La brève parenthèse Newey à la tête d'Aston Martin
Alors que la saison 2026 de Formule 1 n’en est qu’à ses prémices, l’écurie Aston Martin traverse déjà une crise organisationnelle majeure. Adrian Newey, nommé Team Principal en remplacement d’Andy Cowell en novembre 2025, n’a occupé cette fonction que quelques semaines avant que son départ ne soit évoqué avec insistance. Selon Motorsport.com, l’illustre ingénieur britannique s’apprêterait à se retirer de la direction de l’équipe pour se consacrer exclusivement aux questions techniques.
Ce revirement survient dans un contexte particulièrement délicat. Aston Martin affronte une véritable tempête depuis le début de la saison 2026 : la AMR26, à la fois lente et peu fiable, ainsi que des problèmes récurrents liés à l’unité de puissance Honda, ont contraint Fernando Alonso et Lance Stroll à l’abandon dès les premières courses en Australie, puis en Chine. Le moteur Honda serait responsable d’un déficit estimé entre 1,5 et 2,0 secondes sur les lignes droites, un handicap considérable.
Newey lui-même avait reconnu avoir accepté ce rôle presque par défaut : « Il y avait une sorte de vide : qui allait endosser les responsabilités de Team Principal ? Comme je devais de toute façon être présent lors des premières courses, cela ne changeait guère ma charge de travail. Autant assumer cette fonction. » Une confidence qui illustre parfaitement l’inconfort de la situation.
Un malaise perceptible dès les premières épreuves
Le désarroi de Newey dans ce rôle managérial est rapidement devenu évident. Peu à l’aise lors des conférences de presse et semblant peiner à incarner l’autorité attendue d’un directeur d’écurie, le designer de 67 ans a manifestement souffert d’une exposition médiatique pour laquelle il n’était pas préparé. L’insider espagnol Antonio Lobato n’a pas hésité à critiquer ouvertement la situation : « Il règne actuellement un manque de leadership chez Aston Martin. Newey n’assume pas pleinement son rôle de Team Principal. En réalité, il ne devrait même pas l’occuper. Il leur faut quelqu’un capable d’incarner cette fonction – quelqu’un qui représente l’équipe, qui la défende face aux médias, qui interagisse avec la FIA et la FOM. »
Selon plusieurs sources internes citées par les médias spécialisés, l’ingénieur britannique se serait progressivement retiré du campus de Silverstone ces dernières semaines, s’éloignant de la supervision opérationnelle quotidienne. Lors du Grand Prix de Chine, il brillait même par son absence dans le paddock, l’écurie ayant précisé qu’il n’assisterait pas à toutes les courses cette saison.
Ses intentions sont claires, et il les a exprimées sans détour : « C’est vraiment ce que je veux et dois faire. C’est ce qui me motive au quotidien. Je suis déterminé à ne pas me disperser. » En d’autres termes : concevoir des voitures de course, non gérer une écurie.
Une recherche entamée dès Las Vegas 2025
D’après PlanetF1.com, la quête d’un nouveau Team Principal aurait débuté dès le Grand Prix de Las Vegas, fin 2025, soit quelques semaines seulement après la nomination officielle de Newey. Ce dernier piloterait lui-même cette recherche en interne – une situation pour le moins singulière.
L’écurie aurait d’abord approché Martin Whitmarsh, ancien directeur de McLaren et ex-PDG d’Aston Martin Performance Technologies, aujourd’hui retraité. Sans succès. Gianpiero Lambiase, l’ingénieur de course de Max Verstappen chez Red Bull, aurait également été sollicité. Toutefois, comme le rapportait Motorsport.com en décembre 2025, Lambiase a décliné l’offre, préférant rester chez Red Bull. Mattia Binotto, PDG d’Audi, aurait également rejeté une proposition d’Aston Martin.
Trois refus en quelques mois. La mission s’annonce ardue pour l’équipe de Silverstone.
Jonathan Wheatley : le favori incontesté
Parmi les profils actuellement en lice, un nom se détache : Jonathan Wheatley. Selon ReadMotorsport.com et Motorsport.com, il serait sur le point de quitter Audi après seulement dix mois passés à Ingolstadt pour rejoindre Aston Martin.
L’argument est de poids. Wheatley a passé près de deux décennies chez Red Bull Racing, gravissant tous les échelons – de chef mécanicien à directeur sportif – au cours d’une période marquée par six titres constructeurs et sept championnats pilotes. Sa réputation n’est plus à faire : il est considéré comme l’un des opérationnels les plus efficaces du paddock, particulièrement dans les domaines où Newey montre ses limites – gestion des week-ends de course, logistique et coordination des équipes.
Sa complémentarité avec Newey est d’ailleurs soulignée par plusieurs observateurs : « Newey se concentrerait sur l’AMR26 et le développement technique à long terme, Cowell sur la relation avec Honda et Aramco, et Wheatley sur la gestion quotidienne de l’équipe. » Une répartition des rôles qui aurait tout son sens. Des raisons personnelles – notamment le désir de retourner vivre au Royaume-Uni – rendraient Wheatley particulièrement réceptif à cette opportunité.
À noter que Newey avait quitté Aston Martin dans un contexte déjà tendu, et que la piste Wheatley avait déjà été évoquée il y a quelques jours dans la presse spécialisée.
Andreas Seidl : la disponibilité comme atout majeur
Si Wheatley incarne le profil le plus opérationnel, Andreas Seidl représente une alternative solide, et surtout immédiatement disponible. Libre depuis son départ de Sauber-Audi, l’Allemand possède un palmarès impressionnant : succès en endurance avec Porsche, passage réussi chez McLaren en tant que Team Principal, puis expérience en tant que PDG chez Sauber.
Ralf Schumacher ne cache pas sa préférence : « Si je devais choisir aujourd’hui, j’opterais pour Andreas Seidl. Il a une longue histoire de succès en endurance avec Porsche, avant de revenir en Formule 1 avec McLaren, puis de prendre la direction de Sauber en succédant à Mattia Binotto. » Sa disponibilité immédiate constitue un atout majeur dans un contexte où Aston Martin cherche à stabiliser sa structure sans délai.
Seidl avait d’ailleurs déjà été cité comme candidat potentiel lors de la succession d’Andy Cowell, avant que la nomination surprise de Newey ne vienne rebattre les cartes en novembre 2025.
Christian Horner : une piste officiellement close
Le troisième nom qui circule dans les paddocks est celui de Christian Horner. L’ancien patron de Red Bull Racing, limogé en juillet 2025 après plus de vingt ans à la tête de l’écurie dominante de la Formule 1, avait été régulièrement associé à un possible rôle chez Aston Martin. Sa période de congé contractuel devant s’achever dans les prochains mois, il serait théoriquement disponible.
Cependant, cette piste semble avoir été officiellement écartée par Lawrence Stroll en personne. Selon Motorsport.com, le propriétaire d’Aston Martin aurait pris la parole devant les employés de l’usine pour affirmer qu’Horner ne rejoindrait l’équipe sous aucun prétexte – un message destiné à mettre un terme définitif aux spéculations.
Malgré ces démentis officiels, certaines sources continuent d’évoquer son nom comme une alternative crédible, notamment si les premières pistes venaient à échouer. L’affaire reste donc à suivre.
Quel impact sur le projet 2026-2027 d’Aston Martin ?
Au-delà des noms en lice, c’est la philosophie même de cette restructuration qui mérite d’être analysée. En dissociant clairement les responsabilités techniques des responsabilités managériales, Lawrence Stroll entend instaurer une organisation plus cohérente, où chaque cadre opère dans son domaine d’excellence.
Newey pourrait ainsi se concentrer pleinement sur la résolution des problèmes de l’AMR26, notamment l’intégration du nouveau groupe propulseur Honda – dont les performances ont été qualifiées de désastreuses lors des premières courses, comme en témoignent les déboires d’Alonso et Stroll en Chine. Fernando Alonso avait décrit des vibrations insupportables : « Physiquement, je n’aurais pas pu tenir beaucoup plus longtemps. Je commençais à perdre la sensation dans mes mains et mes pieds, c’était extrêmement inconfortable. »
L’enjeu est de taille. Aston Martin avait misé sur la révolution réglementaire de 2026 pour s’imposer parmi les prétendants au titre, après une saison 2025 décevante qui avait vu l’équipe terminer huitième au championnat des constructeurs. Les ambitions du projet Lawrence Stroll restent intactes – mais la machine organisationnelle doit désormais trouver le bon pilote pour fonctionner à plein régime.
Le nom du prochain Team Principal d’Aston Martin pourrait bien déterminer la trajectoire de tout un projet. Et la décision ne saurait tarder.






