Une victoire symbolique au classement général
Dans la lutte pour éviter la dernière place, Cadillac a remporté une victoire aussi symbolique que significative lors des qualifications du Grand Prix du Japon 2026. Sergio Pérez a signé un temps de 1 min 32 s 206, s’adjugeant la dix-neuvième position sur la grille, devançant Fernando Alonso et son Aston Martin de 0,440 seconde. Valtteri Bottas a complété ce tableau en se classant vingtième, à seulement 0,124 seconde de son coéquipier.
Pour une écurie engagée en Formule 1 depuis une seule saison, devancer Aston Martin – une formation présente dans la discipline depuis des décennies – représente bien plus qu’un simple écart au chronomètre. « C’est la journée la plus compétitive de Cadillac à ce jour », a souligné Bottas avec satisfaction, précisant que « l’écart semble s’être légèrement réduit avec la plupart des voitures qui nous précèdent ».
Il convient toutefois de relativiser ces chiffres : Pérez accuse encore un retard de 1,1 seconde sur le dix-huitième, Oliver Bearman (Haas), et de 1,3 seconde sur le temps limite de la Q2. L’écart avec le milieu de grille demeure conséquent.
Pérez pénalisé par des soucis de déploiement d’énergie
Le week-end de Sergio Pérez à Suzuka fut loin d’être serein. Le Mexicain a d’abord été impliqué dans une collision avec Alex Albon lors des essais libres, ne lui laissant que deux tentatives en qualification. Mais c’est surtout un problème technique récurrent qui a grevé ses performances.
« Nous rencontrons d’importantes difficultés avec le déploiement d’énergie. Je perds entre trois dixièmes et une demi-seconde à chaque tour effectué ce week-end », a-t-il expliqué. La situation s’avère d’autant plus préoccupante que l’équipe peine à en identifier l’origine : « Nous ne comprenons pas encore pleinement ce problème. J’espère vraiment que nous parviendrons à le résoudre demain, car cela représenterait un gain de temps considérable en course. »
Ces difficultés liées à l’unité de puissance prennent une dimension particulière dans le cadre du nouveau règlement 2026. La part électrique est passée de 20 % à 50 %, tandis que la puissance de déploiement électrique a été portée de 120 kW à 350 kW. Comme la FIA a annoncé des ajustements à la gestion d’énergie avant ce Grand Prix du Japon, le défi de maîtriser ce nouveau paradigme est universel, mais particulièrement ardu pour une équipe novice.
Pérez lui-même avait évoqué cette complexité lors des premières courses de la saison : « Cette Formule 1 est radicalement différente de ce à quoi j’étais habitué. C’est le changement réglementaire le plus important que j’aie connu dans ma carrière. La gestion de l’énergie, les déploiements… Tout cela est extrêmement difficile. »
L’évolution du diffuseur porte ses fruits
Contrairement à Pérez, Bottas a bénéficié d’une journée bien plus sereine. « C’est la première fois du week-end que j’ai pu rouler sans aucun problème et me concentrer pleinement sur la performance et la mise au point », a-t-il déclaré, visiblement satisfait.
La mise à niveau du diffuseur apportée par Cadillac à Suzuka semble avoir produit les effets escomptés. « Nous avons gagné un peu de charge, surtout à l’arrière », a confirmé Bottas. Une amélioration corroborée par Pat Symonds, consultant technique de l’équipe, qui a précisé : « Tout ce que nous tentons de faire, c’est simplement d’ajouter de la charge sur la voiture. Nous voulons nous assurer que la charge à l’arrière reste cohérente. »
Symonds s’est montré prudemment optimiste quant à l’état global de la MAC-26 : « Les pilotes estiment que la voiture est plutôt bien équilibrée. Nous avons trouvé un bon compromis entre les virages rapides et lents, ainsi qu’entre les charges de carburant faibles et élevées. Quand on y parvient, c’est très encourageant pour la suite. Maintenant, si nous pouvons ajouter davantage de charge, je pense que nous pourrons commencer à nous mêler au milieu du peloton. »
Bottas, la stabilité face aux turbulences
Le contraste entre les deux pilotes de Cadillac illustre les défis d’une écurie en construction. Là où Pérez cumule les obstacles – accident lors des EL1, problèmes persistants de déploiement d’énergie non résolus –, Bottas incarne une relative continuité.
Cette différence s’explique en partie par leurs parcours respectifs. Bottas, qui avait passé la saison 2025 en tant que pilote de réserve chez Mercedes, a retrouvé la compétition avec une certaine fraîcheur. Pérez, quant à lui, revenait après une année complète hors des circuits, suite à son départ de Red Bull, et doit parallèlement s’adapter aux exigences d’un règlement particulièrement complexe en matière de gestion énergétique.
« Fondamentalement, même si nous manquons de charge, l’équilibre de la voiture se situe dans une fenêtre acceptable dès le départ », a souligné Bottas. « Tous les éléments sont en place pour progresser. Maintenant, il faut les concrétiser. »
Ce bilan reste toutefois nuancé : « Il subsiste un écart manifeste avec le milieu de grille, ainsi qu’avec Aston Martin. C’est là que nous en sommes. »
Miami en ligne de mire après cinq semaines de trêve
La pause forcée de cinq semaines avant le Grand Prix de Miami – conséquence de l’annulation des épreuves au Bahreïn et en Arabie saoudite – représente une opportunité à saisir pour Cadillac. L’équipe prévoit d’introduire de nouvelles évolutions sur la MAC-26 pour ce rendez-vous floridien.
« Lors des quatre ou cinq premières courses, nous avons toujours quelque chose de nouveau à mettre en piste sur le plan aérodynamique, avec davantage de charge à chaque fois », avait expliqué Bottas. Cette cadence d’évolutions témoigne de l’approche offensive de l’écurie américaine, qui ne se contente pas de gérer sa saison, mais cherche activement à combler son retard.
Graeme Lowdon, le directeur de l’équipe, a confirmé que des mises à niveau étaient prévues à Miami, tout en précisant que le changement de calendrier pourrait en modifier la nature et le rythme de développement. Concernant cette pause, il a estimé qu’elle était « bénéfique, dans la mesure où tout est nouveau – les systèmes, les processus, la manière dont les équipes collaborent. Ce temps supplémentaire pour souffler est donc bienvenu. »
Bottas partage cet avis, se disant « plein d’espoir » quant à la capacité de Cadillac à « franchir une étape importante » à Miami, avec « de nombreuses nouveautés en préparation ». Pérez, de son côté, vise la pause estivale pour « marquer des points », preuve que les deux hommes, bien que nourrissant des ambitions à des échéances différentes, partagent une même détermination.
Une progression réelle, mais encore fragile
Depuis ses débuts à Melbourne – où Cadillac avait réussi à faire terminer ses deux voitures, contrairement à des écuries comme Red Bull ou McLaren –, l’écurie américaine trace une courbe de progression encourageante. En Chine, Bottas avait décroché la treizième place, meilleur résultat de l’équipe à ce stade. À Suzuka, cette victoire morale sur Aston Martin marque un nouveau palier.
Cependant, le chemin reste long. Le contexte de la saison 2026, avec ses nouvelles réglementations techniques, complique la tâche de toutes les équipes, et plus particulièrement celle d’un nouvel entrant devant simultanément maîtriser sa monoplace, développer ses infrastructures et constituer ses effectifs. Cadillac opère depuis quatre sites – dans l’Indiana, en Caroline du Nord, au Michigan et dans le Northamptonshire – tout en ayant recruté plus de 520 employés en moins d’un an.
Peut-être la véritable victoire de Suzuka ne réside-t-elle pas tant dans le fait d’avoir devancé Aston Martin, mais bien dans la démonstration, malgré les problèmes et les approximations inhérentes à une première saison, que la progression est tangible. Miami, dans cinq semaines, révélera si cette dynamique est durable.






