201 km/h en zone de double drapeau jaune : une folie aux conséquences irréversibles
Le Nürburgring Nordschleife vient d’infliger l’une des sanctions les plus sévères de ces dernières années à un pilote. Lors des séances de qualification des ADAC 24h Nürburgring Qualifiers, le 18 avril 2026, le pilote ukrainien Oleksandr Kosohov a commis deux infractions d’une gravité exceptionnelle, lui valant le retrait immédiat de sa licence sur le célèbre circuit allemand.
Au volant de la Porsche Cayman GT4 CS de l’écurie Mühlner Motorsport – immatriculée sous le numéro 999 –, Kosohov a d’abord été flashé à 192 km/h dans une zone soumise à un Code 60, soit une limitation impérative à 60 km/h décrétée par la direction de course. L’écart, abyssal, s’élève à 132 km/h au-dessus de la vitesse autorisée.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Plus tard au cours de la même séance, un double drapeau jaune a été déployé sur la piste, imposant une réduction immédiate de la vitesse maximale à 120 km/h et interdisant tout dépassement. Kosohov, pourtant, a été enregistré à 201 km/h, soit 81 km/h au-delà du seuil réglementaire. Deux infractions, deux violations flagrantes des règles fondamentales de sécurité du Nordschleife.
La décision des commissaires : immédiate et sans appel
Face à l’ampleur des manquements, les commissaires du Nürburgring ont réagi avec une fermeté exemplaire. Leur verdict est sans équivoque : une pénalité de passage aux stands avec un arrêt de 95 secondes lors de la course suivante, une disqualification immédiate de l’épreuve, et surtout, le retrait définitif de la licence DPN (DMSB Permit Nordschleife).
Le communiqué officiel des commissaires est sans appel : « La voiture n°999 n’a pas respecté le signal de double drapeau jaune en circulant à 201 km/h. La sanction consiste en une pénalité de 95 secondes en course, la disqualification immédiate du pilote de l’événement, ainsi que le retrait général de la licence DPN. »
Dans les résultats officiels, Kosohov apparaît désormais sous la mention « DSQ » – disqualifié – accompagné des initiales « UKR » pour l’Ukraine. Sa participation aux 24 Heures du Nürburgring, prévue le mois suivant, est désormais compromise tant qu’il n’aura pas recouvré sa licence Nordschleife, condition sine qua non pour prendre part à une compétition sur ce tracé.
La licence Nordschleife : un sésame indispensable et exigeant
La licence Nordschleife – officiellement désignée sous le nom de DMSB Permit Nordschleife (DPN) – constitue un permis de course supplémentaire, obligatoire pour tout pilote souhaitant participer à des épreuves officielles sur le Nordschleife. Son obtention n’est guère aisée.
La formation comprend un questionnaire en ligne portant sur les réglementations spécifiques du circuit, suivi d’au moins quatre heures de formation pratique sur le tracé. Celle-ci inclut l’apprentissage de la ligne idéale, des simulations de situations impliquant des drapeaux jaunes, ainsi que des exercices avec un véhicule de sécurité. Les modalités de cette formation sont strictement encadrées par le DMSB (Deutscher Motor Sport Bund).
L’objectif de ce permis est d’assurer que chaque pilote abordant ce circuit mythique de 20,8 kilomètres maîtrise parfaitement ses particularités, ses réglementations et ses impératifs en matière de sécurité. Le Nordschleife, souvent qualifié de circuit le plus dangereux au monde, impose des règles à la hauteur de sa réputation.
Ainsi, la vitesse maximale dans la voie des stands est fixée à 60 km/h en toutes circonstances, sauf indication contraire. Quant aux zones de double drapeau jaune, elles exigent une réduction immédiate et drastique de la vitesse, afin de protéger les pilotes, les commissaires et les autres concurrents en cas d’incident.
Un week-end endeuillé par un drame
Le contexte dans lequel se sont produites les infractions de Kosohov confère à la sanction une résonance particulière. Ce même week-end du 18 avril 2026, lors de la première course de qualification des ADAC 24h Nürburgring Qualifiers, un accident impliquant sept véhicules s’est produit dans le virage emblématique de la Karussell.
Le pilote finlandais Juha Miettinen, âgé de 66 ans, a succombé à ses blessures. Six autres pilotes ont été transportés à l’hôpital pour des examens de précaution. Il s’agit du premier décès survenu sur le Nordschleife depuis juin 2013, lorsque Wolf Silvester avait perdu la vie dans des circonstances similaires. Max Verstappen, présent sur place pour préparer ses débuts aux 24 Heures du Nürburgring, a exprimé son émotion face à ce drame.
C’est dans cette atmosphère de deuil et de remise en question des conditions de sécurité que les commissaires ont dû statuer sur le cas de Kosohov. L’accident avait déjà entraîné l’interruption de la première course, et les excès de vitesse de l’Ukrainien, enregistrés lors de la séance de qualification, incarnaient précisément le type de comportement que le système de licences Nordschleife vise à éradiquer.
Le profil de Kosohov et les précédents en sport automobile
Oleksandr Kosohov est un pilote ukrainien évoluant en catégorie GT4 au sein de l’écurie Mühlner Motorsport, une structure bien connue du Nürburgring. Si son nom demeurait jusqu’alors relativement discret dans le paysage du sport automobile international, cette affaire le place malheureusement sous les projecteurs pour les pires raisons.
Les sanctions pour non-respect des drapeaux jaunes ne sont pas rares en sport automobile. Toutefois, dans le contexte spécifique du Nordschleife, le retrait de la licence DPN représente la peine maximale, car sans elle, il est tout simplement impossible de prendre part à une course sur ce circuit. La disqualification de l’équipe Winward pour une infraction technique, ou encore les pénalités infligées à Max Verstappen et Lucas Auer pour un incident de contact lors des mêmes qualifications, illustrent la fermeté des officiels du Nürburgring.
Cependant, rouler à 201 km/h sous double drapeau jaune ou à 192 km/h sous Code 60 dépasse largement le cadre des incidents habituels. Les commissaires ont d’ailleurs qualifié les agissements de Kosohov d’« extrêmement dangereux », précisant que ces derniers ne leur laissaient « aucune autre alternative » que d’exclure le pilote du circuit.
Quelles perspectives pour Kosohov ?
La question de sa réintégration se pose désormais. Le retrait de la licence DPN n’est pas nécessairement définitif, mais le parcours pour la récupérer s’annonce long et semé d’embûches. Kosohov devra probablement repasser l’intégralité du processus de formation et d’obtention du permis, démontrer aux autorités du DMSB une maîtrise irréprochable des réglementations du Nordschleife, et convaincre les commissaires de sa fiabilité en matière de sécurité.
En attendant, il est interdit de course sur le Nürburgring Nordschleife pour une durée indéterminée, et ne pourra notamment pas participer aux 24 Heures du Nürburgring, l’épreuve reine du calendrier GT sur ce circuit, tant que sa situation administrative n’aura pas été régularisée.
Cette affaire relance le débat sur l’exemplarité en sport automobile. La sécurité demeure une priorité absolue dans l’ensemble des championnats, et les organisateurs du Nürburgring ont démontré, une fois encore, que la tolérance zéro n’est pas un vain mot lorsqu’il s’agit de préserver des vies humaines.
Le Nordschleife : un circuit qui ne tolère aucune erreur
Avec ses 20,8 kilomètres de bitume sinueux, ses dénivelés vertigineux et ses quelque 150 virages, le Nordschleife constitue un environnement de course unique au monde. Le respect des signaux de drapeau y relève de la survie, bien au-delà d’une simple question de réglementation.
La disparition de Juha Miettinen et la sanction infligée à Kosohov rappellent avec une cruelle acuité pourquoi ces règles existent. Ignorer un Code 60 ou un double drapeau jaune à de telles vitesses, c’est exposer les équipes de secours, les commissaires et les autres pilotes à un danger mortel. Le système de la licence DPN, conçu pour garantir un niveau minimal de compétence et de connaissance des règles, a prouvé ce week-end qu’il n’était pas seulement utile, mais indispensable.
Pour Kosohov, l’aventure sur le Nordschleife est suspendue. Pour le sport automobile dans son ensemble, cet incident constitue un rappel douloureux, mais nécessaire : la vitesse ne saurait justifier aucune entorse à la sécurité, et cette dernière ne souffre aucune exception.






