Red Bull prépare déjà l'après-Verstrappen
L'avenir de Max Verstrappen au sein de Red Bull n'a jamais été aussi incertain. En avril 2026, le quadruple champion du monde n'occupe que la neuvième place du championnat, une situation qui active mécaniquement la fameuse clause de sortie inscrite dans son contrat : si le Néerlandais ne figure pas parmi les deux premiers du classement à un moment précis du calendrier, il peut imposer un départ anticipé avant l'échéance de son engagement, fixée à 2028.
Face à cette éventualité, Red Bull ne reste pas inactive. Selon les informations de F1 Actu, l'écurie autrichienne explore activement plusieurs scénarios pour assurer la relève de son pilote phare. Parmi les noms évoqués avec insistance, celui d'Alexander Albon, l'enfant prodige thaïlandais que Red Bull avait écarté fin 2020, se détache particulièrement.
Laurent Mekies, directeur de l'équipe, se montre rassurant quant à la situation de Verstrappen : « Le Max que nous voyons est un Max totalement engagé. Il veut une voiture rapide et il aide l'équipe à en construire une. » Pourtant, les rumeurs, elles, persistent.
Albon, une renaissance qui impose le respect
Si Red Bull se tourne vers Albon, ce n'est pas par nostalgie, mais bien parce que le pilote de 30 ans a opéré une métamorphose impressionnante depuis son arrivée chez Williams en 2022. En 2025, il a terminé huitième du championnat du monde avec 73 points, devançant son coéquipier Carlos Sainz de neuf unités au classement général.
Cette performance prend tout son sens lorsque l'on replace Williams dans son contexte. L'écurie londonienne, qui n'avait totalisé que 17 points et une décevante neuvième place en 2024, a bondi à 137 points et une cinquième place au championnat des constructeurs en 2025. Albon a été l'artisan discret de ce renouveau, faisant preuve d'une régularité exemplaire, comme en témoigne sa belle cinquième place au Grand Prix d'Australie en début de saison.
Le pilote lui-même semble conscient de sa valeur. Il a déclaré : « J'ai le sentiment d'être très proche de mon niveau maximal. Je pense mériter une voiture avec laquelle je peux viser les podiums et me battre pour des victoires. Plus que tout, je veux que cette équipe reste Williams. » Des propos forts, qui laissent toutefois une porte entrouverte.
James Vowles, directeur de Williams, ne tarit pas d'éloges sur son pilote : « Quand on exerce une pression sur lui, il s'élève. Il a besoin de cette pression pour performer à un niveau supérieur, et je ne m'en étais pas rendu compte auparavant. C'est une qualité remarquable pour un pilote. »
Le facteur thaïlandais : l'atout méconnu d'Albon
Dans toute analyse d'un éventuel retour d'Albon chez Red Bull, un élément crucial est souvent sous-estimé : l'influence considérable des actionnaires thaïlandais de l'écurie. La famille Yoovidhya, détentrice de 51 % de Red Bull GmbH, a toujours entretenu un lien particulier avec Alexander Albon, premier pilote thaïlandais en Formule 1 depuis le Prince Bira en 1954.
Cette relation dépasse le simple attachement symbolique. Lorsque Red Bull avait souhaité se séparer d'Albon fin 2020 après des performances jugées insuffisantes, la famille Yoovidhya — dont la fortune est estimée à 27 milliards de dollars — avait rendu cette décision « extrêmement difficile », selon plusieurs sources proches du dossier. Le pilote bénéficiait d'un soutien indéfectible de la part des copropriétaires thaïlandais, compliquant ainsi les manœuvres de la direction autrichienne.
Aujourd'hui, Albon entretient des relations régulières avec ces actionnaires influents, un atout non négligeable dans la perspective d'un retour. Dans un univers où les décisions sportives se prennent aussi en coulisses, ce levier pourrait s'avérer déterminant.
L'obstacle contractuel : un défi familier pour Red Bull
Le chemin vers un retour n'est cependant pas dénué d'embûches. Alex Albon est lié à Williams jusqu'à la fin de la saison 2027, un engagement pluriannuel qu'il a signé après avoir convaincu l'équipe de ses qualités. Toute tentative de le récupérer avant terme nécessiterait une négociation complexe avec James Vowles, qui n'a aucune raison de faciliter les choses.
Pourtant, Red Bull maîtrise parfaitement ce type de situation. En 2019, l'écurie avait déboursé environ 10 millions d'euros pour libérer Albon de son contrat en Formule E et l'intégrer à son programme junior, avant de le propulser directement en Formule 1 en cours de saison, en remplacement de Pierre Gasly. Les moyens financiers sont là, tout comme la volonté.
De plus, selon des informations rapportées par Sky Sports et relayées par plusieurs médias spécialisés, le contrat d'Albon avec Williams comporterait une clause de sortie lui permettant de rejoindre Red Bull sous certaines conditions. Si cette information se confirme, les obstacles administratifs seraient considérablement réduits.
Gasly et Sainz : des alternatives crédibles, mais complexes
Albon n'est pas le seul nom sur la liste de Red Bull. Selon le média espagnol MARCA, l'écurie de Milton Keynes recherche avant tout un pilote capable d'être immédiatement performant, sans période d'adaptation, parmi trois profils identifiés.
Pierre Gasly figure en bonne place. Le Français, actuellement chez Alpine, continue de démontrer son talent en se maintenant régulièrement en tête du peloton intermédiaire. Il occupe la huitième place du classement après trois manches en 2026. Son histoire avec Red Bull reste cependant tumultueuse : renvoyé en milieu de saison 2019 pour performances jugées insuffisantes, il avait traversé une période difficile avant de se reconstruire. Son engagement chez Alpine complique également toute négociation.
Carlos Sainz représente une autre option sérieuse, peut-être même la plus accessible sur le plan contractuel. L'Espagnol, arrivé chez Williams en 2025, a signé deux podiums lors de sa première saison — les seuls de l'équipe cette année-là —, s'imposant comme une référence en matière d'intelligence de course et de régularité. Martin Brundle, analyste incontournable de la Formule 1, résume bien la situation : « Si Red Bull a besoin d'un pilote pour remplacer Max, ils devront considérer quelqu'un comme Sainz ou Gasly. Ce sont des pilotes très solides, ils l'ont prouvé dans des environnements plus sains. »
Néanmoins, la dimension thaïlandaise et les liens historiques entre Albon et Red Bull penchent en faveur du pilote de Williams. L'analyse de Vowles sur ses deux pilotes illustre d'ailleurs parfaitement la complémentarité des profils d'Albon et de Sainz.
Un retour six ans après : la boucle est-elle bouclée ?
L'histoire d'Albon avec Red Bull est celle d'un talent brisé, puis reconstruit. Propulsé dans le grand bain en 2019 en remplacement de Gasly, le pilote thaïlandais avait montré des éclairs de génie — un premier podium au Grand Prix de Toscane 2020, quelques qualifications remarquables — mais n'avait jamais réussi à s'imposer durablement comme le coéquipier idéal de Max Verstrappen.
Helmut Marko, qui a quitté Red Bull fin 2025 après le départ de Christian Horner, avait d'ailleurs exprimé des regrets publics quant au manque de soutien apporté à Albon à l'époque, estimant que l'incident avec Lewis Hamilton au Grand Prix de Grande-Bretagne 2020 avait profondément marqué le pilote sur le plan psychologique. « Si Hamilton ne l'avait pas sorti, Albon aurait peut-être remporté cette course. Alors, peut-être que tout aurait été très différent », avait-il déclaré.
Six ans plus tard, Albon est un pilote transformé. Plus mature, plus expérimenté, et surtout libéré de la pression écrasante qui pesait sur ses épaules au sein d'une équipe dominée par le génie de Verstrappen. Sa progression chez Williams témoigne d'un pilote qui a su rebondir et se réinventer, à l'image de ce qu'Alonso a lui-même dû faire face à un avenir incertain malgré des saisons difficiles.
Red Bull face à un choix stratégique majeur
Au-delà du simple débat sur les noms, c'est toute la philosophie de Red Bull qui est en jeu. Depuis des années, l'écurie a bâti son modèle sur le développement de jeunes pilotes issus de son programme junior — et sur la domination absolue de Max Verstrappen. Isack Hadjar incarne d'ailleurs cette logique avec son contrat 1+1 assorti de clauses de performance pour 2027.
Mais si Verstrappen venait à quitter l'équipe, Red Bull se retrouverait face à un vide inédit depuis l'ère Vettel. Opter pour Albon serait un pari sur la continuité et sur un pilote qui connaît la culture de l'équipe de l'intérieur. Choisir Gasly ou Sainz reviendrait à privilégier l'expérience pure et un profil immédiatement compétitif dans un environnement inconnu.
La décision finale dépendra de plusieurs facteurs : l'évolution du classement de Verstrappen dans les prochaines semaines, les négociations contractuelles en coulisses, et surtout, la position de la famille Yoovidhya. Dans la Formule 1 contemporaine, où les intérêts commerciaux et sportifs s'entremêlent étroitement, le facteur thaïlandais pourrait bien s'avérer l'élément décisif que personne n'avait anticipé.
Une certitude demeure : Red Bull ne laissera pas le hasard dicter son avenir. Et si le retour d'Albon se concrétise, il ne s'agira pas d'une simple nostalgie, mais bien d'une manœuvre stratégique calculée au millimètre près.






