Il y a dix ans, Panis et Tambay réglaient leurs comptes à coups de poing
Décembre 2016, Alpe d’Huez. Sur le circuit verglacé de 820 mètres, deux figures emblématiques du sport automobile français s’affrontent roue dans roue… avant de se retrouver face à face, bien plus physiquement qu’ils ne l’avaient envisagé. Dix ans après les faits, cet épisode aussi savoureux que déconcertant, opposant Olivier Panis à Adrien Tambay, demeure l’un des moments les plus insolites de l’histoire du sport automobile hexagonal.
Le Trophée Andros incarne une parenthèse hivernale où les pilotes de renom viennent s’adonner aux joies de la glace, loin des paddocks aseptisés de la Formule 1 ou du DTM. Une compétition ludique, populaire et spectaculaire — mais visiblement pas exempte de tensions.
Un accrochage tendu dans la dernière ligne droite
Ce vendredi 18 décembre 2016, lors de la deuxième manche de l’étape de l’Alpe d’Huez, Olivier Panis et Adrien Tambay se livrent une lutte acharnée pour une place sur le podium. L’Audi de Panis et la Mazda de Tambay s’accrochent à plusieurs reprises au cours d’un duel intense, les deux hommes ayant roulé côte à côte pendant presque toute la course.
La situation dégénère dans le dernier virage : Adrien Tambay pousse Olivier Panis vers les bottes de paille bordant la dernière ligne droite. L’ancien pilote de Formule 1 termine sa course dans les protections. Les deux compétiteurs sont exclus de la manche.
Mais l’incident ne s’arrête pas là. Panis, visiblement hors de lui, ne s’en tient pas à cette issue. Il se précipite vers Tambay, encore casqué, et lui assène plusieurs coups de poing. L’altercation, immortalisée par les caméras de L’Équipe, fait rapidement le tour des rédactions sportives. La scène, aussi inattendue que surréaliste, marque les esprits.
Olivier Panis, l’icône de la F1 au tempérament de feu
Pour saisir l’intensité de cet épisode, il convient de replacer Olivier Panis dans son contexte. Né le 2 septembre 1966, il reste à jamais gravé dans les mémoires comme le vainqueur légendaire du Grand Prix de Monaco 1996, au volant de sa Ligier JS43 Mugen Honda sous une pluie diluvienne. Ce jour-là, il offrit l’une des plus belles pages de l’histoire du sport automobile français. Son tempérament de compétiteur pur ne l’a jamais quitté, même après ses années en Formule 1 au sein des écuries Ligier, Prost, BAR et Toyota.
Au Trophée Andros, il s’engage avec le Belgian Audi Club Team WRT, une structure ambitieuse avec laquelle il vise ouvertement la victoire. La saison 2014-2015 l’avait vu terminer deuxième, à un seul point du titre, une frustration qu’il évoquait avec franchise : « Finir deuxième à un point a été difficile à digérer, mais en même temps, nous aurions signé des deux mains pour un tel résultat en début de saison. »
En 2016, Panis est donc plus déterminé que jamais. Et manifestement, il n’entend pas se laisser intimider.
Adrien Tambay, héritier d’une dynastie du sport automobile
Face à lui, Adrien Tambay n’est pas non plus un novice. Né le 25 février 1991, il est le fils de Patrick Tambay, ancien pilote de Ferrari ayant remporté deux Grands Prix dans les années 1980 — à Hockenheim en 1982, puis à Imola en 1983 — après avoir rejoint la Scuderia pour succéder au regretté Gilles Villeneuve.
Adrien, quant à lui, a principalement forgé sa carrière en DTM, où il a été l’un des huit pilotes officiels d’Audi entre 2012 et 2016. Sa participation au Trophée Andros représente pour lui un retour aux sources : « Le Trophée Andros, c’est une compétition qui évoque beaucoup de souvenirs pour moi. Enfant, je venais y voir mon père concourir. J’aime la glisse, j’aime la montagne… », confiait-il avant le début de la saison.
Cependant, comme il le reconnaissait lui-même avec humilité, piloter une voiture à quatre roues motrices et quatre roues directrices sur la glace ne relève pas de l’évidence. Cela n’a pas empêché une bataille acharnée, et pour le moins musclée.
Romain Grosjean profite de l’incident pour s’imposer
Tandis que Panis et Tambay s’expliquent dans les bottes de paille, un autre habitué de la Formule 1 s’adjuge la victoire sur la glace de l’Alpe d’Huez. Romain Grosjean s’impose au volant de sa Renault Clio, savourant ce moment hors norme : « Le Trophée Andros, c’est un peu tout ce qui est interdit en F1 : patiner, glisser… La glace, c’est une question d’instinct et de feeling. »
Malgré cet incident et son exclusion de la manche, Olivier Panis termine la saison à la troisième place du classement général Elite Pro avec 318 points. Adrien Tambay, pour sa part, se classe sixième. Les deux hommes auront ainsi partagé bien plus qu’un podium cette année-là.
Des trajectoires radicalement opposées depuis 2016
Avec le recul, cet incident prend une saveur particulière au regard des chemins empruntés par les deux protagonistes depuis.
Olivier Panis est resté actif dans le milieu automobile en tant que consultant et mentor, transmettant son expérience aux jeunes pilotes. La figure respectée qu’il incarne aujourd’hui contraste singulièrement avec les images de cette altercation hivernale.
Adrien Tambay, de son côté, a pris un virage radical en 2017 en mettant sa carrière de pilote entre parenthèses pour embrasser une carrière médiatique. Il débute sur RMC Info et BFM TV, aux côtés de Jean-Luc Roy et de son père Patrick, formant un duo père-fils unique dans l’histoire du commentaire sportif automobile en France. Depuis 2023, il a rejoint Canal+ en tant que consultant pour la Formule 1, devenant l’un des visages familiers des retransmissions du championnat du monde.
Une reconversion réussie pour celui qui, quelques années plus tôt, distribuait et recevait des coups sur un circuit verglacé des Alpes.
Le Trophée Andros, théâtre des passions
Cet incident rappelle que le Trophée Andros, malgré son atmosphère festive et hivernale, reste une compétition où les egos et les ambitions s’affrontent avec la même intensité qu’ailleurs. La course sur glace a su attirer de nombreuses légendes du sport automobile — d’Alain Prost, triple champion du Trophée Andros (2007, 2008 et 2012), à Romain Grosjean — en quête de sensations brutes et authentiques, loin des contraintes technologiques de la Formule 1 moderne.
Les rivalités peuvent parfois dépasser les limites, comme ce soir de décembre 2016 à l’Alpe d’Huez. Un souvenir que ni Panis ni Tambay n’ont sans doute effacé de leur mémoire — et que les amateurs de sport automobile français évoquent encore avec un sourire en coin.
Il suffit parfois d’un dernier virage et d’une botte de paille pour que les plus grands se rappellent que la compétition, quelle que soit la discipline, reste avant tout une affaire de passion ardente.






