« L’une des courses les plus exaltantes de ma carrière »
Lewis Hamilton n’a pas dissimulé son ravissement. Quelques jours après le Grand Prix de Chine 2026, le septuple champion du monde est revenu avec émotion sur son duel mémorable contre Charles Leclerc à Shanghai. Un affrontement qui lui a rappelé les plus grands moments de sa carrière – et même bien au-delà.
« En termes de combat en piste, c’est vraiment palpitant », a confié Hamilton. « Ce duel avec Charles en Chine compte parmi les courses les plus exaltantes que j’aie jamais disputées. » Des propos éloquents, émanant d’un pilote dont le palmarès s’enorgueillit de 203 podiums en Formule 1, un record absolu.
Ce troisième podium décroché le 15 mars 2026 sur le circuit international de Shanghai – le premier de Hamilton sous les couleurs de la Scuderia Ferrari – est peut-être celui qui l’a le plus comblé sur le plan sportif. Et pour cause : la lutte pour cette troisième place entre les deux Ferrari a constitué l’un des moments les plus intenses des deux premières manches de la saison 2026.
Six changements de position, un « petit baiser » et des éclats de rire
Revenons d’abord aux faits. Dès le 24ᵉ tour, les deux pilotes Ferrari ont entamé un ballet aussi spectaculaire que périlleux pour la troisième place. Pas moins de six fois, Hamilton et Leclerc se sont échangé leurs positions – tantôt dans les virages 9 et 10, tantôt dans le premier virage en épingle, où Hamilton a pris un risque considérable pour reprendre l’avantage au 40ᵉ passage.
Les monoplaces se sont même frôlées à un moment, un contact qu’Hamilton a minimisé avec humour : « Ce n’était qu’un petit baiser, rien de grave. Mais voilà ce qu’est la course. »
Du côté de Charles Leclerc, même enthousiasme, en dépit de sa quatrième place finale. « J’ai adoré », a-t-il déclaré au micro de Canal+, avant d’ajouter avec un sourire espiègle : « Je suis convaincu que Fred [Vasseur] n’a pas partagé mon enthousiasme. » Le directeur de la Scuderia a démenti en riant : « J’ai vérifié mon pouls sur ma montre, tout allait bien ! J’ai confiance en eux. Ce sont des professionnels, ils ont parfaitement géré la situation. C’est bénéfique pour l’équipe, et pour la F1. »
George Russell, quant à lui, observait la scène depuis le cockpit de sa Mercedes, en route vers la victoire. Son verdict ? « C’est l’un des duels les plus agressifs que j’aie vus depuis longtemps. »
Le karting, étalon de la « véritable course »
Pour Hamilton, ce duel a réveillé des souvenirs profondément ancrés. Des souvenirs remontant à ses huit ans, lorsqu’il montait pour la première fois dans un kart sur le circuit de Rye House, près de sa ville natale de Stevenage. « Ces allers-retours en piste, c’est ce qu’on vit dès le karting », a-t-il expliqué. « Se rapprocher, s’éloigner, c’est ça, la véritable course, et j’adore ça. »
« C’était comme du karting », a-t-il précisé. « Un va-et-vient constant, et on pouvait parfois placer sa voiture de manière à ce qu’il n’y ait qu’une feuille de papier entre nous. »
Cette référence au karting n’est pas anodine. Pour Hamilton, comme pour de nombreux pilotes formés dans cette discipline, les duels en kart incarnent l’essence même du sport automobile : pas de DRS artificiel, pas de stratégie complexe d’arrêts aux stands, seulement deux pilotes, deux machines et le talent pur. La Formule 1 2026, avec ses nouvelles réglementations, semble avoir restitué une partie de cette saveur perdue.
D’ailleurs, le bilan sportif de ces deux premières courses est éloquent : Kimi Antonelli s’est imposé à Shanghai, Russell a remporté le sprint, et les duels roue contre roue ont été légion – exactement ce que Liberty Media escomptait avec cette refonte technique majeure.
L’ombre de Bahreïn 2014 et de Rosberg
Hamilton a également évoqué un autre affrontement comme référence : son duel mythique contre Nico Rosberg lors du Grand Prix de Bahreïn 2014. « L’autre course la plus exaltante, c’est peut-être celle contre Nico à Bahreïn il y a quelques années », a-t-il confié.
Ce dimanche d’avril 2014 est resté gravé dans les annales. Pendant plusieurs tours, les deux coéquipiers Mercedes s’étaient livrés un combat d’une intensité rare, Hamilton finissant par l’emporter face à Rosberg dans une lutte saluée par l’ensemble du paddock. Rosberg lui-même, malgré sa deuxième place, avait reconnu : « C’est la course la plus excitante que j’aie jamais disputée en Formule 1. » Quant à Hamilton, il avait déclaré : « Nico a piloté de manière fantastique, avec fair-play. C’était difficile de le contenir en fin de course. »
Douze ans plus tard, le duel de Shanghai 2026 semble avoir rejoint ce panthéon personnel. Une consécration, quand on mesure la qualité des centaines de courses disputées entre ces deux événements.
Le revers de la médaille : l’énergie, frein au spectacle
Cependant, Hamilton n’a pas tout idéalisé. Dans la même déclaration, il a glissé une critique voilée des nouvelles réglementations techniques de 2026 : « Il y a des aspects que je n’apprécie guère. La gestion du déploiement et de la récupération d’énergie n’est pas idéale. »
Ce n’est un secret pour personne : la gestion énergétique est devenue l’un des sujets les plus controversés de ce début de saison. Les nouvelles réglementations 2026 ont triplé la puissance du système électrique, passant de 120 kW à 350 kW pour le déploiement électrique, dans un objectif de parité 50/50 entre le moteur thermique et le système de récupération d’énergie.
Le résultat ? Des pilotes contraints de lever le pied prématurément dans certaines situations pour récupérer de l’énergie – une pratique que les puristes considèrent comme une forme de course artificielle. Max Verstappen n’a pas mâché ses mots à ce sujet, qualifiant ces réglementations d’« anti-course ». Des pilotes comme Oliver Bearman et Esteban Ocon ont également décrit ce système comme « ennuyeux » et contraignant.
La FIA a d’ailleurs déjà réagi en abaissant la limite d’énergie récupérable en qualifications de 9 à 8 MJ pour le Grand Prix du Japon, signe que le problème est pris au sérieux. Ralf Schumacher a lui aussi dénoncé ces courses qu’il juge artificielles, alimentant un débat qui ne fait que commencer.
« Ceux qui critiquent cela… Eh bien… »
Ce qui frappe dans les propos d’Hamilton, c’est la manière dont il répond – sans le formuler explicitement – à ceux qui dénigrent les duels roue contre roue actuels. Car si les nouvelles réglementations présentent des défauts, elles ont au moins permis ce type d’affrontements en limitant l’effet de l’air perturbé dans les virages et en rendant les monoplaces 2026 plus légères, plus étroites et plus agiles.
« J’espère que nous aurons davantage de duels comme celui-ci, car après tout, c’est cela, la course, la véritable », a-t-il insisté. Et face à ceux qui boudent ce spectacle : « Ceux qui critiquent cela… Eh bien… »
La phrase reste en suspens, mais le message est clair. Pour Hamilton, le débat sur ce que doit être la Formule 1 trouve une réponse simple : des pilotes qui s’affrontent, des roues qui se frôlent, et l’adrénaline d’un combat incertain jusqu’à l’arrivée. Le débat sur la résolution du problème de l’air turbulent a occupé le devant de la scène pendant des années, et 2026 semble apporter au moins une partie de la solution.
Un Hamilton « vintage » plus combatif que jamais
Ce retour en forme de Lewis Hamilton est aussi une réponse à ceux qui doutaient de sa capacité à s’imposer dans cette nouvelle ère. Après 26 Grands Prix sans podium avec Ferrari depuis son transfert surprise de Mercedes au début de l’année 2025, le voici qui décroche son premier podium sous les couleurs de la Scuderia à Shanghai, face à un Leclerc qui a lui-même reconnu : « Il a été plus fort que moi dès les premiers essais libres. Il méritait davantage ce résultat que moi. »
Agressif en attaque, solide en défense, confiant au freinage : le Hamilton « vintage » est de retour. Et à l’entendre évoquer le karting, Bahreïn 2014 et la « véritable course », on réalise qu’il n’a jamais vraiment disparu.
Au classement, Russell mène avec 51 points, devant Antonelli (47 points). Leclerc (34 points) et Hamilton (33 points) complètent un top 4 qui s’annonce passionnant pour la suite d’une saison 2026 déjà riche en émotions.






