Quand le paddock se détend : une séquence inattendue entre Gasly et Hadjar
La Formule 1 réserve aussi son lot de moments de légèreté et de franche rigolade. Le jeudi 9 avril 2026, les trois mousquetaires du plateau français – Pierre Gasly, Isack Hadjar et Esteban Ocon – se sont retrouvés dans les studios de la Canal Factory pour l’enregistrement de « Formula One – le Night Show », diffusé le 12 avril sur Canal+. Une émission conçue pour combler le vide laissé par l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite, en raison du conflit armé en Iran.
C’est dans cette atmosphère décontractée, loin des paddocks et des chronomètres, que Gasly et Hadjar ont offert au public une séquence mémorable : leur réaction au poids d’Esteban Ocon, jugé… pour le moins impressionnant. Une scène à la fois cocasse et révélatrice des obsessions techniques qui animent les pilotes de Formule 1, même en dehors des circuits.
Le poids en F1 2026 : une obsession réglementaire
Pour saisir toute la portée de cette réaction, il convient de rappeler le contexte réglementaire de la saison 2026. Cette année-là, la FIA a imposé une réduction drastique du poids minimal des monoplaces, passant de 798 kg en 2025 à 768 kg en 2026, soit une économie de 30 kilogrammes. L’objectif ? Rendre les voitures plus agiles, optimiser la gestion des pneumatiques et accompagner la transition vers les nouveaux groupes motopropulseurs hybrides, désormais équilibrés à 50/50.
Cette contrainte pondérale s’avère particulièrement sensible chez Red Bull, dont la RB22 afficherait un excédent estimé à 19 kilogrammes par rapport à la limite réglementaire. Autrement dit, chaque gramme compte, et les pilotes en sont parfaitement conscients. Dans ce contexte, la notion de « poids » devient un sujet de conversation loin d’être anodin entre compétiteurs.
Gasly et Hadjar : une complicité qui se forge
La scène prend tout son sel lorsque l’on considère la relation particulière qu’entretiennent Gasly et Hadjar au sein du paddock. Pierre Gasly, âgé de 30 ans, incarne désormais le vétéran aguerri chez Alpine, tandis qu’Isack Hadjar, 21 ans, a réalisé une ascension fulgurante, passant de Racing Bulls à Red Bull Racing. Gasly représente pour Hadjar une forme de mentor, celui qui a su se relever après des années difficiles chez Red Bull pour s’imposer comme l’un des pilotes les plus réguliers du milieu de grille.
Cette proximité s’est notamment illustrée lors de l’accident d’Hadjar à Barcelone, lors des essais 2026. Le jeune Français a confié avoir immédiatement pensé à Gasly, qui avait vécu une situation similaire en 2019 sur ce même circuit : « Quand j’ai eu mon accident, j’y ai tout de suite pensé, j’ai pensé à Pierre. Je suis donc allé sur Twitter et j’ai tout lu, et je me suis dit : ‘Je suis fichu pour toute la saison.’ » Une anecdote qui en dit long sur les liens unissant les deux hommes.
Au Grand Prix du Japon, les deux pilotes se sont d’ailleurs retrouvés côte à côte en Q3, Gasly se qualifiant septième et Hadjar huitième. « Je suis content de moi-même, car la voiture n’est pas facile et j’ai un coéquipier qui est ce qu’il est », avait alors déclaré Hadjar après la séance.
La trêve printanière, terreau de la bonne humeur
L’annulation des deux Grands Prix du Moyen-Orient a créé une parenthèse inédite dans le calendrier de la F1 2026. Pour les équipes, c’est l’occasion de peaufiner leurs monoplaces, notamment pour Red Bull, qui cherche à résoudre les problèmes chroniques de la RB22. Pour les pilotes, c’est aussi un moment de répit bienvenu.
Canal+, diffuseur officiel de la Formule 1 en France, a saisi cette opportunité pour réunir les trois représentants tricolores du paddock dans une émission nocturne. Un format propice aux échanges spontanés, aux confidences et aux éclats de rire, bien loin du cadre rigide d’un week-end de Grand Prix. Cette trêve forcée a ainsi ses vertus, même si elle pèse lourdement sur les finances des organisateurs et des écuries.
Hadjar, une recrue qui ne mâche pas ses mots
Ce qui frappe chez Isack Hadjar, dès ses premières semaines chez Red Bull, c’est son franc-parler, dénué de toute langue de bois. Alors que Max Verstappen critiquait vertement les nouvelles F1 2026 après le Grand Prix de Chine, son jeune coéquipier a pris le contre-pied sans hésiter : « Franchement, non. Les courses ne sont pas si mauvaises. » Une prise de position rare pour un rookie face à un triple champion du monde.
Pourtant, Hadjar sait aussi reconnaître les limites de sa monture. À propos du châssis de la RB22, il n’a pas hésité à déclarer : « Le seul point positif en ce moment, c’est que nous pouvons conduire la voiture rapidement, mais nous n’avons aucune piste pour l’améliorer. Le châssis est tout simplement désastreux, lent dans les virages. » Cette franchise, inhabituelle pour un pilote de 21 ans au sein d’une écurie aussi prestigieuse, contribue à son charme.
Gasly, l’expérience au service de l’humour
De son côté, Pierre Gasly aborde la saison 2026 avec la sérénité d’un pilote ayant traversé maintes épreuves. Chez Alpine, il s’est imposé comme une figure de référence, le leader autour duquel l’équipe reconstruit ses ambitions. Régulièrement présent en Q3, il engrange les points avec méthode, confirmant son statut de pilote le plus sous-estimé du plateau.
Après les qualifications du Grand Prix du Japon, l’ambiance dans son clan était à l’optimisme : « Je suis extrêmement content parce que vendredi, c’était très compliqué et on s’attendait ici à avoir des difficultés dans les virages rapides… On a fait quelques petits ajustements pour la qualif et c’est la meilleure voiture que j’ai eue ce week-end. » Un Gasly en pleine confiance, capable d’allier professionnalisme et légèreté – la meilleure version de lui-même.
Cette alchimie entre l’expérience de Gasly et la fraîcheur d’Hadjar a parfaitement fonctionné lors du Night Show Canal+. La séquence autour du poids d’Ocon a rappelé qu’au-delà des casques et des combinaisons ignifugées, ces pilotes restent avant tout de jeunes passionnés, capables de partager un fou rire comme n’importe qui. Et c’est peut-être là l’une des raisons pour lesquelles la Formule 1 fascine autant.
Gasly et Ocon : une amitié indéfectible
Il est essentiel de rappeler que Gasly et Ocon se connaissent depuis leurs années de karting. Amis d’enfance devenus rivaux sur les circuits, ils ont traversé ensemble bien des tempêtes, y compris leur passage en tant que coéquipiers chez Alpine. Le fait qu’Ocon soit devenu le sujet d’une plaisanterie partagée entre Gasly et le jeune Hadjar illustre parfaitement leur capacité à entretenir des relations authentiques, même dans l’un des environnements les plus compétitifs au monde.
Le Night Show Canal+ aura finalement offert ce que les courses ne permettent pas toujours : un regard intimiste sur les hommes derrière les champions, avec leurs rires, leurs complicités et leurs petites manies techniques. Dans une saison 2026 marquée par les turbulences – annulations de Grands Prix, défis techniques, tensions réglementaires –, cette parenthèse légère était plus que bienvenue.






