La Formule 1 s'apprête à écrire une page inédite de son histoire. À l'occasion du Grand Prix d'Australie 2026, le virage 6 du circuit d'Albert Park sera officiellement dédié à Laura Mueller et Hannah Schmitz, deux ingénieures qui marquent de leur empreinte la discipline reine du sport automobile. C'est la toute première fois qu'un virage d'un circuit de F1 porte le nom de femmes.
Une initiative historique baptisée "In Her Corner"
Cette reconnaissance s'inscrit dans le cadre du programme "In Her Corner", fruit d'un partenariat entre Engineers Australia et l'Australian Grand Prix Corporation. L'initiative vise à célébrer la place des femmes dans le sport automobile en mettant en lumière deux des figures féminines les plus influentes de la F1 actuelle.
Le timing n'est pas un hasard : le Grand Prix d'Australie, manche d'ouverture de la saison 2026, se tiendra le 8 mars, date qui coïncide avec la Journée internationale des droits des femmes. Un symbole puissant pour lancer une nouvelle ère.
Katherine Richards, ingénieure en chef d'Engineers Australia, a salué cette initiative : "Engineers Australia est fière de s'associer à l'Australian Grand Prix Corporation pour nommer un virage de l'un des circuits les plus emblématiques du monde en l'honneur de deux femmes qui façonnent actuellement la Formule 1."
Laura Mueller : la première ingénieure de course de l'histoire de la F1
Laura Mueller a marqué l'histoire en 2025 en devenant la première femme à occuper le poste d'ingénieure de course titulaire à temps plein en Formule 1. L'Allemande travaille actuellement aux côtés d'Esteban Ocon chez Haas.
Son parcours est celui d'une ascension remarquable. Arrivée chez Haas en 2022 en tant qu'ingénieure de performance, elle a d'abord travaillé dans le département simulateur avant de gravir les échelons pour accéder à des rôles de soutien en course. Avant la F1, Mueller avait déjà exercé comme ingénieure de course en DTM chez ABT Sportsline et chez Manthey Racing.
Esteban Ocon n'a pas tari d'éloges sur sa collaboratrice, la décrivant comme "awesome to work with" et saluant sa trajectoire "très impressionnante". Le directeur d'équipe Ayao Komatsu la qualifie quant à lui de personnalité "déterminée".
Réagissant à cet honneur, Mueller a déclaré : "Être reconnue si tôt dans ma carrière en F1 est un honneur, et j'espère que cela encouragera les filles et les jeunes à poursuivre une carrière dans les STEM."
Hannah Schmitz : le cerveau stratégique derrière les succès de Red Bull
Le nom de Hannah Schmitz est bien connu des passionnés de Formule 1. La Britannique occupe le poste de stratège en chef (Principal Strategy Engineer) chez Red Bull Racing et est considérée comme l'une des stratèges les plus brillantes de l'ère moderne de la F1.
Schmitz a rejoint Red Bull en 2011 en tant qu'ingénieure en modélisation et simulation, avant de gravir les échelons jusqu'à son poste actuel. Avec plus de 16 ans de carrière en sport automobile, elle a joué un rôle central dans la domination de Max Verstappen ces dernières saisons, notamment lors des titres mondiaux de 2022 et 2023.
Connue pour son calme et sa capacité d'analyse sous la pression intense d'une course de F1, Schmitz a partagé un message inspirant : "J'adore absolument mon travail. J'ai toujours été curieuse de comprendre comment les choses fonctionnent et j'ai toujours adoré les voitures. À l'école, certains enseignants m'ont ouvert les yeux sur le monde de l'ingénierie. Ils ont été ma source d'inspiration."
Un week-end sous le signe de la diversité
L'initiative "In Her Corner" ne se limitera pas au seul virage 6. Tout au long du week-end du Grand Prix d'Australie, d'autres femmes influentes du sport automobile seront mises à l'honneur. Parmi elles, Ruth Buscombe, ancienne stratège de Sauber devenue consultante sur F1TV, Jessica Hawkins, ambassadrice d'Aston Martin F1 Team et dernière femme à être montée dans une F1, ainsi que les deux jeunes pilotes australiennes de la F1 Academy cette année : Aiva Anagnostiadis et Joanne Ciconte.
Les femmes et la F1 : une longue histoire de pionnières
Cette reconnaissance historique s'inscrit dans une lignée de femmes qui ont marqué la Formule 1, bien que souvent dans l'ombre. On pense notamment à Maria Teresa de Filippis, Lella Lombardi et les autres pionnières qui ont brisé les barrières du sport automobile.
Si les femmes pilotes restent rares dans l'élite — la dernière à avoir tenté de se qualifier pour un Grand Prix était Giovanna Amati en 1992 — leur présence s'affirme de plus en plus dans les rôles techniques et stratégiques. Des figures comme Monisha Kaltenborn, première femme directrice d'équipe chez Sauber, ou Claire Williams, qui a dirigé l'écurie Williams, ont ouvert la voie à la génération actuelle.
Un signal fort pour l'avenir
En associant les noms de Laura Mueller et Hannah Schmitz à l'un des circuits les plus emblématiques du calendrier, Albert Park envoie un message puissant : l'excellence et l'innovation n'ont pas de genre. Dans un sport longtemps dominé par les hommes, cette initiative marque un tournant symbolique majeur.
Avec ce virage rebaptisé, la F1 ne célèbre pas seulement deux carrières remarquables, mais affirme aussi sa volonté d'inspirer une nouvelle génération d'ingénieures prêtes à transformer l'avenir du sport automobile. Rendez-vous le 8 mars à Melbourne pour le coup d'envoi d'une saison 2026 qui s'annonce déjà historique.






