Le 28 avril 1996 demeure une date gravée dans les annales de la Formule 1. Ce jour-là, sur le circuit du Nürburgring, un jeune Canadien de vingt-quatre ans écrivait la première ligne de sa légende en s’imposant lors du Grand Prix d’Europe. Jacques Villeneuve, fils du regretté Gilles, triomphait face au double champion du monde Michael Schumacher au terme d’une lutte acharnée. Trente ans plus tard, cette victoire n’a rien perdu de sa splendeur ni de son intensité.
Un rookie au destin exceptionnel
Lorsque Jacques Villeneuve fait ses débuts en Formule 1 en 1996, il ne passe guère inaperçu. Champion en titre de CART et vainqueur des 500 miles d’Indianapolis, le Canadien porte sur ses épaules l’héritage d’un nom illustre, celui de son père Gilles, tragiquement disparu en 1982. Williams, vice-championne des constructeurs en 1995, mise sur lui pour épauler Damon Hill. Le pari est audacieux, mais la Williams FW18 conçue par Adrian Newey se révèle d’emblée une monoplace d’exception.
Dès Melbourne, Villeneuve décroche la pole position — une première pour un rookie — avant de voir la victoire lui échapper en raison d’une fuite d’huile. Le ton est donné : ce pilote n’est pas un simple figurant. Il faudra attendre la quatrième manche du championnat, le Grand Prix d’Europe sur le Nürburgring, pour que le Canadien ne lève enfin les bras en signe de victoire.
La course : une démonstration de maîtrise
Un départ parfait
En qualifications, Williams s’empare de la première ligne, avec Damon Hill en pole position en 1 min 18 s 941, devant Villeneuve, à 0 s 780. Mais lorsque les feux s’éteignent, c’est le Canadien qui tire son épingle du jeu. Hill rate son envol et chute à la cinquième place, laissant son coéquipier s’emparer de la tête sans forcer. Derrière, Coulthard, Barrichello (Jordan) et Schumacher se disputent les positions.
Villeneuve ne se retourne pas. Il creuse l’écart avec méthode et régularité, portant son avance sur Coulthard à treize secondes avant la première vague d’arrêts aux stands. La FW18 tourne comme une horloge, et le rookie canadien semble évoluer dans une autre dimension.
L’undercut de Schumacher
Michael Schumacher, cependant, n’est pas venu au Nürburgring pour assister à la performance de Villeneuve. Lors de son passage aux stands, le « Baron Rouge » réalise un undercut magistral, réduisant son retard initial de neuf secondes à une seule en l’espace de neuf tours. À trente-huit tours de l’arrivée, il se retrouve dans les rétroviseurs de Villeneuve, prêt à en découdre.
Le duel qui s’ensuit est d’une intensité rare. Schumacher attaque, cherche la faille, tente de reproduire l’exploit réalisé un an plus tôt sur ce même circuit, lorsqu’il avait dépassé Jean Alesi à deux tours de l’arrivée. Mais Villeneuve résiste. Il contrôle, gère, répond à chaque assaut avec un sang-froid déconcertant pour un novice. se souviendra-t-il plus tard.






