BYD, leader mondial des véhicules électriques, négocierait avec Christian Horner pour intégrer la Formule 1 en tant que 12ᵉ équipe. Décryptage des enjeux stratégiques, des conditions imposées par la FIA et des répercussions géopolitiques.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
BYD et Christian Horner : les coulisses d’une candidature explosive
Les paddocks de la Formule 1 bruissent d’une rumeur susceptible de bouleverser l’histoire récente du championnat. Selon plusieurs sources concordantes, l’ancien directeur de Red Bull Racing, Christian Horner, aurait tenu plusieurs réunions à Cannes avec Stella Li, vice-présidente exécutive du constructeur automobile chinois BYD. L’objectif ? Explorer les modalités d’une entrée en Formule 1 en tant que douzième équipe du championnat mondial.
Les deux parties se seraient retrouvées lors d’un événement organisé par BYD pendant le Festival de Cannes, leurs échanges s’étant prolongés sur deux jours. Stella Li se serait montrée « très enthousiaste » à l’idée de voir BYD s’imposer sur la grille de départ la plus prestigieuse du sport automobile. Le constructeur avait d’ailleurs publié des images de sa « Cannes Night » sur ses réseaux sociaux, où l’on distinguait clairement Horner parmi les invités.
Ce dernier aurait également rencontré Wang Chuanfu, PDG de BYD, renforçant ainsi l’hypothèse selon laquelle ces discussions dépasseraient le simple stade exploratoire.
BYD : le géant chinois qui ambitionne de conquérir la F1
Pour saisir l’ampleur de ce projet potentiel, il convient de mesurer l’envergure de BYD sur la scène internationale. En 2025, le constructeur basé à Shenzhen est devenu le premier vendeur mondial de véhicules électriques, devançant Tesla avec 2,26 millions d’unités écoulées sur l’année. Sa valorisation boursière atteint désormais 125 milliards de dollars, le hissant au troisième rang des groupes automobiles mondiaux, derrière Tesla et Toyota.
BYD ne se limite pas à l’assemblage de voitures. Le groupe maîtrise l’intégralité de sa chaîne de production grâce à une stratégie d’intégration verticale poussée. Sa filiale FinDreams se classe au deuxième rang mondial des fabricants de batteries lithium-ion pour véhicules électriques. C’est cette expertise technologique qui confère à la candidature de BYD une crédibilité certaine aux yeux des instances dirigeantes de la F1.
Le constructeur dispose par ailleurs d’une division dédiée à la haute performance, Yangwang, dont la supercar électrique U9 Xtreme a établi un record retentissant sur la Nordschleife du Nürburgring en août 2025 : 6’59”157, devenant ainsi le premier véhicule électrique de catégorie supercar à franchir la barre des sept minutes. Avec ses quatre moteurs développant plus de 3 000 chevaux et une plateforme 1 200 volts inédite en série, la Yangwang U9 Xtreme incarne la puissance technologique que BYD entendrait « mettre à l’épreuve » en Formule 1, pour reprendre les termes de Stella Li.
Christian Horner : quel rôle dans cette aventure ?
Depuis son départ contraint de Red Bull en juillet 2025, Horner était soumis à une clause de non-concurrence valable jusqu’au 8 mai 2026. Il aurait accepté une réduction de son indemnité en échange d’un raccourcissement de cette période. Selon des sources proches du dossier, l’Anglais ne viserait pas un simple retour en tant que directeur d’équipe : il ambitionnerait un rôle plus stratégique, assorti d’une participation financière au capital d’une future structure.
Depuis qu’il est redevenu éligible, Horner a multiplié les apparitions dans l’écosystème du sport automobile, assistant à des événements MotoGP et Formule E. Son nom est également cité dans un consortium intéressé par le rachat des 24 % de parts d’Otro Capital dans Alpine. C’est d’ailleurs là que les différents dossiers commencent à s’entremêler.
Comme le rapporte la presse spécialisée, bien qu’Alpine représente la voie la plus directe pour un retour en F1, le projet BYD offrirait à Horner une opportunité bien plus séduisante : celle de bâtir une équipe ex nihilo, à l’instar de ce qu’il avait accompli avec Red Bull Racing à ses débuts. La revente de parts d’Alpine F1, avec Mercedes en investisseur potentiel, complexifie cependant ce premier scénario.
Le dossier Aston Martin a également été évoqué, Lawrence Stroll cherchant activement un nouveau directeur d’équipe pour succéder à Adrian Newey. Mais selon la BBC Sport, Newey aurait catégoriquement rejeté l’idée de travailler à nouveau sous la direction d’Horner, rendant cette option caduque.
La FIA et la FOM : entre enthousiasme et exigences
Du côté des instances dirigeantes, le signal est globalement positif, mais assorti de conditions draconiennes. Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, s’est montré particulièrement explicite : « S’il y a une candidature chinoise – et je vais parler en leur nom [la FOM] devant vous –, ils l’accepteront, car il s’agit de soutenir le business. Si une équipe venait de Chine et que la FOM l’approuvait – et je suis convaincu qu’ils l’approuveraient –, cela générerait davantage de revenus avec l’arrivée de la Chine. »
Ben Sulayem a également précisé les critères qui guideront toute décision : « Le moment viendra où nous jugerons opportun d’ouvrir un nouvel appel à manifestation d’intérêt. Cela devra avoir du sens. La douzième équipe doit apporter une valeur ajoutée à la pérennité économique de la Formule 1, et l’économie de la F1 ne se résume pas à une question de revenus, mais à la longévité du championnat lui-même. »
Stella Li avait d’ailleurs confirmé être en « contact étroit » avec la FOM lors du Grand Prix de Chine à Shanghai. « J’aime la Formule 1 parce que c’est une question de passion et de culture, et les gens rêvent d’y participer », avait-elle déclaré, ajoutant que BYD discutait bel et bien d’une entrée dans le sport, ce qui offrirait l’opportunité de « mettre notre technologie à l’épreuve ».
Stefano Domenicali : une place rare et coûteuse
Stefano Domenicali, PDG de la Formule 1, adopte une position plus mesurée. Dans plusieurs déclarations récentes, l’Italien a souligné les contraintes logistiques auxquelles se heurterait l’arrivée d’une douzième équipe. « Nous n’avons logistiquement plus beaucoup de place. Nous n’évaluerons qu’une candidature d’envergure, car je pense que nous sommes déjà à la limite », a-t-il averti.
L’exemple de Cadillac illustre parfaitement ces difficultés concrètes : la F1 a déjà dû réorganiser ses installations pour intégrer la nouvelle équipe américaine dans des paddocks conçus pour dix écuries. Des circuits comme Monaco, aux stands et espaces extrêmement restreints, ne se prêtent guère à un agrandissement aisé. Domenicali a indiqué privilégier l’acquisition d’une équipe existante plutôt que la création d’une structure ex nihilo.
Cette position contraste avec l’expérience précédente de Cadillac (General Motors), qui avait convaincu la F1 grâce à un plan d’investissement sur dix ans, jugé « d’une valeur ajoutée significative pour le système » par les dirigeants du championnat.
Un contexte de gouvernance sous haute tension
La candidature de BYD émerge dans un contexte de gouvernance particulièrement agité pour la Formule 1. Zak Brown, PDG de McLaren, a récemment adressé une lettre formelle de six pages à la FIA pour dénoncer les alliances entre équipes apparentées, notamment dans le cadre des négociations entre Mercedes et Alpine. Brown plaide pour l’interdiction de toute copropriété future d’écuries, estimant que « l’intégrité sportive risque d’être compromise à un moment où le cadre réglementaire a été conçu pour évoluer dans le sens inverse ».
Ben Sulayem a confirmé examiner la question, exprimant à titre personnel son scepticisme quant à la détention de plusieurs équipes par un même acteur : « Je crois sincèrement que posséder deux équipes n’est pas la bonne voie. » Dans ce contexte, une équipe BYD pleinement indépendante et solidement capitalisée présenterait l’avantage de ne pas soulever ces problématiques de conflits d’intérêts.
Au-delà de la dimension sportive, l’arrivée d’un constructeur chinois de l’envergure de BYD revêt une dimension géostratégique majeure pour la F1. Le marché chinois figure parmi les plus importants du calendrier, et la présence d’une équipe nationale renforcerait considérablement l’ancrage du championnat en Asie, un axe de développement prioritaire pour la FOM.
Les défis d’une création ex nihilo en 2026
Malgré ces atouts, la route vers la F1 s’annonce semée d’embûches pour BYD. Construire une équipe compétitive à partir de zéro, dans le cadre des nouvelles réglementations techniques 2026 – qui ont profondément transformé les motorisations et l’aérodynamique –, représente un défi colossal. La F1 a vu nombre de projets ambitieux échouer face à la réalité opérationnelle du championnat.
L’expérience de Horner dans la construction d’une équipe dominante serait ici un atout inestimable. Rappelons qu’il a supervisé deux ères dorées chez Red Bull : quatre titres consécutifs avec Sebastian Vettel de 2010 à 2013, puis quatre autres championnats pilotes avec Max Verstappen de 2021 à 2024, auxquels s’ajoutent les titres constructeurs de 2022 et 2023. Cette expertise unique est précisément ce que BYD chercherait à s’attacher.
La question du calendrier reste également en suspens. La FIA n’a pas encore lancé d’appel à manifestation d’intérêt formel pour une douzième équipe. Selon Ben Sulayem, « le moment viendra », mais aucune date précise n’a été communiquée. D’ici là, BYD et Horner semblent déterminés à peaufiner leur dossier pour se présenter en position de force.
Un dossier à suivre avec la plus grande attention
Le projet BYD-Horner en est encore à ses prémices, mais les signaux envoyés depuis Cannes sont suffisamment sérieux pour que l’ensemble du paddock prenne cette candidature au sérieux. Un constructeur au sommet de l’industrie électrique mondiale, un manager au palmarès exceptionnel, et des instances dirigeantes globalement réceptives : tous les ingrédients d’un scénario ambitieux sont réunis.
Reste à savoir si les deux parties parviendront à surmonter les obstacles logistiques, financiers et réglementaires qui séparent une réunion à Cannes d’une place sur la grille de départ de la Formule 1. Cette saga ne fait que commencer, et elle s’annonce comme l’un des feuilletons les plus captivants des prochains mois dans la discipline reine du sport automobile.