Marco Apicella : la carrière F1 la plus courte de l'histoire (800 m)

Histoire|
Marco Apicella au volant de la Jordan 193-Hart lors du Grand Prix d'Italie 1993 à Monza

Marco Apicella détient le record de la carrière F1 la plus courte : 800 mètres au GP d'Italie 1993 avec Jordan, avant un carambolage au premier virage.

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Camille M

Camille M est une passionnée de Formule 1 depuis son plus jeune âge et qui souhaite partager sa passion au plus grand nombre.

800 mètres : la carrière F1 la plus éphémère jamais enregistrée

Dans l'histoire de la Formule 1, certains records font rêver — victoires, titres, tours les plus rapides. D'autres, en revanche, sont des marques d'infortune que personne ne souhaiterait détenir. Celui de Marco Apicella appartient résolument à la seconde catégorie : sa carrière en catégorie reine n'a duré que 800 mètres, soit à peine la longueur de la ligne droite de départ de Monza.

Né le 7 octobre 1965 près de Bologne, cet Italien au parcours atypique n'a disputé qu'un seul Grand Prix dans sa vie — le GP d'Italie 1993 — et n'a même pas eu le temps de voir le premier virage dans son rétroviseur. Retour sur l'une des histoires les plus cruelles du sport automobile.

Un pilote forgé par la F3000

Contrairement à ce que pourrait laisser penser la brièveté de son passage en F1, Marco Apicella n'était pas un novice. Bien au contraire. Le Bolognais avait fait ses armes dans les formules de promotion italiennes dès 1984, courant en Formule 3 aux côtés de futurs noms de la F1 comme Nicola Larini, Alex Caffi ou Stefano Modena.

En 1986, associé à Larini au sein de la Scuderia Coloni, Apicella remporte les deux premières manches de la saison de F3 italienne avant de terminer vice-champion. Un duel prometteur qui augurait d'un bel avenir.

Sa transition vers la Formule 3000 internationale à partir de 1987 s'avère plus laborieuse. Chez EuroVenturini d'abord, puis chez FIRST Racing, Apicella accumule les podiums — sept deuxièmes places ! — sans jamais décrocher la victoire. En 1989, il termine tout de même quatrième du championnat, derrière des noms illustres : Jean Alesi, Erik Comas et Eric Bernard. Le site StatsF1 le surnomme d'ailleurs le « Chris Amon de la F3000 » : toujours rapide, jamais victorieux dans cette série.

L'exil japonais et la renaissance

Sans volant en Europe pour 1992, Apicella s'envole pour le Japon et rejoint l'écurie Dome en F3000 japonaise. C'est là que sa carrière prend un nouveau tournant : il remporte enfin des courses et termine quatrième du championnat 1993. Ces performances attirent l'attention d'un certain Eddie Jordan.

Le Grand Prix d'Italie 1993 : le rêve et le cauchemar

En septembre 1993, Eddie Jordan cherche un remplaçant pour Thierry Boutsen, le pilote belge ayant quitté l'écurie après des résultats décevants. Apicella, fort de ses performances au Japon, devient le cinquième pilote de la saison à s'asseoir dans la seconde Jordan-Hart. Et pas n'importe où : à Monza, pour son Grand Prix à domicile.

Le programme est intense. En l'espace de trois jours, l'Italien doit apprivoiser une monoplace qu'il ne connaît pas, après un bref test à Imola. Lors des essais libres du vendredi, il part en tête-à-queue dans la Seconda Lesmo sur piste humide. Le samedi, il se qualifie en 23ᵉ position, à une demi-seconde de son coéquipier Rubens Barrichello et à 4,5 secondes du poleman Damon Hill.

L'accident : 10 secondes de F1

Le dimanche, c'est le grand jour. Marco Apicella s'élance au milieu du peloton de 26 monoplaces. Mais au bout de la ligne droite de départ, au freinage de la première chicane, le drame se produit. JJ Lehto déclenche un carambolage impliquant plusieurs voitures — dont la Jordan d'Apicella et celle de son coéquipier Barrichello.

Le bras de direction de la Jordan n°15 est brisé net. Apicella, sans dommage physique, est contraint à l'abandon immédiat. Sa carrière en Formule 1 vient de s'achever après environ 800 mètres et moins de 10 secondes de course.

Un record contesté mais symbolique

Ce triste record est souvent attribué à Apicella, mais il convient de nuancer. En 1953, l'Allemand Ernst Loof n'avait parcouru que quelques mètres au GP d'Allemagne au Nürburgring avant une panne de pompe à essence. Si l'on mesure strictement la distance, Loof détient techniquement le record absolu. Mais c'est bien Apicella qui reste dans la mémoire collective comme le symbole de la carrière F1 la plus fugace.

Et après ? Le titre au Japon

Dès la course suivante au Portugal, Emanuele Naspetti prend le volant de la seconde Jordan, puis Eddie Irvine — lui — saura saisir sa chance au GP du Japon pour lancer une longue carrière en F1.

Pour Apicella, le retour au Japon est immédiat. Et loin d'être amer, il va transformer sa déception en titre de champion. En 1994, il remporte la F3000 japonaise avec Dome, grâce à trois victoires sur les circuits de Mine, Suzuka et Fuji. La preuve que le talent était bien là.

En 1996, il participe aux essais du prototype Dome F105, un projet de F1 qui ne verra jamais le jour après un accident en test à Suzuka. Sa dernière chance de revenir en Formule 1 s'envole définitivement.

Une fin de carrière entre Le Mans et les GT

Apicella poursuit sa carrière dans les voitures de sport et d'endurance. Il participe à plusieurs éditions des 24 Heures du Mans avec le team JLOC et une Lamborghini Murciélago, avant de prendre sa retraite du sport automobile à la fin des années 2000. Il se reconvertit ensuite comme instructeur de pilotage et représentant commercial pour le fabricant de casques Stilo.

L'héritage d'un record involontaire

L'histoire de Marco Apicella nous rappelle à quel point la Formule 1 peut être cruelle. Un pilote talentueux, forgé par des années de compétition, dont le rêve ultime s'est brisé en moins de temps qu'il n'en faut pour lire ce paragraphe. 800 mètres, c'est moins que la distance entre deux bornes kilométriques sur une autoroute. C'est l'équivalent de deux tours de stade d'athlétisme.

Mais contrairement à ce que ce record laisse entendre, Apicella n'était pas un pilote anecdotique. Comme le résume bien Motorsport Magazine : sa carrière « a été longue et largement couronnée de succès, mais ce sont ses records involontaires qui attirent les commentaires ». Un résumé parfait du paradoxe Apicella.

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