Alonso place la famille avant le paddock à Suzuka
Fernando Alonso ne sera pas présent sur le circuit de Suzuka le jeudi du Grand Prix du Japon. Aston Martin a officiellement confirmé l’absence de son pilote lors de la journée médiatique obligatoire, invoquant des « raisons personnelles et familiales ». La raison en est connue de tous au sein du paddock : sa compagne, Melissa Jiménez, journaliste sportive pour DAZN, doit donner naissance à leur premier enfant dans les prochains jours.
L’écurie britannique s’est voulue rassurante dans son communiqué : « Fernando arrivera légèrement plus tard ce week-end pour des raisons personnelles et familiales, et ne participera pas au media day du Grand Prix du Japon. Tout se passe bien, et il sera présent sur le circuit à temps pour la journée de vendredi. » Un message concis et mesuré, reflétant la sérénité avec laquelle Aston Martin gère cette situation exceptionnelle.
C’est Lance Stroll, coéquipier d’Alonso, qui représentera seul l’équipe lors des conférences de presse de la FIA jeudi, aux côtés notamment du patron de Honda, Koji Watanabe.
Un moment historique dans la vie de l’Asturien
À 44 ans, Fernando Alonso s’apprête à vivre ce qu’il a lui-même qualifié de « plus grand rêve de [sa] vie ». Dans un entretien accordé au New York Times en 2023, le double champion du monde s’était confié avec une sincérité rare : « Je souhaite fonder une famille. C’est le plus grand rêve qui m’anime. En raison de mon mode de vie, je n’ai pas encore pu le concrétiser. Lorsque j’arrêterai la compétition, je trouverai mon épanouissement dans cette nouvelle étape. » Le destin en a décidé autrement, et bien avant sa retraite.
Melissa Jiménez, âgée de 38 ans, est déjà mère de trois enfants issus de sa relation avec le footballeur espagnol Marc Bartra : Gala, Abril et Max. Avec l’arrivée de ce nouveau-né, Fernando Alonso rejoindra le cercle restreint des pères au sein du paddock, devenant l’un des rares pilotes de la grille 2026 à connaître cette expérience.
Ce printemps s’annonce donc comme une période charnière dans l’existence du pilote asturien, tiraillé entre les exigences d’une compétition au plus haut niveau et l’émerveillement d’une première paternité.
Jak Crawford en FP1 : une opportunité saisie à pleines mains
En l’absence d’Alonso pour la première séance d’essais libres du vendredi, c’est le pilote réserviste Jak Crawford qui prendra les commandes de l’AMR26 portant le numéro 14. Aston Martin devient ainsi la première équipe à utiliser ses séances rookies obligatoires en 2026, conformément au règlement de la FIA, qui impose à chaque écurie de céder sa monoplace à un jeune pilote lors de quatre séances au cours de la saison.
L’Américain de 20 ans, originaire de Charlotte en Caroline du Nord, n’est pas un inconnu pour Aston Martin. Ancien junior de Red Bull intégré au programme de développement de l’équipe de Silverstone en 2024, Crawford a terminé vice-champion de Formule 2 en 2025 face à Leonardo Fornaroli. Il a déjà accumulé plus de 3 000 kilomètres au volant de voitures Aston Martin de Formule 1 et dispose d’une expérience en FP1, notamment lors de ses sorties à Mexico et Abou Dhabi fin 2025.
Le jeune pilote n’a pas caché son enthousiasme : « Je suis vraiment impatient de prendre le volant à Suzuka. C’est un circuit à la fois historique et exigeant, et j’ai hâte de transposer ce que j’ai appris en simulateur aux conditions réelles de la piste. »
Mike Krack, directeur des opérations sur circuit d’Aston Martin, a salué l’engagement du jeune homme : « C’est formidable de pouvoir offrir à Jak cette nouvelle opportunité. Il a travaillé dur, notamment au simulateur à Silverstone, et cette séance lui permettra de continuer à acquérir une expérience précieuse en piste. »
Honda sous pression sur son circuit fétiche
Si la dimension humaine de ce week-end est indéniable, les enjeux techniques restent au cœur des préoccupations. Aston Martin et Honda abordent ce Grand Prix du Japon – course à domicile pour le motoriste nippon – dans un contexte particulièrement délicat. Les deux premières manches de la saison se sont soldées par des abandons pour les deux pilotes de l’équipe, en Australie comme en Chine.
Le problème central réside dans les vibrations anormales générées par l’unité de puissance Honda RA626H. Ces vibrations ont non seulement endommagé les batteries les unes après les autres, mais elles ont également eu des répercussions physiques directes sur les pilotes. Alonso avait dû abandonner lors du Grand Prix de Chine après avoir « perdu toute sensation dans les mains et les pieds » aux alentours du vingtième tour. Une situation alarmante : selon le double champion du monde, il ne peut pas enchaîner plus de 25 tours consécutifs sans risquer des lésions nerveuses permanentes. Pour Stroll, ce seuil descend à seulement 15 tours – lui qui avait comparé le pilotage de l’AMR26 à une « électrocution sur une chaise ».
Shintaro Orihara, ingénieur en chef de Honda, a reconnu les progrès réalisés entre la Chine et le Japon, tout en soulignant l’ampleur du travail restant : « En Chine, nous avons progressé en matière de fiabilité des batteries grâce à une réduction des vibrations affectant les systèmes, mais nous devons encore identifier la cause des vibrations qui incommodent les pilotes. Notre performance n’est pas encore à la hauteur de nos attentes, notamment en ce qui concerne la gestion de l’énergie. »
Un contexte symbolique pour Honda à Suzuka
La présence de Crawford en FP1 sur le tracé de Suzuka – circuit historiquement lié à Honda, qui y célèbre son retour en tant que motoriste à part entière en Formule 1 – prend une résonance particulière. Le constructeur japonais sait qu’il sera observé de près par son public, dans une situation où les résultats tardent à convaincre.
Adrian Newey, Managing Technical Partner et Team Principal d’Aston Martin, a déjà averti que les vibrations constituaient le problème le plus préoccupant de la saison : « L’unité de puissance est à l’origine des vibrations. Pour l’instant, nous ne pouvons rien faire pour en atténuer les effets. L’aspect le plus inquiétant est que ces vibrations sont transmises aux doigts des pilotes, avec un risque de lésions nerveuses permanentes. »
Dans ce contexte, l’absence d’Alonso pour la FP1 apparaît presque comme un détail. Les difficultés techniques sont telles que les séances d’essais ressemblent davantage à des journées de tests qu’à une véritable préparation à la compétition. Les enjeux liés aux nouvelles réglementations F1 2026 ajoutent une couche supplémentaire de complexité pour toutes les équipes, mais Aston Martin semble particulièrement exposée.
Entre joie personnelle et défi sportif
Fernando Alonso incarne mieux que quiconque cette dualité entre une passion dévorante pour la compétition et le désir profond d’une vie personnelle épanouie. Sa décision de rejoindre le paddock avec quelques heures de retard pour assister – ou du moins accompagner – la naissance de son premier enfant est un geste fort, d’autant plus remarquable que les circonstances sportives auraient pu justifier une présence maximale sur le circuit.
Aston Martin a su gérer cette situation avec intelligence, en planifiant à l’avance la participation de Crawford à la FP1 et en s’assurant que leur champion serait disponible pour les séances décisives du vendredi après-midi, les qualifications et la course. Un équilibre délicat, mais qui témoigne de la maturité d’une relation pilote-écurie forgée dans l’adversité.
Ni Alonso ni Stroll ne figurent au classement des pilotes après deux courses – un double zéro qui pèse lourd. Mais ce week-end à Suzuka, l’Espagnol aura sans doute d’autres raisons de se réjouir, bien au-delà des chronomètres sur le circuit légendaire de la préfecture de Mie.






