Le 15 mars 2015, deux jeunes pilotes prenaient le départ de leur premier Grand Prix de Formule 1, en Australie, sous les couleurs de la Scuderia Toro Rosso. L’un n’avait que dix-sept ans, l’autre vingt. Personne ne pouvait alors imaginer que Max Verstappen et Carlos Sainz Jr s’imposeraient parmi les figures les plus marquantes de leur génération — ni que leurs trajectoires divergeraient de manière aussi spectaculaire.
Melbourne 2015 : deux rookies, une même écurie
Âgé de dix-sept ans et cent soixante-six jours, Max Verstappen entrait dans l’histoire en devenant le plus jeune pilote à prendre part à une course de Formule 1, pulvérisant de près de deux ans le record jusqu’alors détenu par Jaime Alguersuari. À ses côtés, Carlos Sainz Jr, vingt ans, fils du double champion du monde des rallyes, arborait fièrement le numéro 55.
Dès leurs débuts, leurs performances offraient un premier contraste : Sainz se qualifiait en huitième position et terminait la course en neuvième place, tandis que Verstappen, parti douzième, ne parvenait pas à rallier l’arrivée. Cependant, dès le Grand Prix de Malaisie, le jeune Néerlandais frappait un grand coup en se qualifiant sixième pour finir septième — ses premiers points en Formule 1, obtenus à dix-sept ans et cent quatre-vingts jours. Il devenait ainsi le plus jeune pilote à inscrire des points dans la discipline.
Une première saison révélatrice
Au fil de la saison 2015, les deux coéquipiers se livrèrent une lutte interne acharnée. Verstappen décrocha deux quatrièmes places, en Hongrie et aux États-Unis, concluant le championnat avec quarante-neuf points. Sainz, plus régulier mais moins flamboyant, en accumula dix-huit, ce qui lui valut une quinzième place au classement général.
En qualifications, sur l’ensemble de leur période commune chez Toro Rosso, Verstappen prit l’avantage avec treize pole positions contre dix pour son coéquipier. La hiérarchie semblait établie, mais Sainz n’était pas en reste : son travail technique auprès des ingénieurs et sa constance lui valurent rapidement une solide réputation au sein du paddock.
Lors de la cérémonie de remise des prix de la FIA en fin de saison, Verstappen repartit avec trois trophées : « Rookie de l’Année », « Personnalité de l’Année » et « Action de l’Année » pour un dépassement mémorable sur Felipe Nasr. Le phénomène était né.
2016 : la promotion qui change tout
La saison 2016 allait sceller définitivement le destin des deux pilotes. Après le Grand Prix de Russie, Red Bull Racing annonçait, le 5 mai, la promotion de Verstappen au sein de l’équipe première, en remplacement de Daniil Kvyat. Dès sa première course sous ses nouvelles couleurs, en Espagne, le prodige battait Sebastian Vettel pour devenir, à dix-huit ans et deux cent vingt-huit jours, le plus jeune vainqueur d’un Grand Prix de l’histoire.
Sainz, quant à lui, restait chez Toro Rosso et poursuivait sa progression, marquant quarante-six des soixante-trois points de l’écurie cette saison-là. Il terminait douzième du championnat — une performance honorable, mais éclipsée par l’ascension fulgurante de son ancien coéquipier. Comme le confia plus tard son père, Carlos Sainz Sr : « Il reste un peu dans l’ombre. Cela coïncide avec un moment où Red Bull mise sur Verstappen. »
Pourtant, l’Espagnol gardait le moral et faisait preuve d’une lucidité remarquable. Il reconnaissait volontiers le talent exceptionnel de Verstappen, tout en revendiquant sa propre valeur : « J’ai réalisé une bonne première année en Formule 1 en 2015. Peut-être qu’à l’époque, les gens ne percevaient pas pleinement le talent et l’énorme potentiel que Max possédait en tant que pilote. »
Verstappen : l’ascension vers l’Olympe
Depuis sa promotion chez Red Bull, la carrière de Verstappen n’a connu qu’une seule direction : vers les sommets. Après des saisons à s’imposer comme le leader naturel de l’écurie autrichienne, le Néerlandais décrochait son premier titre mondial en 2021 dans des circonstances épiques, face à Lewis Hamilton.
Il ne s’arrêta pas en si bon chemin. Quatre titres consécutifs de 2021 à 2024, une saison 2023 historique avec dix-neuf victoires en vingt-deux courses, un record de dix succès d’affilée établi à Monza cette même année… Les chiffres donnent le vertige : au Grand Prix de Chine 2026, Verstappen totalise soixante-et-onze victoires, quarante-huit pole positions et cent vingt-sept podiums en Formule 1.
Comme le résumait Christian Horner avant son départ de Red Bull : « De ma première victoire à quatre titres mondiaux, nous avons partagé des succès incroyables. Des courses mémorables et d’innombrables records battus. » Pour suivre l’actualité de Verstappen dans le contexte actuel, consultez notre article sur Red Bull en crise : Verstappen impuissant face au naufrage de la RB22.
Sainz : la force tranquille de la Formule 1
Si Verstappen a suivi une trajectoire fulgurante, Sainz a emprunté un chemin plus sinueux, mais tout aussi admirable. Après Toro Rosso, l’Espagnol rejoignit Renault en cours de saison 2017, puis McLaren en 2019, où il décrocha son premier podium au Brésil.
Son aventure chez Ferrari, à partir de 2021, marqua un tournant décisif. Remplaçant Sebastian Vettel aux côtés de Charles Leclerc, Sainz s’imposa progressivement comme un pilote de premier plan. Sa première victoire en Grand Prix, obtenue à Silverstone en 2022 sous une pluie battante et dans des conditions rocambolesques, restera l’un des moments forts de sa carrière. D’autres succès suivirent : Singapour en 2023, puis l’Australie et Mexico en 2024.
Malgré tout, Ferrari choisit de le remplacer par Lewis Hamilton pour 2025, le poussant vers Williams. Loin de se résigner, Sainz signa deux podiums dès sa première saison chez l’écurie britannique, en Azerbaïdjan et au Qatar, confirmant que son talent demeurait intact.
« Je pense que la meilleure version de Carlos est encore à venir », affirmait son père avec conviction. « C’est un pilote qui progresse et qui semble améliorer sa meilleure version chaque année. »
Deux carrières, un même berceau
Aujourd’hui, avec soixante-et-onze victoires pour l’un et quatre pour l’autre, la comparaison des chiffres bruts pourrait paraître sévère pour Sainz. Pourtant, les trajectoires de ces deux pilotes illustrent deux formes de réussite bien distinctes en Formule 1.
Verstappen incarne la domination absolue, la vitesse pure érigée en système, un talent générationnel qui repousse les limites du possible. Sainz, quant à lui, représente la résilience, l’adaptabilité et la constance — des qualités tout aussi précieuses dans un sport aussi impitoyable.
Sainz lui-même résuma avec fair-play leur relation de coéquipiers : « J’ai évidemment été incroyablement surpris par sa rapidité et par son talent exceptionnel de pilote. Il deviendra probablement l’un des meilleurs pilotes de l’histoire, s’il ne l’est pas déjà. » Un hommage sincère qui en dit long sur la grandeur des deux hommes.
Huit ans après ce Grand Prix d’Australie 2015, la Formule 1 leur doit une fière chandelle. Ces deux jeunes pilotes embarqués dans une Toro Rosso ont contribué à écrire certaines des plus belles pages de la discipline. Et pour Sainz comme pour Verstappen, l’histoire est loin d’être terminée — comme en témoigne notre récent article sur Verstappen : « Je ne souhaite pas partir », mais exige des améliorations.






