Sebastian Vettel : un champion sur une nouvelle ligne d’arrivée
Quatre titres mondiaux de Formule 1, une décennie de domination dans le sport automobile et des records gravés dans l’histoire. Pourtant, ce dimanche 26 avril 2026, Sebastian Vettel s’est lancé un défi d’un tout autre genre : parcourir les 42,195 kilomètres du Marathon TCS de Londres en moins de trois heures, tout en soutenant deux associations caritatives liées au monde de la Formule 1.
Mission accomplie. L’Allemand, âgé de 38 ans, a franchi la ligne d’arrivée en 2 h 59 min 08 s, s’offrant ainsi le luxe de passer sous la barre symbolique qu’il s’était fixée. Une performance remarquable pour un coureur amateur, réalisée sous un soleil généreux dans la capitale britannique.
Une course maîtrisée de bout en bout
Portant le dossard numéro 45294, Vettel a pris le départ à 9 h 35, heure locale. Sa stratégie de course – une qualité qu’il avait affinée durant ses années en F1 – s’est révélée tout aussi efficace sur bitume. L’ancien pilote de Red Bull, Ferrari et Aston Martin a atteint la mi-parcours en 1 h 29 min 18 s, parfaitement dans le rythme pour atteindre son objectif, avant de boucler les 21,1 kilomètres restants en 1 h 29 min 50 s.
Un negative split quasi parfait pour un néophyte sur cette distance. À titre de comparaison, l’ancien footballeur Aaron Ramsey, ex-joueur d’Arsenal, a terminé juste derrière lui en 3 h 00 min 30 s, tandis que la légende du cricket Alastair Cook a franchi la ligne d’arrivée en 3 h 05 min 15 s. Vettel, quant à lui, est arrivé à 12 h 04, en tête du classement des célébrités de cette édition record.
Des mots empreints d’émotion au terme de l’effort
À l’arrivée, visiblement ému et encore sous le coup de l’adrénaline, l’ancien quadruple champion du monde a partagé ses impressions avec une humilité touchante :
« C’était très long, mais c’était ma première fois, alors je ne savais pas à quoi m’attendre. C’est incroyable de voir autant de monde le long du parcours, et de constater à quel point tout le monde est heureux. C’est une expérience vraiment formidable. »
Interrogé sur sa motivation profonde et son objectif personnel, il a expliqué :
« J’ai toujours voulu courir un marathon. Je me suis maintenu en forme, avec beaucoup de course à pied et de vélo. Je me suis dit que c’était le bon moment, et je me suis fixé un objectif ambitieux que j’ai réussi à atteindre. Je voulais passer sous les trois heures, ce que j’ai fait. Je suis donc très heureux – mais encore plus soulagé d’avoir terminé ! »
Avant de conclure, avec générosité, par une invitation à tous : « Après avoir vécu cette expérience, je ne peux que recommander aux gens de s’inscrire et d’essayer. »
Tom Clarkson, partenaire de course et de cause
Pour ce premier marathon, Vettel n’était pas seul. Il était accompagné de Tom Clarkson, l’un des journalistes les plus respectés du paddock de la F1, présentateur et podcasteur ayant couvert plus de 500 Grands Prix consécutifs depuis 1998. Clarkson avait d’ailleurs annoncé l’événement sur X avec son humour caractéristique : « Je cours le Marathon de Londres au profit de deux associations formidables liées à la F1 : le Grand Prix Trust et la Brain & Spine Foundation. Seb Vettel court avec moi. Oui, il est rapide. »
Cette complicité entre les deux hommes illustre parfaitement la solidarité qui anime la communauté de la F1, bien au-delà des rivalités sportives. Dans un univers souvent perçu comme élitiste, de telles initiatives rappellent que ses acteurs savent aussi se mobiliser pour des causes essentielles.
Une collecte de fonds dépassant toutes les attentes
Le duo s’était fixé un objectif de 5 000 £. Au moment de la publication des résultats, la somme récoltée s’élevait à 8 873 £, soit un dépassement de 77 % par rapport à l’objectif initial. Une preuve éclatante de l’influence d’un ancien champion du monde, même retiré des circuits depuis près de quatre ans.
Les deux associations bénéficiaires de cette générosité méritent d’être mises en lumière :
Le Grand Prix Trust : le filet de sécurité de la F1
Fondé en 1987 par le triple champion du monde Sir Jackie Stewart, le Grand Prix Trust est un fonds de solidarité venant en aide aux personnes ayant travaillé au moins deux ans en Formule 1 et traversant des difficultés. Mécaniciens, ingénieurs, membres du personnel des équipes ou des circuits : tous ceux qui ont œuvré dans l’ombre de ce sport peuvent bénéficier de son soutien. L’organisation propose également un fonds de bourses pour aider les enfants issus de milieux défavorisés à se lancer dans le sport automobile.
La Brain & Spine Foundation : l’héritage du Dr Watkins
Créée en 1992 par le Professeur Sid Watkins – délégué médical et de sécurité de la F1 pendant plus de 25 ans – et le neurochirurgien Peter Hamlyn, la Brain & Spine Foundation œuvre pour améliorer la prévention, le traitement et l’accompagnement des personnes atteintes de troubles neurologiques. Cette année, 15 660 personnes ont directement ou indirectement bénéficié du soutien d’une infirmière en neurosciences via la ligne d’écoute de l’association. Le lien avec la F1 est indéfectible : Watkins a consacré sa vie à rendre ce sport plus sûr, avant d’étendre son combat à l’ensemble de la société.
Vettel, le champion aux multiples engagements
Depuis l’annonce de sa retraite en juillet 2022 – après 16 saisons, 53 victoires en Grand Prix et quatre titres mondiaux consécutifs entre 2010 et 2013 avec Red Bull –, Sebastian Vettel a entamé une reconversion aussi remarquée qu’inspirante. Là où certains anciens champions peinent à trouver leur voie loin des circuits, lui semble s’épanouir pleinement.
Engagé dans des projets environnementaux, il a entrepris une formation en agriculture, milite pour les carburants durables et est devenu co-propriétaire de l’équipe allemande en SailGP depuis 2023. Il a notamment piloté une Williams FW14B de 1992 lors de plusieurs événements pour promouvoir les carburants de synthèse, comme au Goodwood Festival of Speed.
Son marathon de Londres s’inscrit dans cette logique de dépassement de soi et d’engagement pour autrui. À l’instar d’autres figures du paddock qui réinvestissent leur énergie ailleurs que sur la piste, Vettel prouve que la retraite sportive peut être le début d’un nouveau chapitre, tourné vers des causes qui comptent vraiment.
Un Marathon de Londres 2026 historique
L’édition 2026 du TCS London Marathon restera dans les annales pour de nombreuses raisons. Outre la performance de Vettel, c’est aussi lors de cette course que le Kényan Sabastian Sawe est devenu le premier athlète à courir un marathon en moins de deux heures dans des conditions de course officielles, avec un temps époustouflant de 1 h 59 min 30 s.
Plus de 58 250 participants ont franchi la ligne d’arrivée avant 18 h 15, lors d’un événement qui avait reçu un record mondial de 1,13 million de candidatures pour le tirage au sort. Par ailleurs, plus de 1 900 participants en situation de handicap ont pris part à la course, faisant de cette édition le Marathon de Londres le plus inclusif jamais organisé.
Au total, 38 072 978 £ ont été levés via Enthuse, la plateforme officielle de collecte de fonds – un record journalier et une hausse de 22 % par rapport à l’année précédente.
Une inspiration bien au-delà des circuits
La participation de Sebastian Vettel au Marathon de Londres symbolise bien plus que le simple dépassement sportif. Un homme qui a tout remporté sur les circuits, qui aurait pu se contenter de savourer ses lauriers, a choisi, à 38 ans, de se remettre en question, de transpirer sous le soleil londonien et de mettre son nom au service de ceux qui en ont besoin.
Alors que la Formule 1 2026 bat son plein sur les circuits du monde entier – avec ses propres enjeux techniques et sportifs que nous suivons de près –, Vettel, lui, court pour d’autres victoires. Celles qui ne s’affichent pas sur un podium, mais qui changent des vies.
Et c’est peut-être là sa plus belle performance.






