Des vibrations comparées à une électrocution
La crise technique qui frappe Aston Martin à l'aube de la saison 2026 prend une dimension humaine alarmante. Lance Stroll a trouvé une comparaison saisissante pour décrire les vibrations générées par le groupe motopropulseur Honda de l'AMR26 : selon le Canadien, c'est comparable à « s'électrocuter sur une chaise ».
Interrogé sur la sensation décrite par Adrian Newey lors d'un briefing extraordinaire à la veille du GP d'Australie, Stroll a livré un témoignage glaçant, expliquant que « la voiture entière tombait en morceaux avec ce niveau de vibration » lors des essais de Bahreïn. Le pilote a par ailleurs réfuté toute suggestion selon laquelle ses blessures au poignet de 2023 aggraveraient les effets ressentis.
Newey tire la sonnette d'alarme : risque de lésions nerveuses
Adrian Newey, directeur technique et patron d'Aston Martin, a révélé des chiffres préoccupants. Fernando Alonso estime ne pas pouvoir dépasser 25 tours consécutifs sans risquer des lésions nerveuses permanentes aux mains. Pour Stroll, ce seuil est encore plus bas : 15 tours seulement.
Ces limitations pourraient contraindre l'équipe à limiter la longueur des relais en course lors du Grand Prix d'Australie, à moins que les correctifs apportés à Melbourne ne réduisent significativement le problème.
Alonso décrit un engourdissement progressif
De son côté, Fernando Alonso a détaillé plus précisément les effets physiologiques. Le double champion du monde explique ressentir un engourdissement des mains et des pieds après 20 à 25 minutes de roulage, causé par la fréquence spécifique des vibrations.
L'Espagnol a toutefois minimisé l'impact immédiat sur le pilotage, assurant que ce n'est « ni douloureux, ni difficile pour contrôler la voiture ». Mais il a admis une inquiétude sur le long terme, reconnaissant ne pas connaître les conséquences de conduire dans ces conditions pendant des mois.
Alonso a ajouté avec sa verve habituelle que « l'adrénaline est bien plus forte que la douleur » et que s'ils se battaient pour la victoire, il pourrait rester trois heures dans la voiture. Reste que la situation est anormale et ne devrait pas exister.
Honda identifie des vibrations anormales comme cause première
Les problèmes trouvent leur origine dans le nouveau groupe motopropulseur Honda. Lors d'une conférence de presse au Japon, Ikuo Takeishi, responsable du département quatre roues de HRC, a confirmé que les vibrations anormales du moteur V6 ont endommagé le système de batterie, provoquant de multiples arrêts lors des essais catastrophiques de Bahreïn.
Honda a révélé que le problème résulte probablement de l'interaction de plusieurs composants, rendant la résolution complexe. Aston Martin a d'ailleurs bouclé le kilométrage le plus faible de toutes les 11 équipes lors de la pré-saison, avec seulement 2 115 km parcourus — contre plus de 6 000 km pour Mercedes.
L'avenir d'Alonso en question
Au-delà de la crise technique immédiate, la situation soulève des interrogations sur l'avenir de Fernando Alonso en Formule 1. À 44 ans, le pilote espagnol dit avoir « 100% confiance » en Honda pour résoudre les problèmes, rappelant que le constructeur japonais est passé de trois années d'échec avec McLaren au succès mondial avec Red Bull.
Mais Alonso a reconnu que « le temps nécessaire pour corriger ces problèmes ne correspond probablement pas avec le temps qu'il me reste en carrière ». L'Espagnol compte évaluer la situation « course après course, mois après mois », et les progrès à court terme influenceront sa décision pour l'année prochaine.
Alonso reste convaincu qu'Aston Martin et Honda remporteront des championnats ensemble. Il ne sait simplement pas s'il sera encore derrière le volant quand cela arrivera.
Melbourne : le moment de vérité
Le GP d'Australie 2026 constituera le premier vrai test grandeur nature des correctifs apportés par Honda et Aston Martin. Des solutions ont été implémentées sur la voiture depuis Bahreïn, et Alonso se dit « curieux de voir ce qu'on peut améliorer ».
Si les contre-mesures ne fonctionnent pas, l'équipe n'aura d'autre choix que de limiter drastiquement ses relais, compromettant toute ambition de résultat. Honda vise le GP du Japon à Suzuka — la troisième course de la saison — comme échéance pour rendre la voiture compétitive. Un objectif qui semble à la fois ambitieux et nécessaire pour éviter que la saison ne soit déjà perdue.






