Audi a transformé son *filming day* à Monza en session intensive de simulations de départs. Hulkenberg et Bortoleto perdent en moyenne quatre positions par course. Mattia Binotto en a fait une priorité absolue avant le Grand Prix de Miami.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
Audi déploie la R26 à Monza, non pour le spectacle, mais pour une urgence technique
Le 16 avril 2026, la Scuderia Audi a fait rouler sa R26 sur le légendaire circuit de Monza. Loin d’un simple tournage promotionnel ou d’une opération de communication visant à faire scintiller les caméras sur les longues lignes droites du Temple de la Vitesse, cette journée revêtait un enjeu bien plus crucial : résoudre un problème technique qui mine les performances de l’écurie depuis le début de la saison.
En à peine 200 kilomètres – le quota réglementaire maximal autorisé pour un filming day –, Nico Hülkenberg, le matin, et Gabriel Bortoleto, l’après-midi, se sont livrés à une série ininterrompue de simulations de départs. Qu’il s’agisse de la sortie des stands, du freinage après la Prima Variante ou du tronçon suivant la Variante Ascari, chaque portion du circuit a été métamorphosée en un gigantesque simulateur de grille de départ.
Une saignée de positions dès Suzuka
Les chiffres, implacables, peignent un tableau des plus préoccupants. Depuis le coup d’envoi de la saison 2026, les deux pilotes Audi perdent en moyenne quatre positions dès le premier tour. Le Grand Prix du Japon a marqué un paroxysme dans cette hémorragie : parti treizième, Hülkenberg se retrouvait dix-neuvième à l’issue du premier tour, avant de remonter péniblement jusqu’à la onzième place. Quant à Bortoleto, qualifié en huitième position, il chutait à la treizième place en quelques secondes seulement.
Sur l’ensemble des départs effectués cette saison, aucun des deux pilotes n’a réussi à terminer le premier tour devant sa position de qualification – à l’exception de Bortoleto lors du sprint en Chine, et ce, grâce à l’incident d’un adversaire. Cette régularité dans l’échec trahit une faille structurelle, et non un simple concours de circonstances.
Le turbocompresseur surdimensionné, coupable tout désigné
L’origine du mal est désormais identifiée : la R26 pâtit de la configuration même de son groupe propulseur. Audi a opté pour un turbocompresseur de grande taille, un choix qui, s’il offre un surcroît de puissance en ligne droite, se révèle désastreux au moment des départs.
La physique du problème
Le principe, aisé à comprendre mais complexe à corriger, repose sur les nouvelles réglementations 2026, qui instaurent un équilibre quasi parfait – 50/50 – entre puissance thermique et électrique. Or, le moteur électrique ne peut intervenir qu’à partir de 50 km/h. Dans ces premières fractions de seconde décisives, la voiture dépend donc exclusivement du moteur à combustion. Problème : un turbocompresseur de grande dimension accuse une inertie considérable, nécessitant près de dix secondes pour atteindre son régime optimal.
Le résultat sur la grille est désastreux. Là où un turbo plus compact, comme celui de Ferrari, réagit instantanément, la R26 patine dans les premiers mètres, laissant filer ses rivaux avant même que le boost ne soit pleinement opérationnel. L’abolition du MGU-H dans le cadre des nouvelles règles, qui permettait justement de maintenir la pression du turbo, aggrave encore la situation.
Mattia Binotto, Team Principal d’Audi, ne cherche guère à édulcorer la réalité. Ses déclarations à l’issue du Grand Prix du Japon sont sans ambiguïté :
« Les mauvais départs se répètent, et ce n’est pas la première fois. Si ce problème n’a pas encore été résolu, c’est parce qu’il n’est pas simple à corriger. Mais nous savons qu’il s’agit d’une priorité absolue : nous affichons une bonne vitesse en qualification, et il serait vain de bien figurer sur la grille si nous perdons toutes ces positions dès le départ. »
Binotto fait preuve de lucidité : jusqu’ici, l’équipe s’est concentrée sur la résolution des problèmes urgents, course après course, laissant peu de place au développement de fond. La pause imposée par l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite, créant une fenêtre d’un mois entre Suzuka et Miami, s’est ainsi muée en une opportunité inespérée.
Un filming day détourné en laboratoire technique
C’est dans cette optique que s’inscrit le filming day de Monza, organisé le 16 avril. Ce que le règlement de la F1 encadre comme une simple session promotionnelle s’est transformé en un véritable banc d’essai. Les 200 kilomètres autorisés ont été presque intégralement consacrés à la simulation de départs, avec des pneus de démonstration Pirelli spécialement conçus pour ces séances.
Le programme de la journée a été structuré de manière à optimiser la collecte de données : Hülkenberg a pris le volant le matin, Bortoleto l’après-midi. Les deux pilotes ont suivi des protocoles identiques, enchaînant sorties et rentrées aux stands pour multiplier les départs à différents endroits du circuit. À noter qu’une journée similaire est prévue pour Ferrari le 22 avril, dans une logique de préparation intensive avant Miami.
Des pilotes frustrés, mais déterminés
Chez les pilotes, la frustration est palpable, mais elle se double d’une volonté farouche de contribuer à la résolution du problème. Hülkenberg n’a pas mâché ses mots après Suzuka :
« Avec un départ normal, il y avait clairement des points à marquer. C’est décevant et frustrant. Nous devons nous attaquer à ce problème de front. C’est un travail en cours, et il faudra redoubler d’efforts de ce côté-là. »
De son côté, Bortoleto a mis à profit la trêve pour s’entraîner au simulateur, conscient que l’équipe dispose d’une réelle marge de progression avant Miami. Les deux pilotes ont activement participé au programme de Monza, fournissant aux ingénieurs des retours précieux sur les sensations éprouvées lors de chaque simulation.
L’ADUO, une bouée de sauvetage, mais pas une panacée
Face à ces difficultés, Audi pourrait théoriquement bénéficier du mécanisme ADUO (Additional Development and Upgrade Opportunities), mis en place par la FIA pour les motoristes en retard. Ce dispositif accorde des heures supplémentaires sur banc d’essai si un constructeur accuse un déficit de plus de 2 % par rapport au benchmark, évalué sur l’efficacité thermique, le déploiement du MGU-K et la puissance globale.
Pourtant, Binotto tempère les espoirs : « L’ADUO ne constitue pas une solution miracle. Le développement d’un moteur prend du temps. Nous savons que la patience sera de mise. »
L’objectif affiché par Audi reste 2030 pour prétendre au titre mondial – une feuille de route ambitieuse, mais réaliste, qui reflète la conscience aiguë des défis à relever. En attendant, chaque position préservée ou regagnée au départ compte dans la quête des points.
Miami : une échéance cruciale
Avec le Grand Prix de Miami programmé du 1er au 3 mai 2026, le temps presse pour résoudre ce problème récurrent. L’équipe, actuellement huitième au championnat des constructeurs avec seulement deux points, sait que ses performances en qualification sont prometteuses – la R26 se comporte bien sur un tour. C’est désormais au départ que tout se joue.
Le filming day de Monza ne constitue pas une solution miracle, mais il envoie un signal fort : Audi a su transformer une contrainte réglementaire en levier de progrès, et Binotto a placé ce chantier au sommet de ses priorités. Les prochains départs seront scrutés avec une attention redoublée.
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