Quand Logan Sargeant rend un hommage sans équivoque à Max Verstappen
Certaines vérités transcendent les rivalités. Logan Sargeant, ancien pilote Williams désormais engagé en endurance avec Ford, n’a pas hésité une seconde lorsqu’on l’a interrogé sur une éventuelle arrivée de Max Verstappen dans le Championnat du Monde d’Endurance FIA. Sa réponse, aussi directe qu’éloquente, résume à elle seule le statut du quadruple champion du monde de Formule 1 : « C’est le pilote le plus rapide au monde. Il va très probablement botter les fesses de tout le monde. »
Une déclaration aussi franche que savoureuse, surtout lorsqu’on sait que Sargeant pourrait, à terme, se retrouver dans le même championnat – voire au volant de la même voiture – que le Néerlandais si les astres venaient à s’aligner.
Sargeant, de la F1 à l’endurance : une métamorphose
Pour saisir toute la portée de ces propos, il convient de revenir sur le parcours atypique de Logan Sargeant. Après 36 Grands Prix disputés avec Williams entre 2023 et 2024 – pour un seul et unique point inscrit au Grand Prix des États-Unis 2023 –, l’Américain de 25 ans a été remplacé par Franco Colapinto à l’issue du Grand Prix des Pays-Bas 2024, mettant un terme brutal à son aventure en Formule 1.
Mais Sargeant a su rebondir avec une détermination remarquable. En août 2025, il fait son retour en compétition en IMSA avec PR1/Mathiasen Motorsports dans la catégorie LMP2, avant de confirmer sa participation aux 24 Heures de Daytona 2026. La consécration survient en janvier 2026, lorsque Ford l’engage comme pilote d’usine pour son programme Hypercar en WEC à partir de 2027, aux côtés de Sebastian Priaulx et Mike Rockenfeller. En attendant, il dispute la saison 2026 du WEC en LMGT3 avec Proton Competition, au volant d’une Ford Mustang GT3 Evo.
Un programme chargé, une nouvelle vie, et une sérénité affichée : « Je me moque éperdument de l’avis du monde extérieur », a-t-il confié sans détour.
Verstappen et le WEC : un projet de plus en plus tangible
Si les propos de Sargeant ont suscité autant d’échos, c’est qu’ils s’inscrivent dans un contexte bien précis. Ford a confirmé avoir engagé des discussions avec Max Verstappen pour une participation potentielle aux 24 Heures du Mans. Mark Rushbrook, directeur mondial de Ford Performance, ne cache pas son enthousiasme : « Nous aimerions beaucoup que cela se concrétise. De nombreux éléments doivent encore s’aligner, mais ce serait évidemment exceptionnel pour nous comme pour le sport. »
Ces échanges auraient débuté dès le début de l’année 2023, au moment où Ford annonçait son partenariat avec Red Bull en Formule 1. En mai 2025, Verstappen a obtenu sa licence FIA Platinum, lui ouvrant les portes des courses d’endurance de haut niveau. Une étape symbolique, mais aussi pratique, qui rapproche un peu plus ce scénario de la réalité.
Rushbrook reste toutefois prudent : une apparition au Mans dès 2027, première saison de Ford en Hypercar, semble peu probable. Mais le sujet est bel et bien sur la table, et tout le paddock de l’endurance en a pris acte.
« Plug and play » : Sargeant convaincu d’une adaptation immédiate
Ce qui frappe dans les déclarations de Sargeant, c’est la conviction inébranlable avec laquelle il décrit les capacités d’adaptation de Verstappen. Pour lui, la transition entre la F1 et l’endurance ne poserait aucun problème au Néerlandais : « Évidemment, il a une expérience colossale en Formule 1. Pour lui, ce serait du plug and play. Il y a tellement à apprendre de quelqu’un comme lui. »
Et si Verstappen venait à partager son baquet ? L’Américain n’hésite pas une seconde : « Eh bien, s’il roule, j’espère qu’il sera dans ma voiture ! C’est une évidence. À mes yeux, Max est le meilleur pilote de tous les temps. » Un éloge aussi rare que spontané entre pilotes de la même génération.
Sargeant pousse même l’analyse plus loin : « On ne remporte pas quatre titres mondiaux sans posséder une vitesse hors norme. Vous le voyez, même lorsqu’il ne dispose pas de la meilleure voiture, il trouve toujours le moyen de la faire performer. Tout le monde ne peut pas en dire autant. »
Des statistiques qui donnent le tournis
Comme l’a souligné Juan Pablo Montoya, Verstappen est un prédateur d’exception. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au Grand Prix de Miami 2026, il totalisait 71 victoires en Formule 1, 48 pole positions et 127 podiums. Sur les quatre dernières saisons, il a remporté 53 des 90 courses disputées, soit un taux de victoire de 59 %. Parmi ses records, on compte le plus grand nombre de victoires en une saison (19), le plus de podiums en une saison (21) et la plus longue série de victoires consécutives (10).
Ces performances vertigineuses expliquent pourquoi Sargeant se montre aussi catégorique. Mark Rushbrook abonde dans ce sens : « Des pilotes comme Max sont extrêmement rares, non seulement pour leurs performances, mais aussi pour la manière dont ils les obtiennent. Lors des essais à Barcelone, ses retours radio étaient d’une précision chirurgicale, après 30, 40 ou 50 tours. »
Les défis techniques d’une transition F1-Endurance
Si Sargeant estime que Verstappen s’adapterait sans difficulté, le WEC présente des spécificités techniques que même les meilleurs pilotes de F1 doivent apprivoiser.
L’ergonomie du partage
En endurance, le siège n’est jamais parfaitement ajusté, car il doit convenir à plusieurs pilotes. Ces compromis ergonomiques, inexistants en F1 où chaque détail de la monoplace est optimisé pour un seul pilote, deviennent une contrainte permanente. Un détail qui, sur 24 heures, peut s’avérer décisif.
La Balance of Performance : un casse-tête stratégique
Verstappen lui-même a exprimé des réserves quant à la Balance of Performance (BoP) du WEC. Ce système, conçu pour équilibrer les performances entre les prototypes LMH et LMDh aux spécifications différentes, peut rendre la performance des voitures imprévisible. Pour un pilote habitué à exploiter chaque centième avec une voiture au potentiel maximal, la BoP représente une philosophie radicalement opposée.
La dynamique d’équipe et la gestion de la durée
Le WEC impose des épreuves d’au moins six heures, culminant avec les mythiques 24 Heures du Mans. La gestion du rythme, des pneumatiques sur la durée, des relais et de la stratégie collective constitue un savoir-faire qui s’acquiert avec l’expérience. Dan Sayers, directeur du programme Ford LMDh, souligne d’ailleurs que Sargeant apporte « un niveau de sophistication technique et une expérience de la haute adhérence qui sont essentiels pour un programme de cette envergure » – des qualités forgées en F1, mais qui doivent être réadaptées au contexte de l’endurance.
Un WEC 2026 ultra-compétitif pour accueillir Verstappen
Si Verstappen devait effectivement rejoindre le WEC dans les années à venir, il débarquerait dans un championnat plus relevé que jamais. La saison 2026 verra pas moins de 14 constructeurs de renom s’affronter, parmi lesquels Alpine, Aston Martin, BMW, Cadillac, Ferrari, Genesis, McLaren, Mercedes-AMG, Peugeot, Porsche et Toyota.
En Hypercar, la lutte s’annonce féroce pour détrôner Ferrari, championne en titre avec sa 499P. L’arrivée de Ford en 2027 – avec, potentiellement, Verstappen dans ses rangs à moyen terme – promet d’ajouter encore plus d’intensité à une grille déjà pléthorique.
Une certitude demeure : si le Néerlandais franchit le pas, il ne trouvera pas un championnat en manque de compétitivité. Et Sargeant, déjà engagé avec Ford en LMGT3 en 2026 puis en Hypercar en 2027, pourrait bien se retrouver aux premières loges pour observer – ou subir – la domination annoncée de son potentiel coéquipier.






