Fernando Alonso refuse d’évoquer la fin de sa carrière
Lors du Grand Prix Historique de Monaco, une question a particulièrement retenu l’attention du paddock. À 44 ans, fort de 428 départs en Grand Prix et d’une carrière entamée en 2001, Fernando Alonso incarne une légende vivante de la Formule 1. Pourtant, l’Espagnol se refuse encore à envisager la retraite.
« Je me sens compétitif, motivé et heureux au volant. J’espère que cette saison ne sera pas la dernière », a-t-il confié dans une interview accordée en marge de l’événement monégasque. Une déclaration simple, mais lourde de sens pour un homme dont la vie entière s’est construite autour de la course automobile.
Le double champion du monde a également partagé sa philosophie quant à ce moment inéluctable que tout pilote doit affronter un jour : « Le temps nous le dira. Je le saurai quand ce sera le cas. Pour l’instant, je ne pense pas que ce moment soit venu. » Une approche sereine, presque contemplative, de la fin d’une carrière exceptionnelle.
Quarante et un ans derrière un volant
Pour saisir l’attachement viscéral d’Alonso à la compétition, il suffit de se pencher sur ses propres mots : « J’adore ce que je fais. J’adore la course. J’ai disputé ma première course à trois ans, et j’en ai aujourd’hui 44. Ainsi, pendant quarante et un ans, j’ai été derrière un volant. »
Cette confidence en dit plus long que n’importe quelle statistique sur ce que représente la compétition pour l’Asturien. La retraite ne sera pas une décision anodine. « Le jour où je devrai arrêter de courir, ce sera un choix extrêmement difficile à accepter », a-t-il reconnu avec une franchise désarmante.
Les chiffres, d’ailleurs, parlent d’eux-mêmes : 32 victoires, 106 podiums, 22 pole positions, deux titres mondiaux (2005 et 2006) – Alonso évolue dans une dimension à part. En 2024, il est devenu le premier pilote de l’histoire à prendre part à 400 Grands Prix. Sa carrière s’étend désormais sur trois décennies distinctes, un exploit sans précédent.
La réalité difficile d’Aston Martin en 2026
Derrière la flamme intacte d’Alonso se dresse cependant un mur de défis techniques. La saison 2026 d’Aston Martin s’annonce catastrophique : l’écurie de Silverstone n’a pas inscrit le moindre point lors des trois premiers Grands Prix de l’année. La seule fois où l’une de ses voitures a franchi la ligne d’arrivée, c’est lorsque Alonso a terminé dix-huitième au Grand Prix du Japon.
Le problème central réside dans les vibrations anormales générées par le moteur Honda, si intenses qu’elles endommagent les batteries et se répercutent jusqu’aux doigts des pilotes. Adrian Newey, nommé directeur général et technique de l’équipe pour 2026, a lui-même admis la gravité de la situation : « L’unité de puissance est à l’origine des vibrations. Pour l’heure, nous ne pouvons rien faire pour atténuer cet effet. L’aspect le plus préoccupant est que ces vibrations sont transmises aux doigts des pilotes, avec un risque de lésions nerveuses permanentes. »
Alonso et Lance Stroll occupent respectivement les 21e et 22e places du championnat des pilotes, une situation douloureuse pour un pilote de cette envergure.
Un contexte personnel bouleversant
La saison 2026 ne se résume pas aux seuls déboires sportifs pour Alonso. Le pilote a en effet vécu un événement marquant cette année : la naissance de son premier enfant, Leonard, avec sa compagne Melissa Jimenez. L’Espagnol avait confié en 2023 au New York Times que son « plus grand rêve » était de devenir père. Ce rêve est désormais une réalité.
Alonso était d’ailleurs arrivé en retard au Grand Prix du Japon, retenu en Espagne pour la naissance de son fils. Une parenthèse de bonheur au milieu d’une saison sportive chaotique, qui ajoute une dimension humaine à la question de son avenir en Formule 1.
Pedro de la Rosa, consultant chez Aston Martin et ami de longue date du champion, a résumé l’état d’esprit qui règne dans son entourage : « J’espère sincèrement qu’il continuera. C’est le vœu de tous. Mais in fine, tout dépendra de lui, de sa vie et de ses aspirations. »
Miami, premier test grandeur nature
Le Grand Prix de Miami, qui se déroulera du 1er au 3 mai autour du Hard Rock Stadium, arrive à point nommé pour offrir à Alonso et Aston Martin une première occasion de rédemption. Après une pause de cinq semaines due à l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en raison des tensions au Moyen-Orient, les équipes ont pu travailler d’arrache-pied sur leurs monoplaces.
Honda a notamment œuvré sans relâche depuis Suzuka pour tenter de résoudre les problèmes de vibrations. Toutefois, des améliorations significatives ne sont pas attendues avant le Grand Prix d’Autriche. À Miami, le circuit de 5,41 kilomètres, avec ses 19 virages et ses longues lignes droites permettant d’atteindre des vitesses supérieures à 350 km/h, sera un terrain d’expression – ou de confirmation des faiblesses.
L’héritage à préserver
La véritable question qui entoure Alonso est celle de la dignité de son départ. Le double champion du monde n’est pas du genre à tirer sa révérence en demi-teinte. Ses propres mots, prononcés il y a quelques mois, résonnent encore : « Je déciderai saison après saison. Je verrai comment je me sens, à quel point je suis motivé. En ce moment, je le suis énormément, mais je ne peux rien garantir pour les trois ou quatre prochaines années. »
Alonso reste le pilote le plus âgé du plateau en 2026, avec 26 ans et 10 jours d’écart par rapport au benjamin, Arvid Lindblad. Si son contrat actuel le lie à Aston Martin jusqu’à la fin de cette saison, il pourrait même devenir le pilote le plus âgé à avoir disputé un Grand Prix depuis Graham Hill en cas de prolongation.
Une chose est certaine : Fernando Alonso ne partira pas sur un échec. « Je le ressentirai », affirme-t-il. Et lorsque ce moment viendra – si ce n’est pas cette année –, ce sera selon ses propres termes, à sa manière, et non sous la pression des performances d’une voiture défaillante. La légende a encore des pages à écrire.






