Charles Leclerc domine la première séance d'essais libres du Grand Prix de Miami 2026. Gasly huitième et Hadjar neuvième : les Français se distinguent. Mercedes, en retrait, voit son avance menacée. Analyse complète de cette FP1 riche en enseignements.
Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.
Ferrari et Leclerc s’emparent des commandes dès la FP1 à Miami
Le Grand Prix de Miami 2026 marque le retour tant attendu de la Formule 1 après une trêve forcée de cinq semaines. Et cette reprise s’annonce sous les meilleurs auspices pour la Scuderia Ferrari : Charles Leclerc a en effet signé le meilleur temps de l’unique séance d’essais libres du week-end, en 1 min 29 s 310, devançant Max Verstappen de 297 millièmes et Oscar Piastri.
Cette FP1 revêt une importance capitale dans le cadre du format Sprint, puisqu’elle constitue la seule opportunité pour les pilotes et les ingénieurs de peaufiner leurs réglages avant les Sprint Qualifying, prévues vendredi soir. Afin de pallier ce manque de temps sur piste, la FIA avait d’ailleurs porté la durée de la session à 90 minutes, contre 60 minutes habituellement.
Classement complet de la FP1
1. Charles Leclerc (Ferrari) — 1 min 29 s 310
2. Max Verstappen (Red Bull) — + 0,297 s
3. Oscar Piastri (McLaren)
4. Lewis Hamilton (Ferrari)
5. Kimi Antonelli (Mercedes)
6. George Russell (Mercedes)
7. Lando Norris (McLaren)
8. Pierre Gasly (Alpine)
9. Isack Hadjar (Racing Bulls)
10. Carlos Sainz (Williams)
Ferrari place deux monoplaces dans le top 4, McLaren deux dans le top 7, tandis que Mercedes, bien que présente à deux reprises dans le top 6, n’occupe que les cinquième et sixième places. Un résultat pour le moins inattendu de la part de l’écurie dominante depuis le début de la saison.
Mercedes, championne en titre mais en difficulté
Mercedes abordait ce Grand Prix de Miami avec un bilan impressionnant : trois victoires en trois courses, Kimi Antonelli en tête du championnat des pilotes avec neuf points d’avance sur Russell, et une avance de 45 points au classement des constructeurs. Pourtant, les Flèches d’Argent n’ont pu faire mieux que cinquième et sixième places lors de cette FP1.
George Russell, qui avait dominé le Grand Prix d’Australie, s’est retrouvé devancé par son coéquipier Antonelli à Miami. Au cours de la séance, il a sollicité ses ingénieurs pour vérifier son turbocompresseur, qu’il jugeait « particulièrement bruyant ». De son côté, Hamilton a exprimé sa frustration :
« La FP1 s’est mieux passée ; la voiture était un peu plus agréable à piloter en première partie, mais il nous manque clairement de la vitesse. »
Ces performances ne présagent pas nécessairement un effondrement de Mercedes, mais elles révèlent que la concurrence, armée de substantielles évolutions techniques, a su réduire l’écart. La stratégie élaborée en amont pour Antonelli sera mise à l’épreuve dès ce vendredi soir.
Ferrari, l’arme secrète des onze évolutions
Si Leclerc s’est illustré en tête, ce n’est pas le fruit du hasard. Ferrari est l’écurie qui a apporté le plus grand nombre d’évolutions à Miami, avec pas moins de onze nouveautés sur sa monoplace. Ces améliorations majeures incluent notamment des ajustements du package de bargeboards, avec un doublement des éléments du bord d’attaque, ainsi qu’un affinement de l’ensemble aérodynamique.
Le châssis Ferrari était déjà considéré comme le meilleur du plateau en 2026. Avec ces améliorations supplémentaires, la Scuderia s’affirme comme le rival le plus crédible face à Mercedes. Lewis Hamilton, lui-même, a confirmé le potentiel de la voiture rouge en s’adjugeant la quatrième place, derrière son coéquipier.
Red Bull reprend des couleurs malgré les grognements de Verstappen
La deuxième place de Verstappen constitue une belle surprise au regard des difficultés rencontrées par Red Bull depuis le début de la saison 2026. L’écurie autrichienne, actuellement sixième au championnat des constructeurs avec 119 points de retard sur Mercedes, a également introduit un important package d’évolutions, comprenant six modifications majeures.
Parmi les nouveautés figurent un nouveau boîtier moteur doté de sorties de refroidissement optimisées, un plancher redessiné pour générer davantage de charge aérodynamique, ainsi qu’une ailette baptisée « Macarena », similaire à celle de Ferrari. Pourtant, Verstappen n’a pas caché son mécontentement à la radio : « Les changements de rapport sont exécrables, tant à la montée qu’à la descente. »La promesse d’Helmut Marko, selon laquelle le plaisir de conduire reviendrait pour le quadruple champion du monde, tarde donc à se concrétiser.
Malgré ces doléances, la deuxième position en FP1 démontre que Red Bull a franchi un cap par rapport à ses débuts laborieux en 2026.
McLaren, l’inconnue avec sa MCL40 entièrement repensée
McLaren a débarqué à Miami avec ce que l’équipe décrit comme « une MCL40 entièrement nouvelle », fruit de sept modifications majeures, dont un plancher complètement redessiné, censé apporter « une augmentation de la charge aérodynamique et de l’efficacité dans toutes les conditions ».
Piastri (3e) et Norris (7e) ont réalisé une FP1 en demi-teinte : le résultat de Piastri est encourageant, mais Norris semble avoir peiné à exploiter pleinement le potentiel de la nouvelle voiture. Ce dernier avait pourtant déclaré avant le week-end que Miami était « l’une de leurs meilleures pistes de la saison en termes de rythme » les années précédentes. Le véritable bilan de cette McLaren remaniée sera à analyser lors des qualifications sprint.
À noter qu’en cours de séance, Piastri a signalé « de la fumée dans le cockpit », accompagnée d’une odeur de freins, ce qui a pu perturber son rythme.
Les Français : Gasly et Hadjar brillent, Ocon en difficulté
L’une des satisfactions de cette FP1 pour les supporters tricolores réside dans la performance de deux pilotes français, tous deux classés dans le top 10.
Pierre Gasly termine huitième avec Alpine, confirmant la dynamique positive engagée à Suzuka, où il avait décroché son premier point de la saison. Son week-end à Miami commence donc sous de bons auspices, bien qu’il ait signalé en cours de séance « une odeur très étrange dans la voiture », signe que certains réglages restaient perfectibles.
Isack Hadjar a également réalisé une belle prestation en se classant neuvième avec Racing Bulls, qui arborait pour l’occasion une nouvelle livrée jaune vif, inspirée par l’énergie de Miami. La promesse de remonter rapidement au classement commence à se matérialiser, même si le défi face à la hiérarchie Red Bull reste colossal. Hadjar a notamment testé la nouvelle ailette arrière à aérodynamique active de Red Bull lors de cette session.
Esteban Ocon, en revanche, a connu une journée plus compliquée avec Haas, terminant seizième. Le Normand a en outre dépassé les limites de la piste en coupant la chicane du virage 14. Un week-end à oublier pour Ocon, qui avait pourtant réussi à terminer dixième lors du dernier Grand Prix au Japon.
Une FP1 émaillée d’incidents techniques
Cette séance d’essais libres de 90 minutes a été marquée par de nombreux incidents mineurs. Outre les problèmes déjà évoqués de Gasly et Piastri, Carlos Sainz a signalé un bruit anormal au niveau de son turbocompresseur. Valtteri Bottas a subi plusieurs blocages de roues, l’empêchant d’améliorer ses chronos. Le jeune Lindblad, quant à lui, a multiplié les passages aux stands en raison de soucis techniques à répétition.
Max Verstappen a également dû corriger un dérapage dans l’un des virages de la piste — un rappel que ces nouvelles monoplaces 2026, avec leur hybridation poussée à 50 % entre puissance thermique et électrique, restent encore difficiles à maîtriser. Les pilotes ont d’ailleurs voté pour modifier le règlement 2026, et la FIA a notamment réduit la recharge maximale autorisée de 8 à 7 MJ afin de limiter les risques de « famine énergétique ».
Un nouveau règlement pour un nouveau championnat ?
Le Grand Prix de Miami 2026 représente bien plus qu’une simple course : il marque le premier week-end depuis que la FIA a apporté des ajustements significatifs au règlement technique 2026. Ces modifications ont été décidées en réponse aux critiques formulées après les trois premières courses, portant notamment sur la sécurité et la gestion de l’énergie.
Comme l’a souligné avec humour Steve Nielsen, directeur technique d’Alpine : « Nous sommes tous des plagiaires sans vergogne », en référence à la rapidité avec laquelle les écuries s’inspirent des innovations de leurs concurrents — à l’image de l’ailette « Macarena » de Ferrari, désormais adoptée par Red Bull.
La trêve forcée de cinq semaines a offert à toutes les équipes l’opportunité de développer des solutions techniques — ce qui pourrait bien rebattre les cartes. Le bilan de cette pause laissait présager des surprises. Ferrari semble en avoir tiré le meilleur parti.
Reste désormais à savoir si cette FP1 reflète le véritable potentiel des monoplaces, ou s’il ne s’agit que de premières impressions avant les véritables batailles des Sprint Qualifying, de la Sprint Race, des qualifications et de la course principale de dimanche — qui pourrait être perturbée par des orages, avec un risque de pluie annoncé à 88 %.