Six tours et rideau : Aston Martin touche le fond à Bahreïn
La dernière journée des essais hivernaux 2026 à Bahreïn restera gravée dans les mémoires du paddock, mais pas pour les bonnes raisons du côté d'Aston Martin. Lance Stroll n'a bouclé que six tours avant que l'écurie ne mette fin prématurément à son programme, alors qu'il restait encore plus de deux heures de roulage disponibles. Un scénario catastrophe pour une équipe qui portait pourtant d'immenses ambitions pour cette nouvelle ère réglementaire.
La matinée avait déjà donné le ton : l'AMR26 est restée clouée au garage pendant près de quatre heures, Stroll ne prenant la piste que dans les dernières minutes de la session du matin pour deux tours d'installation. L'après-midi, le Canadien n'a ajouté que quatre tours supplémentaires — deux sorties de deux tours chacune — sans enregistrer un seul tour lancé.
Honda au cœur de la tourmente
Le problème principal est venu du groupe propulseur Honda. Un souci de batterie, déjà identifié la veille lors du roulage de Fernando Alonso, a contraint Honda à effectuer des simulations sur son banc d'essai au siège de HRC à Sakura, au Japon, avant d'autoriser un quelconque retour en piste. Pire encore, Honda a révélé faire face à une pénurie de pièces de rechange, forçant l'équipe à limiter drastiquement son programme.
Pedro de la Rosa, représentant de l'équipe, a confirmé la situation auprès des médias : les sorties seraient « courtes et séparées par un minimum d'une demi-heure » afin de préserver les composants restants. Des rumeurs dans le paddock évoquent même qu'Aston Martin ne disposait plus que d'une seule batterie utilisable à ce stade des essais.
Un bilan hivernal catastrophique
Les chiffres sont impitoyables. Sur l'ensemble de la pré-saison 2026 — incluant le shakedown privé à Barcelone et les six jours d'essais à Bahreïn — l'AMR26 n'a bouclé qu'un peu plus de 400 tours. À titre de comparaison, Mercedes a dépassé les 1 000 tours sur la même période, soit plus du double. Aston Martin termine ainsi bonne dernière au classement du kilométrage parcouru, avec seulement 2 111 km au compteur, contre 8 410 km pour Mercedes.
Le rythme en piste est tout aussi préoccupant. Le meilleur temps de l'AMR26 sur l'ensemble des essais bahreïnis s'établit à 1'35"974, soit 3,9 secondes de retard sur le meilleur temps de Charles Leclerc (Ferrari) en 1'31"992. Seule la nouvelle venue Cadillac fait moins bien au chronomètre. Lance Stroll avait d'ailleurs lui-même déclaré, lors du premier test, que son équipe accusait « quatre secondes de retard sur les meilleures équipes ».
Newey face à son plus grand défi
L'AMR26 est la première Formule 1 conçue sous la direction d'Adrian Newey chez Aston Martin. Le légendaire designer, qui a également pris le rôle de Team Principal pour 2026, se retrouve face à un défi colossal. Le contexte n'a pourtant rien de simple : Newey n'a rejoint l'équipe qu'en mars 2025, et la nouvelle soufflerie du campus Aston Martin n'est devenue pleinement opérationnelle qu'en avril de la même année. Résultat : un retard de quatre mois environ par rapport à la concurrence dans le cycle de développement aérodynamique.
Fernando Alonso, malgré les difficultés, a tenu à exprimer sa confiance dans le génie technique de Newey : « Sur le châssis, il n'y a aucun doute, nous avons le meilleur avec nous. Après plus de 30 ans de domination d'Adrian Newey dans ce sport, personne ne doutera que nous trouverons le chemin vers la meilleure voiture. »
De son côté, Pedro de la Rosa a insisté sur le leadership « incontestable » de Newey dans les moments difficiles, expliquant que lors des débriefings techniques, « toute l'équipe sait exactement ce qu'elle doit faire » sous sa direction, une dynamique très différente des années précédentes.
Une saison 2026 à oublier avant même de commencer ?
Le constat est lucide au sein de l'écurie. Mike Krack, le responsable des opérations en piste, a reconnu que les problèmes de fiabilité avaient « significativement réduit le temps en piste » et empêché l'équipe de compléter « toutes les activités habituelles de préparation hivernale ». Pedro de la Rosa a également admis que le début de saison serait difficile : « Quand on part avec du retard, c'est toujours plus compliqué. »
Selon des informations rapportées par ESPN, l'équipe considérerait désormais 2026 comme une « année de test », intégrant l'idée que les premiers Grands Prix serviront essentiellement à accumuler des données. L'objectif de marquer des points, voire de terminer les courses, semble pour l'instant relégué au second plan.
Le premier Grand Prix de la saison 2026 se tiendra à Melbourne les 6-8 mars. D'ici là, Aston Martin et Honda devront résoudre les problèmes de batterie, fiabiliser le groupe propulseur et tenter de combler un gouffre de performance qui semble actuellement abyssal.
Faut-il vraiment s'inquiéter ?
L'histoire de la F1 regorge de débuts de saison catastrophiques suivis de remontées spectaculaires. Mais l'ampleur des problèmes d'Aston Martin — fiabilité du moteur Honda, pénurie de pièces, retard aérodynamique, manque criant de kilométrage — pose la question de la capacité de l'équipe à inverser la tendance en cours de saison.
Le parallèle avec Jordan-Honda en 1998, avancé par plusieurs observateurs, est troublant. À l'époque, le partenariat avait connu des débuts calamiteux avant de s'améliorer progressivement. Si Honda parvient à résoudre ses problèmes de fiabilité et que Newey déploie son génie créatif habituel, Aston Martin pourrait effectivement briller en seconde partie de saison. Mais le chemin sera long, très long.
Pour l'heure, le rêve d'un Aston Martin capable de se battre pour les victoires en 2026 s'est transformé en cauchemar. Et le réveil promet d'être brutal à Melbourne.






