Flavio Briatore affiche ses ambitions après Suzuka : Alpine talonne Red Bull au championnat 2026. Analyse de la stratégie audacieuse de l'écurie française.
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Alpine défie Red Bull : Briatore adresse un message sans équivoque
Après trois Grands Prix disputés en ce début de saison 2026, Flavio Briatore ne prend guère de gants. Le conseiller exécutif d'Alpine F1 a lancé un avertissement clair à l'adresse de ses concurrents, et plus particulièrement de Red Bull : l'écurie d'Enstone s'est invitée dans la lutte pour le titre de quatrième force du plateau.
« Répéter une telle performance sur un circuit comme Suzuka confirme les progrès accomplis à Shanghai et prouve que nous sommes désormais en mesure de rivaliser avec Red Bull pour la quatrième place. » Cette déclaration de Briatore prend tout son sens à la lumière des chiffres : après le Grand Prix du Japon, Alpine et Red Bull affichent un total identique de 16 points au championnat des constructeurs, mais les Français devancent leurs rivaux autrichiens grâce à un nombre supérieur de meilleures places.
Une situation qui aurait semblé invraisemblable il y a encore quelques mois, et qui témoigne du bouleversement en cours depuis le début de l'année 2026.
Pierre Gasly, l'artisan de la résurgence alpine
Cette ascension fulgurante d'Alpine doit beaucoup à Pierre Gasly. Le pilote normand figure parmi les rares à avoir inscrit des points lors des trois premières manches de la saison : dixième à Melbourne, sixième à Shanghai, septième à Suzuka. Quinze points au compteur, une performance inédite dans sa carrière en Formule 1.
Mieux encore, à Suzuka, Gasly a devancé Max Verstappen sous le drapeau à damiers, contribuant ainsi directement à propulser Alpine devant Red Bull au classement général. Sa forme actuelle l'a conduit à une confidence éloquente : « Je pense qu'il s'agit, à ce jour, de la meilleure voiture que j'aie jamais pilotée, peut-être à l'exception de l'AlphaTauri de 2021. »
Gasly prolongé jusqu'en 2028 : un pilier du projet
Il n'est guère surprenant que Briatore ait tenu à sécuriser l'avenir de son pilote phare. Pierre Gasly a prolongé son contrat avec Alpine jusqu'à la fin de l'année 2028, une décision qualifiée de « fondamentale pour l'équipe » par l'Italien. « C'est l'un des meilleurs pilotes du plateau et l'un des piliers de notre projet. Il fait partie intégrante de la famille et souhaite remporter des victoires à nos côtés. » Un engagement qui illustre la confiance mutuelle unissant le pilote et la direction.
La stratégie Alpine pour 2026 : plus aucune excuse
Le tournant décisif de cette saison réside dans un choix stratégique audacieux, opéré en amont : l'abandon du moteur Renault, développé à Viry-Châtillon depuis 1977, au profit des groupes propulseurs Mercedes. Un bouleversement à la fois symbolique et sportif, d'une importance capitale.
Briatore avait été catégorique à ce sujet dès septembre 2025 : « En 2026, nous disposerons d'une motorisation comparable à celle des autres écuries... Nous n'aurons plus aucune excuse. » Un aveu empreint d'humilité, doublé d'un engagement résolu. L'accord conclu avec Mercedes-Benz couvre l'intégralité de la nouvelle ère réglementaire, de 2026 à au moins 2030, garantissant ainsi une stabilité technique précieuse.
L'autre atout stratégique mis en avant par Briatore lors de la présentation de l'A526 réside dans un avantage temporel : « Je pense que nous bénéficions d'une avance de quatre à cinq mois, car toutes les équipes ont poursuivi le développement de leur voiture 2025 jusqu'à la fin de l'année. Nous partons sans handicap moteur, car je considère que la motorisation Mercedes est la meilleure du plateau. » En sacrifiant délibérément la saison 2025 pour se concentrer sur 2026, Alpine a pris une longueur d'avance sur ses rivaux dans la transition réglementaire.
Les résultats confirment la pertinence de cette approche : selon les données disponibles, Alpine affiche le meilleur temps parmi les écuries du milieu de grille, avec un écart de seulement 1,370 seconde par rapport au temps de référence. Une statistique d'autant plus remarquable que Max Verstappen accuse lui-même un retard de 1,490 seconde par tour en configuration de course.
Red Bull en difficulté : une opportunité à saisir
Si Alpine progresse, Red Bull, en revanche, régresse – et le timing ne pouvait être plus propice pour l'écurie française. La RB22 essuie des critiques virulentes : les deux pilotes, Isack Hadjar et Max Verstappen, ont ouvertement exprimé leur mécontentement face aux comportements imprévisibles de la monoplace autrichienne, sans entrevoir de solution à court terme.
Pire encore pour Red Bull, des problèmes techniques ont contraint Hadjar à l'abandon à Melbourne et Verstappen à Shanghai, alors qu'ils occupaient tous deux des positions dans le top 6. Un manque à gagner estimé à 16 points, qui pèse lourd dans la balance. Verstappen lui-même semble ébranlé par la situation, oscillant entre doute et détermination.
Dans ce contexte, la déclaration de Briatore prend une dimension supplémentaire. L'Italo-Français ne se contente pas d'observer le déclin de Red Bull : il revendique la place de quatrième force du plateau et entend bien la consolider.
Des objectifs clairement définis
Briatore avait posé les jalons de son ambition dès Melbourne : « Nous visons la sixième, septième ou huitième place, dans cette zone du classement. Finir devant Audi, si possible ! Nous rapprocher de Red Bull Racing, si l'occasion se présente ! » Les résultats actuels dépassent déjà ces prévisions initiales, puisque Alpine occupe la cinquième place au classement des constructeurs.
À plus long terme, les ambitions sont encore plus élevées. Briatore a évoqué la possibilité de monter régulièrement sur le podium en 2026 et de se battre pour une place dans le top 4. Quant à 2027, l'objectif ultime est clair : être en mesure de lutter pour le titre mondial. « Si nous n'y parvenons pas, je changerai de métier ! » a-t-il lancé avec son franc-parler habituel.
La route vers les sommets reste semée d'embûches
Malgré cet enthousiasme légitime, Briatore garde les pieds sur terre. L'écart avec les écuries de tête demeure considérable : McLaren, Ferrari et Mercedes dominent largement ce début de championnat. L'objectif de « se rapprocher de Mercedes » à terme, comme l'a souligné le dirigeant, rappelle que le chemin à parcourir reste long.
La pause de mi-saison ne rime pas avec relâchement. Briatore l'a confirmé dès après Suzuka : « Avec cette courte trêve, nous ne nous accorderons aucun répit et travaillerons d'arrache-pied à Enstone pour apporter davantage de performance à la voiture et continuer à offrir des opportunités équitables à nos deux pilotes pour marquer des points. »
Derrière cette résurgence d'Alpine se profile l'influence déterminante de Flavio Briatore. De retour dans le giron d'Enstone en mai 2024 en qualité de conseiller exécutif, il a pris les rênes de l'équipe en mai 2025, à la suite de la démission d'Oliver Oakes. Un retour aux affaires pour celui qui avait déjà conduit Benetton puis Renault à plusieurs titres mondiaux depuis ce même garage.
Son message, tant en interne qu'à l'extérieur, est sans ambiguïté : Alpine est de retour, compétitive, et n'entend pas s'arrêter en si bon chemin. Le défi de combler l'écart avec Red Bull en 2026, puis avec les trois leaders de la hiérarchie à moyen terme, est désormais au cœur des ambitions d'une écurie française qui a tout misé sur ce nouveau cycle réglementaire.
Reste à transformer l'essai sur la durée. La véritable mesure du succès résidera dans la régularité tout au long des courses à venir – et dans la capacité d'Alpine à maintenir cette dynamique face à des concurrents qui ne resteront pas sans réagir.