Hadjar et le « siège maudit » : quand la lucidité précède l’ambition
Isack Hadjar ne triche pas. À seulement vingt-et-un ans, alors qu’il s’apprête à entamer sa deuxième saison en Formule 1 aux côtés de Max Verstappen chez Oracle Red Bull Racing, le Franco-Algérien a admis publiquement avoir éprouvé de sérieuses appréhensions avant d’accepter cette promotion tant convoitée.
« Bien sûr que j’ai eu des inquiétudes, d’une certaine manière, car lorsque l’on observe les écarts entre les coéquipiers de Max, on se dit : “Waouh, c’est étrange…” Mais en même temps, je suis réaliste », a-t-il confié à Motorsport.com. Cette franchise désarmante constitue peut-être l’un des premiers indices révélant qu’Hadjar aborde ce défi avec une approche distincte de celle de ses prédécesseurs.
Car l’historique est accablant. Depuis le départ de Daniel Ricciardo à la fin de l’année 2018, le second baquet de Milton Keynes s’est transformé en une véritable chambre de supplices pour certains des pilotes les plus talentueux du plateau : Pierre Gasly, congédié après douze courses seulement ; Alex Albon, poussé vers la sortie au terme d’une saison et demie ; Sergio Pérez, progressivement marginalisé ; Liam Lawson, évincé après deux week-ends seulement. Hadjar est parfaitement conscient du poids de cet héritage.
Une première saison sous une pression extrême
Avant même d’envisager son avenir chez Red Bull, Hadjar devait d’abord faire ses preuves au sein de l’écurie Racing Bulls lors de sa saison de rookie en 2025. Et la pression fut immédiate, dès les premiers tours de roue.
« J’ai ressenti énormément de stress en début d’année, car je n’avais pas beaucoup de kilomètres en F1 à mon actif », se souvient-il. « Je me disais : “C’est colossal. C’est le championnat le plus prestigieux au monde. C’est la dernière année de cette réglementation, donc tout le monde donne le maximum. Vais-je me retrouver à trois dixièmes de retard ? Aurai-je du mal à suivre ?” »
Ces craintes ne se sont jamais matérialisées. Hadjar s’est immédiatement intégré au rythme, terminant la saison à la douzième place du championnat avec cinquante-et-un points, avec pour point d’orgue un premier podium mémorable lors du Grand Prix des Pays-Bas. À Zandvoort, il a décroché sa première pole position le 31 août, avant de résister aux assauts répétés de Charles Leclerc et George Russell pour s’adjuger la troisième marche du podium. Il est ainsi devenu le premier pilote arabe à monter sur le podium d’un Grand Prix.
C’est cette performance qui a scellé son destin aux yeux d’Helmut Marko. Interrogé sur la capacité du jeune pilote à supporter la pression du second siège chez Red Bull, l’Autrichien a répondu avec une simplicité désarmante : « Mais Isack est différent. » Avant d’ajouter : « Il a dû se battre bec et ongles pour y parvenir. J’ai vu Russell l’attaquer à plusieurs reprises. Et l’autre pilote était Leclerc. Ils ont vraiment tout tenté, mais il est resté calme. Il n’a commis aucune erreur. »






