Le circuit privé le plus exclusif d’Asie est né au pied du mont Fuji
Imaginez un circuit de Formule 1 niché dans les montagnes japonaises, accessible à une poignée d’élus seulement, avec le mont Fuji pour toile de fond. Ce rêve est désormais une réalité : bienvenue au Magarigawa Club, le circuit privé le plus exclusif d’Asie, inauguré en 2023 après plus de trois années de travaux et un investissement colossal, estimé à 160 millions de livres sterling.
Situé dans la préfecture de Chiba, surplombant la baie de Tokyo, ce chef-d’œuvre automobile a été conçu par Hermann Tilke, l’architecte allemand à qui l’on doit les plus prestigieux circuits de Formule 1 des deux dernières décennies. Le résultat est à la hauteur de sa réputation légendaire.
Hermann Tilke, le maître incontesté des circuits modernes
Né le 31 décembre 1954, Hermann Tilke n’est pas seulement un ingénieur : il est l’homme qui a redessiné la géographie de la Formule 1. Diplômé en génie civil de la Fachhochschule d’Aix-la-Chapelle, il fonde Tilke Engineering en 1984. Depuis, son cabinet — Tilke Engineers & Architects — a conçu et réalisé plus de 80 circuits à travers le monde, dont 19 dédiés à la Formule 1.
Parmi ses réalisations les plus emblématiques figurent le Bahrain International Circuit, le Shanghai International Circuit, le Yas Marina Circuit d’Abou Dabi, l’Istanbul Park, le Marina Bay Street Circuit de Singapour ou encore le Circuit of the Americas à Austin. Sa philosophie ? Rendre la course plus sûre tout en optimisant les opportunités de dépassement — une révolution qui a profondément marqué le sport automobile.
« J’ai conçu de nombreux circuits au cours des trente dernières années, et chacun d’entre eux est véritablement unique. Qu’il s’agisse de Formule 1, de moto ou du public, je refuse de me limiter aux concepts existants », confie-t-il.
Pour le Magarigawa, c’est Dr. Carsten Tilke, fils d’Hermann et directeur général du cabinet, qui a supervisé une grande partie de la conception pratique. Son avis sur le projet est sans équivoque : « La topographie extrêmement vallonnée offre une base stupéfiante pour le tracé et rend cette configuration absolument unique au monde. »
Un tracé technique aux allures de « Touge » japonais
Le Magarigawa Club s’étend sur 3,5 kilomètres et compte 22 virages, deux lignes droites à haute vitesse — dont une de 800 mètres — ainsi que des dénivelés spectaculaires : 20 % en montée et 16 % en descente, pour un dénivelé total de 250 mètres.
Ce profil montagneux n’a rien d’anodin. Le circuit s’inspire délibérément des célèbres routes de montagne japonaises, les « Touge », ces cols sinueux qui ont forgé la culture automobile nippone. Comme l’explique Masanori Sekiya, chef instructeur du club : « Le tracé du Magarigawa est unique en son genre, avec des courbes en montée qui reproduisent les particularités des routes japonaises. Plutôt qu’un lieu de compétition, il est idéal pour l’apprentissage, la pratique et le perfectionnement, quel que soit votre niveau ou la performance de votre véhicule. »
La sécurité y est une priorité absolue. L’entreprise suisse Geobrugg, référence mondiale en matière de barrières anti-débris pour la Formule 1, a installé 2 682 mètres de barrières homologuées par la FIA, espacées de 6 mètres, ainsi que 44 mètres de barrières mobiles. Un standard digne des plus grands Grands Prix.
La vision d’un milliardaire passionné d’automobile
Derrière ce projet hors norme se cache un homme : Kenzo Watari, PDG du groupe Cornes, l’un des plus importants importateurs de voitures de luxe au Japon — Ferrari, Lamborghini et autres marques d’exception figurent à son catalogue. Passionné de sport automobile, Watari rêvait d’un lieu où il pourrait partager sa passion avec sa famille, à l’abri des regards et du tumulte urbain.
« Magarigawa sera un foyer pour les amoureux de voitures. Un sanctuaire où les membres pourront vivre leur passion et la partager avec leurs proches », déclare-t-il.
Pour concrétiser ce rêve, il a fallu remodeler une montagne entière. Littéralement. La construction a nécessité plus de trois ans de travaux titanesques pour dompter la topographie escarpée de la préfecture de Chiba. Le résultat ? Un circuit en parfaite harmonie avec son environnement naturel, où les arbres bordent chaque mètre d’asphalte.
« C’est comme courir dans les nuages, sous le regard bienveillant des montagnes », confie un visiteur du circuit. Une image qui résume à elle seule l’essence de ce lieu.
Un club ultra-exclusif réservé à 400 membres triés sur le volet
Le Magarigawa n’est pas un circuit où l’on achète un simple billet. Il s’agit d’un club privé dont l’adhésion est strictement contrôlée. Actuellement, le club compte environ 400 membres, dont 80 % sont japonais et 20 % originaires d’Asie, d’Europe et des États-Unis.
Le club a été salué par Top Gear Magazine comme « le plus grand circuit de course privé au monde » et présenté comme le premier du genre en Asie. Deux formules d’adhésion sont proposées : 500 adhésions complètes (à vie) et 750 adhésions associées (renouvelables tous les cinq ans). Le coût d’entrée, estimé à 230 000 dollars américains, en fait l’un des lieux les plus exclusifs au monde pour fouler un circuit.
Cette exclusivité évoque d’autres univers du luxe absolu, à l’image de la manière dont Liberty Media a transformé la Formule 1 en un véritable empire financier, où chaque expérience premium se négocie à prix d’or.
Un club-house cinq étoiles où l’excellence se vit hors piste
Le Magarigawa ne se limite pas à son tracé. Le club-house a été conçu comme une retraite de luxe à part entière. Au programme : un bar à vins et cigares, une salle de simulation de conduite, des vestiaires somptueux pour hommes et femmes intégrant des caractéristiques d’onsen (source thermale japonaise), une piscine à débordement extérieure et des salons spa offrant une vue imprenable sur la piste.
Une salle de sport entièrement équipée — avec des entraîneurs disponibles en permanence — complète cette offre. Comme le résume un invité du club avec enthousiasme : « On pourrait passer un week-end entier ici sans toucher à une voiture, et ce serait déjà l’un des meilleurs séjours au Japon. »
Masanori Sekiya et une académie de conduite d’élite
Pour guider les membres sur la piste, le Magarigawa a fait appel à l’une des plus grandes légendes du sport automobile japonais : Masanori Sekiya, vainqueur des 24 Heures du Mans en 1995 au volant d’une McLaren F1 GTR — et premier pilote japonais à remporter cette épreuve mythique. Il dirige une équipe d’instructeurs d’élite au sein de la MAGARIGAWA Academy.
Les sessions sont organisées en petits groupes, avec un temps de conduite optimisé et des briefings approfondis dispensés par des pilotes professionnels. L’académie s’adresse aussi bien aux novices qu’aux conducteurs expérimentés et propose même des sessions familiales, y compris dans des voitures décapotables, sans obligation de porter un casque.
Le circuit a également accueilli des événements prestigieux, comme le lancement japonais de Singer Vehicle Design en 2024, le spécialiste californien de la restauration de Porsche. « Nous avons pu offrir à nos clients une expérience unique sur l’un des circuits les plus remarquables au monde », a déclaré Rob Dickinson, fondateur de Singer.
Des événements spectaculaires ont marqué l’inauguration du club, avec des expositions rassemblant environ 500 voitures — des classiques rarissimes aux dernières hypercars d’Aston Martin, Lamborghini et Bugatti — accompagnées de démonstrations de côte et de drift.
L’impact culturel : quand la Formule 1 rencontre l’âme japonaise
Le Magarigawa ne se contente pas d’être un circuit d’exception. Il incarne une synthèse rare entre l’excellence technique occidentale et la sensibilité esthétique japonaise. Chaque détail du site — des couleurs des barrières, qui se fondent dans la forêt, aux vues sur le mont Fuji — a été pensé pour respecter l’environnement naturel.
« Nous avons veillé à garantir la sécurité de tous les conducteurs sur le circuit, tout en choisissant des teintes qui s’harmonisent avec la nature et donnent l’impression de rouler à travers la forêt », explique Rafael Galiana, fondateur et PDG du projet Magarigawa.
Le club s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation du sport automobile japonais, à l’heure où Racing Bulls a célébré la culture nippone sur sa livrée à Suzuka. L’Institut Peninsula Tokyo propose même des expériences guidées pour découvrir le circuit dans le cadre d’un voyage premium à travers Honshu, incluant des vues sur le mont Fuji et des routes côtières pittoresques.
Le Magarigawa Club n’est pas seulement un terrain de jeu pour milliardaires. C’est l’expression d’une philosophie : la passion automobile, lorsqu’elle est portée à son apogée, peut devenir une œuvre d’art à part entière. Hermann Tilke, lui, peut en être fier.






