Après un titre en Formule 2 en 2023, qui aurait dû lui ouvrir toutes les portes, Théo Pourchaire a traversé une période difficile, naviguant entre des projets avortés en Super Formula et une pige écourtée en IndyCar. Aujourd’hui, le Français de 22 ans a trouvé sa place au cœur d’un ambitieux projet industriel : celui de Stellantis, qui en a fait un atout stratégique et polyvalent, évoluant tant dans le Championnat du Monde d’Endurance (WEC) que dans la Formule E.
De la disette à la renaissance sous les couleurs de Stellantis
Le parcours de Pourchaire depuis son sacre en Formule 2 s’apparente à un véritable roman initiatique. Couronné champion à seulement 20 ans à Abou Dhabi en décembre 2023, le jeune pilote s’est retrouvé sans volant en Formule 1, le marché des transferts étant alors gelé. Après l’effondrement de son programme avec l’académie Sauber, une tentative en Super Formula au Japon a tourné court, avant qu’une pige en IndyCar avec Arrow McLaren ne s’interrompe prématurément après seulement huit courses, cédant sa place à Nolan Siegel.
« Peugeot et le groupe Stellantis m’ont sauvé d’une fin de carrière annoncée. Franchement, l’an dernier, je n’avais vraiment plus rien, et il est si facile de tomber dans l’oubli dans ce milieu », confie Pourchaire avec une sincérité désarmante.
Tout bascule lors du Rookie Test de Bahreïn en 2024, aux commandes d’une Peugeot 9X8. En seulement dix-sept tours, il impressionne par ses performances, son approche analytique et son esprit d’équipe. La suite s’enchaîne logiquement : intégration au Young Driver Programme de Stellantis Motorsport en 2025, puis titularisation officielle chez Peugeot TotalEnergies pour la saison 2026, aux côtés de Loïc Duval et Malthe Jakobsen.
Un pilote titulaire en WEC dès 2026
Lors de sa toute première apparition en Hypercar, à l’occasion des 8 Heures de Bahreïn 2025, Théo Pourchaire n’a pas tardé à se signaler. Il a brièvement pris la tête de l’épreuve grâce à un premier relais offensif et une stratégie audacieuse, résistant notamment à Kamui Kobayashi avant de terminer dixième. Un galop d’essai prometteur pour ce qui constitue désormais son programme principal.
En 2026, Pourchaire remplace Stoffel Vandoorne, dont le contrat s’est achevé après les 6 Heures de Fuji. Jean-Marc Finot, vice-président de Stellantis Motorsport, ne cache pas l’enthousiasme de la marque : « Cette nomination reflète notre engagement à construire l’avenir avec des talents prometteurs, formés pour répondre aux exigences des courses d’endurance. Cette philosophie est profondément ancrée dans l’ADN de la marque. »
Autre atout : Pourchaire connaît déjà cinq des huit circuits au programme du WEC 2026. Seuls Interlagos, Fuji et Lusail lui sont encore inconnus, mais il a déjà démontré sa capacité d’adaptation rapide. On se souvient, par exemple, de Doriane Pin, qui a rejoint Peugeot comme pilote de développement Hypercar pour le WEC 2026, illustrant la volonté de Peugeot de miser sur la jeunesse française.
La Formule E, une priorité affichée et une porte vers les monoplaces
Mais l’histoire ne s’arrête pas à l’endurance. En parallèle de son rôle en WEC, Pourchaire est devenu un pilote d’essai régulier pour les marques Stellantis engagées en Formule E. Des tests avec Maserati, puis avec Citroën – qui a pris la suite de l’équipe Maserati –, ont abouti à une deuxième place lors du Rookie Test de Miami en janvier 2026. Il est également annoncé pour le Rookie Test de Madrid le 22 mars.
Le Français ne cache pas ses ambitions : « À mon sens, ma priorité, c’est la Formule E, car, bien sûr, je suis heureux en WEC. Mais le fait qu’une équipe supplémentaire se crée ouvre davantage d’opportunités. J’aimerais vraiment courir en Formule E, car il s’agit d’un championnat du monde de monoplaces. »
La raison de cet attrait ? La nouvelle génération Gen4, qui arrive et que Pourchaire décrit comme très proche de la F1 en termes de performances : « Nous allons nous rapprocher de championnats comme la Formule 1, même sur le plan des performances. » Selon les informations de RacingNews365, Pourchaire figurerait parmi les options sérieusement envisagées pour piloter la nouvelle équipe Opel, dont l’engagement d’usine au sein de Stellantis a été récemment confirmé. Des débuts officiels en course pourraient intervenir dès décembre 2026 à São Paulo.
Cyril Blais, Team Principal de Citroën Racing, confirme l’enthousiasme du constructeur : « Il s’est rapidement intégré avec les ingénieurs, a fourni des retours techniques très clairs et a démontré un excellent rythme. Le faire revenir pour poursuivre cette collaboration était une décision naturelle pour nous. »
Stellantis, stratège de la transition énergétique
Derrière la carrière de Pourchaire se profile une stratégie industrielle cohérente. Stellantis n’a pas placé ses pions au hasard : le groupe est présent en WEC avec Peugeot et ses Hypercars hybrides, en Formule E avec Maserati puis Citroën, et bientôt avec Opel. Cette présence croisée sur les deux championnats électriques les plus prestigieux au monde ne relève pas d’un simple exercice de marketing – c’est un véritable laboratoire technologique à ciel ouvert.
L’investissement dans les technologies hybrides pour les Hypercars LMH facilite directement la conception de véhicules tout électriques. Peugeot prépare d’ailleurs une nouvelle Hypercar pour 2027, avec l’ambition de jouer un rôle central dans l’avenir du WEC. Dans ce contexte, disposer d’un pilote polyvalent, capable d’évoluer aussi bien en endurance qu’en monoplace électrique, représente un atout stratégique majeur.
Pourchaire n’est pas le seul dans cette configuration. Nick Cassidy, après trois saisons brillantes en Formule E, rejoint à la fois Citroën Racing et Peugeot TotalEnergies en WEC. Jean-Éric Vergne, quant à lui, cumule son rôle de pilote de développement chez Peugeot avec une implication croissante dans le projet Formule E de Citroën. Pourchaire s’inscrit dans cette dynamique, aux côtés d’autres talents comme Malthe Jakobsen ou Léo Rossel, tous bénéficiaires du Young Driver Programme de Stellantis Motorsport.
La F1, un horizon jamais abandonné
Malgré ses nouveaux engagements, Pourchaire n’a pas tourné le dos à la Formule 1. Il conserve son rôle de pilote d’essai pour Mercedes en 2026, ce qui lui permet de rester dans la boucle de la catégorie reine. « Participer au développement d’une voiture de Formule 1 au sein d’une équipe de pointe m’aidera sans aucun doute à progresser en tant que pilote, et cela bénéficiera également à mes performances en endurance avec Peugeot », explique-t-il.
Ce double rôle – pilote titulaire en WEC, prétendant sérieux en Formule E et pilote d’essai en F1 – dessine un profil rare dans le sport automobile moderne. À l’image de pilotes comme Jack Doohan, qui ont dû rebondir en European Le Mans Series après avoir été écartés de la F1, Pourchaire illustre comment les talents de la monoplace trouvent de nouvelles voies d’expression dans un sport automobile en pleine mutation.
La pause d’avril 2026 en Formule 1 pourrait d’ailleurs lui offrir une fenêtre utile pour accumuler du kilométrage en Formule E ou en WEC, consolidant ainsi sa polyvalence.
Un champion qui prend sa revanche
Pourchaire voit dans cette période une forme de renaissance. « Depuis mon titre en Formule 2, j’ai traversé des moments très difficiles, et je méritais au moins une meilleure chance, de meilleures opportunités. Que ce soit dans le sport ou dans la vie, il y a des hauts et des bas. Aujourd’hui, je commence la deuxième partie de ma carrière. Je suis un professionnel, je représente une marque automobile et je cours dans un championnat du monde. Je suis vraiment heureux et j’ai hâte de prendre le départ. »
À 22 ans, avec un titre de champion de F2 déjà en poche, un volant titulaire en Hypercar WEC et une porte grande ouverte vers la Formule E, Théo Pourchaire a peut-être trouvé la formule qui lui convient le mieux : celle d’un pilote universel, taillé pour le sport automobile de demain. Pour Stellantis, le calcul est simple – et plutôt brillant.






