située dans la zone de Juffair à Manama. Or, c'est précisément dans ce quartier que séjourne une grande partie du paddock F1 lors des événements à Sakhir. Des vidéos relayées sur les réseaux sociaux ont montré des explosions à environ 20 km du circuit de F1.
Rappelons que la Formule 1 venait tout juste de terminer deux semaines d'essais de pré-saison au Bahrain International Circuit (du 11 au 20 février), soit seulement huit jours avant le début des bombardements. Le journaliste de The Race a souligné que lui et ses collègues « avaient vécu pendant deux semaines dans le quartier de Juffair, celui-là même qui vient d'être visé par une attaque ».
Les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït ont également été touchés par des tirs de missiles iraniens visant des installations militaires américaines. L'espace aérien de Bahreïn, de l'Irak, d'Israël, du Koweït, du Qatar, de la Syrie et des EAU a été fermé, et de nombreuses compagnies aériennes internationales — dont British Airways, Lufthansa, Qatar Airways et Emirates — ont suspendu leurs vols vers la région.
La réaction officielle de la F1 et de la FIA
La Formule 1 et la FIA ont rapidement publié un communiqué conjoint pour tenter de rassurer :
« Nos trois prochaines courses se déroulent en Australie, en Chine et au Japon, et non au Moyen-Orient — ces courses [de Bahreïn et d'Arabie saoudite] ne sont pas prévues avant plusieurs semaines. Comme toujours, nous suivons de près ce type de situation et travaillons en étroite collaboration avec les autorités compétentes. »
Les responsables de la F1 se disent confiants quant au bon déroulement du Grand Prix d'Australie à Melbourne, prévu le 8 mars prochain. Toutefois, l'évolution de la situation au Moyen-Orient dans les jours et semaines à venir déterminera les décisions à prendre concernant les Rounds 4 et 5 de la saison. Comme le souligne Sportskeeda, les courses au Qatar (29 novembre) et aux EAU (6 décembre) ne nécessitent aucune action immédiate à ce stade. Nous avons d'ailleurs publié un premier article sur le sujet dès l'annonce des premières frappes.
Pirelli annule ses essais pneus pluie à Bahreïn
La première conséquence concrète pour le monde de la F1 est l'annulation par Pirelli de ses essais de développement de pneumatiques pluie, qui devaient se tenir les 28 février et 1er mars au Bahrain International Circuit. Mercedes et McLaren avaient mis à disposition des voitures « mulet » pour ces tests, qui prévoyaient l'utilisation de sprinklers pour simuler des conditions humides sur la piste.
Un porte-parole de Pirelli a déclaré : « Les deux jours de tests de développement de composés pour temps humide, prévus aujourd'hui et demain au Bahrain International Circuit, ont été annulés pour des raisons de sécurité suite à l'évolution de la situation internationale. Tout le personnel Pirelli actuellement à Manama est en sécurité dans ses hôtels. L'entreprise s'emploie à assurer leur sécurité et à organiser leur retour en Italie et au Royaume-Uni dès que possible. »
Des perturbations logistiques pour le début de saison
Au-delà de la question des courses au Moyen-Orient, le conflit génère déjà des complications logistiques immédiates. De nombreux membres du paddock F1 devaient se rendre en Australie pour le Grand Prix d'ouverture de la saison à Melbourne en transitant par le Moyen-Orient — Doha, Dubaï ou Abu Dhabi étant des escales habituelles pour les vols depuis l'Europe.
Avec la fermeture des espaces aériens dans la région, ces personnels doivent désormais trouver des itinéraires alternatifs. Si la situation perdure au-delà du début de semaine prochaine, certaines équipes pourraient rencontrer des difficultés pour rejoindre l'Australie dans les délais.
Un précédent rassurant : la « Guerre des Douze Jours » de juin 2025
Il convient de rappeler qu'un précédent existe déjà. En juin 2025, Israël et l'Iran s'étaient affrontés pendant douze jours (du 13 au 24 juin), avec des échanges massifs de missiles et de drones. Les États-Unis avaient alors bombardé trois sites nucléaires iraniens, et l'Iran avait riposté en tirant des missiles sur la base américaine d'Al Udeid au Qatar.
Malgré ce conflit, le Grand Prix du Qatar s'était tenu comme prévu le 30 novembre 2025, sans incident. Ce précédent pourrait laisser espérer que les courses de Bahreïn et d'Arabie saoudite puissent se dérouler normalement en avril, à condition que le conflit actuel ne s'enlise pas dans la durée.
Les scénarios possibles pour la F1
Plusieurs options s'offrent à la F1 si la situation ne se stabilise pas :
1. Maintien des courses
Si les hostilités cessent rapidement — les États-Unis et Israël ont évoqué des opérations « de quelques jours » —, les GP de Bahreïn et d'Arabie saoudite pourraient se dérouler comme prévu. Le paddock ne devrait arriver à Bahreïn que les 7-8 avril, soit plus de cinq semaines après le début du conflit.
2. Report ou délocalisation
En cas de conflit prolongé, la F1 pourrait envisager de reporter ces courses ou de les délocaliser vers des circuits européens ou asiatiques. Cette option serait coûteuse compte tenu des investissements et contrats déjà engagés avec les promoteurs locaux.
3. Annulation
En dernier recours, les Grands Prix pourraient être purement et simplement annulés, comme cela avait été le cas en 2011 pour le GP de Bahreïn lors du Printemps arabe, ou encore pour plusieurs courses lors de la pandémie de Covid-19 en 2020.
Ce qu'il faut retenir
La Formule 1 se retrouve dans une position délicate, tiraillée entre des intérêts commerciaux considérables au Moyen-Orient et la sécurité de ses équipes, pilotes et spectateurs. Avec quatre Grands Prix programmés dans la zone de conflit cette saison, les prochaines semaines seront déterminantes.
Pour l'heure, la F1 adopte une approche attentiste, forte du fait que les trois premières courses de la saison (Australie, Chine, Japon) se déroulent loin de la zone de tensions. Mais si les combats perdurent au-delà de mars, des décisions difficiles devront être prises concernant les GP de Bahreïn et d'Arabie saoudite, voire potentiellement ceux du Qatar et d'Abu Dhabi en fin de saison.
Une chose est certaine : la géopolitique vient une nouvelle fois rappeler à la F1 que son expansion mondiale comporte des risques que même les budgets les plus colossaux ne peuvent maîtriser.






