Max Verstappen termine troisième des premières qualifications des 24 Heures du Nürburgring, sous une pluie battante et dans l'obscurité. Retour sur une étape décisive de sa transition vers l'endurance.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
Verstappen dans l’obscurité de la Nordschleife : une étape cruciale
Ce n’est pas sous les sunlights des paddocks de Formule 1 que Max Verstappen s’est distingué ce jeudi, mais sous une pluie drue et dans l’obscurité quasi totale de la mythique Nordschleife. À l’occasion de la première séance de qualifications des 24 Heures du Nürburgring 2026, le quadruple champion du monde a signé le troisième meilleur temps au volant de sa Mercedes-AMG GT3, confirmant ainsi que sa transition vers les courses d’endurance s’opère avec brio.
Avec un chronomètre arrêté à 8 min 18 s 539, Verstappen et son équipe – Verstappen Racing, exploitée par Winward Racing – ont occupé la tête du classement une grande partie de la séance, avant d’être devancés dans les ultimes minutes par les caprices de la météo et quelques adversaires redoutables. Un résultat des plus honorables pour un pilote qui continue d’apprivoiser ce temple du sport automobile.
Long de 25,378 kilomètres, combinant la Nordschleife historique et le tracé Grand Prix, le Nürburgring incarne une complexité sans équivalent. Plus de cent cinquante virages, des dénivelés vertigineux, des portions étroites où la marge d’erreur se réduit à néant… et une météo imprévisible, capable de transformer chaque tour en une véritable roulette russe.
Lors de cette première séance qualificative, la pluie a progressivement envahi certaines sections de la piste en fin de session, tandis que des averses de grêle s’abattaient sur la zone du premier virage. Dans de telles conditions, tout chronométrage précis devenait quasi impossible durant les dernières minutes. Le circuit, éclairé de manière parcimonieuse sur ses vingt-cinq kilomètres, plonge les pilotes dans une obscurité presque totale : seuls les phares des voitures et quelques lumières éparses, provenant des zones réservées aux spectateurs, leur permettent de se repérer.
Le pilotage y devient alors largement intuitif, surtout sur une piste détrempée où l’adhérence varie constamment. C’est précisément ce défi que Verstappen a dû relever en temps réel : conduire une GT3 de nuit, sous la pluie, sur l’un des tracés les plus exigeants et les plus dangereux au monde. Un exercice que son coéquipier Dani Juncadella résume avec justesse : « Je pense que c’est pour cela que Max aime autant le GT3 : parce que c’est pur. Vous enfoncez l’accélérateur et la voiture réagit instantanément. »
Le déroulement d’une qualification hors du commun
Verstappen a été le premier à s’élancer sur la piste au début de la séance, signant dans un premier temps un tour de neuf minutes pour prendre ses marques. Sa progression a été fulgurante : cinquante-cinq minutes avant la fin de la session, la Mercedes n°3 de Verstappen Racing s’installait en tête du classement provisoire avec ce chrono de 8 min 18 s 539.
Ce n’est que dans les dernières minutes que la hiérarchie a basculé. Fabian Schiller, au volant de la Mercedes n°80 de Winward, a réalisé un temps de 8 min 14 s 957 pour s’emparer de la première place, avant que Raffaele Marciello ne s’intercale en deuxième position avec la BMW n°1 en 8 min 18 s 069. Verstappen a finalement hérité de la troisième place, à 3 s 582 du meilleur temps.
La quatrième position est revenue à la BMW de Rowe Racing (8 min 18 s 602), tandis que la Porsche 911 de Manthey Racing, pilotée par Kévin Estre, Thomas Preining et Ayhancan Güven, complétait le top 5 avec un temps de 8 min 21 s 717.
Un équipage d’exception pour un objectif ambitieux
Pour ce défi des 24 Heures, Verstappen partage le volant de la Mercedes-AMG GT3 EVO avec trois pilotes aux profils complémentaires : Lucas Auer, familier des courses sur la Nordschleife depuis 2024 avec une victoire et deux deuxièmes places en NLS ; Jules Gounon, spécialiste français de l’endurance GT3 ; et Dani Juncadella, l’Espagnol rompu aux subtilités du GT3 de haut niveau.
La seconde voiture engagée sous la bannière Winward est confiée à Maro Engel, Luca Stolz, Fabian Schiller et Maxime Martin. Avec deux Mercedes dans le top 5 dès la première qualification, Mercedes-AMG Motorsport affiche clairement ses ambitions.
Le directeur du programme, Christoph Sagemüller, ne laisse planer aucun doute : « Avec Ravenol et Verstappen Racing, nous envoyons un message clair : nous participons à cette course avec l’objectif de la remporter. » Verstappen lui-même confirme cette philosophie sans détour : « Le succès, ce serait gagner. »
Formule 1 vs endurance : deux univers, une même passion
Ce qui se joue au Nürburgring illustre à merveille le contraste entre deux philosophies du sport automobile. En Formule 1, tout repose sur la technologie de pointe, les stratégies millimétrées et la domination par la performance pure. En GT3, un système de Balance of Performance (BoP) égalise les performances des voitures, plaçant le facteur humain au cœur de la compétition. C’est précisément cette dimension que Verstappen recherche.
Il avait lui-même décrit l’attrait de la Nordschleife comme ce qui représente « le vrai sport automobile », évoquant une compétition « à l’ancienne, authentique », capable de lui arracher un sourire à la sortie de la voiture. Une vision qui tranche avec les frustrations que peut engendrer le règlement complexe de la Formule 1 moderne.
Cette perception est d’ailleurs partagée par certains de ses pairs du paddock. Lando Norris, par exemple, n’avait pas caché son enthousiasme après une précédente expérience sur la Nordschleife : « C’était probablement le moment le plus amusant que j’aie vécu de toute l’année. C’est l’un de ces circuits où tout le monde rêve de piloter. »
Cette première expérience nocturne et pluvieuse constitue une étape essentielle dans la préparation de Verstappen pour les 24 Heures. Le Néerlandais a effectué six sorties sur la Nordschleife au cours des douze derniers mois afin de se préparer à ce moment. Son apprentissage de ce circuit légendaire s’est notamment construit via la Nürburgring Endurance Series, où il a remporté une victoire en GT3 au volant d’une Ferrari 296 GT3.
Cependant, piloter de nuit, sous la pluie, tout en gérant le trafic de 161 voitures engagées dans cette 54e édition des 24 Heures – le plateau le plus fourni depuis 2014 – relève d’une tout autre dimension. La deuxième séance de qualifications, prévue à 20 h pour une durée de trois heures et demie, permettra aux pilotes de se familiariser davantage avec la Nordschleife dans l’obscurité totale.
La suite du format qualificatif s’annonce tout aussi exigeante : les vingt équipes les plus rapides accéderont à la TQ2, puis les sept meilleures se qualifieront pour la TQ3 – une session d’une heure où douze équipages se disputeront la pole position. Verstappen, privé d’exemption de qualification, devra donc naviguer dans un format qui ne lui accorde aucun passe-droit.
Des rivaux de taille pour une course historique
L’objectif de la victoire ne sera pas aisé à atteindre. BMW affiche ses ambitions avec Rowe Racing, fort d’un équipage incluant Raffaele Marciello, Kelvin van der Linde – champion IGTC en titre –, Augusto Farfus et Jordan Pepper. La marque bavaroise totalise un record de vingt-et-une victoires sur cette épreuve, et la BMW n°1 s’est déjà illustrée lors de cette première qualification.
Manthey Racing et sa Porsche 911 « Grello » ne sont pas en reste : avec sept victoires à leur actif et un trio composé de Kévin Estre, Ayhancan Güven et Thomas Preining déjà en tête du top 5, l’écurie représente une menace sérieuse pour la victoire finale.
Mais c’est bien l’événement dans son ensemble qui est exceptionnel : pour la première fois en cinquante-six ans d’histoire, les billets pour le week-end ont été entièrement écoulés. L’effet Verstappen sur l’endurance est indéniable, et la course – prévue ce samedi à 15 h – s’annonce comme l’un des temps forts de la saison 2026 en sport automobile.
Max Verstappen a d’ailleurs été clair quant à ses ambitions à long terme : « C’est aussi quelque chose que je veux faire chaque année, avec une ou plusieurs voitures. L’objectif principal est de gagner des courses. » La Nordschleife n’a pas fini d’entendre parler du quadruple champion du monde.