La dernière femme à avoir tenté sa chance en Formule 1
Elle demeure, dans les annales du sport automobile, la cinquième et dernière femme à avoir pris part à un week-end de Formule 1. En 1992, Giovanna Amati endosse la combinaison de l’écurie Brabham et s’engage, à trois reprises, dans la quête d’une qualification pour un Grand Prix. Sans succès. Pourtant, derrière cette trajectoire sportive inaboutie se profile un destin hors du commun, marqué au fer rouge par une épreuve que peu d’êtres humains auraient pu surmonter : un enlèvement d’une violence inouïe, survenu quatorze ans plus tôt, alors qu’elle n’avait que dix-huit ans.
Pour saisir toute l’ampleur de la détermination de Giovanna Amati, il faut remonter au 12 février 1978, dans les rues de Rome. Ce soir-là, une existence bascule irrémédiablement.
Le 12 février 1978 : une existence qui bascule
Giovanna Amati voit le jour le 20 juillet 1959 au sein d’une famille aisée de la capitale italienne. Son père, Giovanni Amati, est un producteur de cinéma renommé, notamment pour avoir contribué aux premiers films de Sophia Loren, et propriétaire d’une chaîne de salles obscures. Cette aisance financière fait d’elle une cible de choix dans l’Italie tourmentée des années 1970.
Ce soir de février 1978, trois malfaiteurs, dirigés par un certain Jean Daniel Nieto, un ressortissant français, arrachent Giovanna à sa voiture à proximité de la villa familiale. Elle est jetée sans ménagement dans un fourgon et emmenée loin de tout.
Soixante-quinze jours dans une cage de bois
Ce qui suit relève de l’indicible. Pendant soixante-quinze jours, Giovanna Amati est enfermée dans une cage de bois, grossièrement taillée aux dimensions d’un cercueil. Enchaînée, battue, enveloppée dans des feuilles de polyéthylène pour entraver ses mouvements, elle endure des viols répétés de la part du chef du groupe, Nieto, dont le comportement oscille entre brutalité et tentatives de manipulation psychologique. Ses geôliers n’hésitent pas à brandir des menaces de mutilation lors des négociations de rançon, afin d’exercer une pression maximale sur sa famille.
« Parfois, on perd la foi et l’espoir, car on se persuade que le monde extérieur vous a oublié. Mais on finit par réaliser que ce n’est pas le cas », confiera-t-elle des années plus tard.
L’Italie des « Années de Plomb » : une nation en proie au chaos
L’enlèvement de Giovanna Amati ne survient pas en vase clos. Il s’inscrit dans le contexte particulièrement sombre des Anni di piombo — les Années de Plomb —, une période s’étendant de la fin des années 1960 à la fin des années 1980, marquée par une violence politique endémique : attentats à la bombe, assassinats ciblés, enlèvements en série.
L’extrême droite déploie une « stratégie de la tension » à coups d’attentats aveugles. L’extrême gauche, notamment les Brigades rouges, multiplie les enlèvements et les exécutions. Le crime organisé prospère dans ce climat de chaos. Les enfants de familles fortunées deviennent des proies de choix, utilisées comme monnaie d’échange dans un pays où la corruption et les inégalités économiques alimentent une colère sociale profonde.






