Lewis Hamilton, du circuit au podium d’Hollywood
Le 15 mars 2026, lors de la 98ᵉ cérémonie des Oscars, le film F1 se voyait décerner l’Oscar du meilleur son. Sous les projecteurs de la salle, l’attention se portait sur l’équipe créative – mais Lewis Hamilton brillait par son absence. Le septuple champion du monde était en effet à Shanghai ce soir-là, au volant de sa Ferrari, pour disputer le Grand Prix de Chine. Résultat de cette journée hors du commun ? Un podium en course et une statuette dorée en coulisses, le même dimanche.
Ce moment symbolise à lui seul la trajectoire exceptionnelle d’Hamilton : celle d’un athlète qui refuse de se limiter à son rôle de pilote et s’impose désormais comme une figure majeure de l’industrie cinématographique mondiale.
Un film né d’une quête d’authenticité
Tout commence en décembre 2021, lorsqu’une véritable guerre des enchères éclate autour d’un projet de film consacré à la Formule 1. Le tandem formé par Joseph Kosinski et Jerry Bruckheimer – tout juste auréolé du succès de Top Gun : Maverick, qui avait engrangé 1,5 milliard de dollars au box-office – s’impose rapidement. Leur exigence est claire : pour que le film soit crédible, il leur faut un véritable initié, quelqu’un qui maîtrise la F1 dans ses moindres détails.
Lewis Hamilton est approché et accepte de jouer le rôle de producteur exécutif. Son implication dépassera rapidement toutes les attentes.
« Je me souviens des premières réunions sur le scénario ; je voulais un équilibre parfait entre fiction et réalité. En lisant le premier jet, j’ai pensé : ‘Mon Dieu, on dirait un mélange de Hollywood et de Fast & Furious.’ J’ai donc entrepris d’éduquer toute l’équipe, des scénaristes aux acteurs, en passant par le producteur », confie Hamilton.
Loin de se contenter d’un rôle passif, Hamilton s’investit corps et âme. Il accompagne Brad Pitt et Damson Idris sur la piste, leur enseigne les techniques de pilotage et les soumet à des entraînements spécifiques pour renforcer leur cou – indispensable pour résister aux forces G dans les virages. « Brad Pitt et Damson se sont entraînés pendant quatre mois sous la supervision de Lewis, qui a veillé à ce qu’ils puissent conduire ces bolides », précise Bruckheimer. « Quand vous voyez Brad et Damson dans la voiture à l’écran, ils conduisent réellement. Ce ne sont pas des effets spéciaux. C’est la réalité. »
Un tournage au cœur du paddock
L’un des paris les plus audacieux du film a consisté à tourner pendant de véritables week-ends de Grand Prix, intégrant l’intrigue fictive aux saisons 2023 et 2024. Silverstone, Monza, Spa-Francorchamps, Yas Marina : les caméras de Kosinski étaient présentes, au plus près de l’action.
C’est Hamilton qui a joué un rôle déterminant pour convaincre les pilotes – Max Verstappen, Charles Leclerc, Carlos Sainz, Fernando Alonso – ainsi que les directeurs d’équipe comme Toto Wolff et Fred Vasseur de participer au projet. « Il y avait une certaine réticence au sein du milieu au départ. Jamais un film de cinéma n’avait été tourné pendant une saison de course, et l’introduction d’une équipe fictive était une première », explique-t-il.
Pour restituer le son si caractéristique de la F1, l’équipe technique a collaboré étroitement avec les diffuseurs de la discipline, intégrant son matériel à leur infrastructure. Résultat : des images en 4K capturées par plus de 20 caméras embarquées simultanément, et un son non compressé enregistré via près de 100 microphones disséminés autour du circuit. Ce travail titanesque a été récompensé par l’Oscar du meilleur son, attribué à Al Nelson, Gwendolyn Yates Whittle, Gary Rizzo, Juan Peralta et Gareth John. Lors de son discours de remerciement, Juan Peralta a tenu à saluer « Lewis Hamilton, la Formule 1 et tous ceux chez Apple qui ont soutenu une expérience cinématographique aussi ambitieuse. »
633 millions de dollars et une révolution pour la F1
Sorti en juin 2025, F1 : The Movie a rapidement dépassé toutes les attentes. Avec 633 millions de dollars de recettes mondiales, le film s’est imposé comme :
- Le film sportif le plus rentable de l’histoire
- Le plus grand succès commercial de la carrière de Brad Pitt (dépassant les 540 millions de World War Z)
- Le plus gros succès d’Apple Original Films
- Le neuvième film le plus rentable de l’année 2025
Le film a particulièrement séduit à l’international, où près de 70 % de ses recettes ont été réalisées : Royaume-Uni (24 millions de dollars), France (18 millions, soit 2,3 millions d’entrées), Mexique (18 millions), Australie (15 millions) et Corée du Sud (14 millions).
Côté critiques, F1 affiche 82 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes et un score de 68/100 sur Metacritic. Le public lui a décerné la note « A » sur CinemaScore, avec 92 % d’avis favorables sur PostTrak. Le film a également remporté le BAFTA du meilleur son, ainsi que les prix du meilleur montage et du meilleur son aux Critics’ Choice Awards.
Pour un sport dont la popularité aux États-Unis avait déjà été dopée par la série Drive to Survive, ce film marque une nouvelle étape. « C’est incroyable de voir l’impact qu’il a eu. Je reçois encore des messages de gens qui viennent de le découvrir et qui me disent à quel point il leur a ouvert les yeux sur ce sport », s’enthousiasme Hamilton.
Absent des Oscars, mais omniprésent
Ironie du sort, le septuple champion du monde n’a pu assister à la cérémonie des Oscars le 15 mars 2026. Ce dimanche-là, il disputait le Grand Prix de Chine 2026 sur le circuit de Shanghai, où il a décroché un podium avec Ferrari – un premier podium remarqué qui avait déjà fait couler beaucoup d’encre.
Pourtant, malgré son absence physique à Los Angeles, Hamilton était bel et bien présent dans la salle : cité dans le discours de victoire, il a vécu ce double triomphe depuis le paddock de Shanghai, dans une image forte qui résume à elle seule son statut unique dans le monde du sport.
Le film avait obtenu quatre nominations aux Oscars : meilleur son, meilleur montage, meilleurs effets visuels et meilleur film. Seule la catégorie du meilleur son a été remportée, mais cette nomination pour le meilleur film reste un exploit rare pour une production centrée sur le sport automobile.
La suite déjà en chantier
Fort de ce succès retentissant, le trio Bruckheimer-Kosinski-Hamilton planche déjà sur une suite. Jerry Bruckheimer l’a confirmé lors du déjeuner annuel des Oscars à Los Angeles : « Nous travaillons sur une suite. »
Hamilton, quant à lui, a révélé l’avancement du projet depuis Melbourne, en marge du Grand Prix d’Australie 2026 : « Nous travaillons déjà sur le premier scénario. Nous avons eu notre première réunion vers la mi ou la fin de l’année dernière. Jerry [Bruckheimer], Joe [Kosinski] et moi-même avons échangé sur différentes idées et directions possibles pour l’intrigue. Puis, avec Ehren [Kruger], nous avons multiplié les réunions à ce sujet. »
Le réalisateur Joseph Kosinski et le scénariste Ehren Kruger – tous deux vétérans de Top Gun : Maverick – devraient reprendre du service. Brad Pitt a d’ailleurs partagé sa vision : l’histoire devrait se recentrer sur le personnage de Joshua Pearce (interprété par Damson Idris) et la lutte de son équipe pour le championnat.
Hamilton reste conscient des défis que représente une suite : « La deuxième partie est cruciale. Les suites ne sont pas toujours à la hauteur. Mais nous avons une équipe exceptionnelle, un casting formidable et un scénariste talentueux. Je ne suis donc pas inquiet, mais nous prendrons notre temps pour que tout soit parfait. »
L’athlète-producteur, un nouveau paradigme
L’aventure du film F1 redéfinit le rôle qu’un sportif de haut niveau peut jouer dans la création de contenus culturels. Hamilton n’a pas été une simple « caution sportive » créditée au générique : il a été un véritable architecte du projet, façonnant le scénario, formant les acteurs et convainquant l’ensemble du paddock de s’impliquer.
« Je n’ai pas vraiment envie d’être devant la caméra. On m’a proposé de nombreux rôles au cinéma, mais j’aime l’idée d’œuvrer en coulisses. C’était une expérience incroyable, bien plus gratifiante que de jouer moi-même », confie-t-il.
Et Hamilton ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : « Je prévois de produire de nombreuses émissions de télévision, des documentaires et des films. J’ai beaucoup de projets en préparation. »
Cette trajectoire illustre une tendance plus large : les grands athlètes ne se contentent plus de briller sur le terrain ou sur la piste. Ils deviennent des créateurs, des producteurs, des bâtisseurs de récits qui influencent la perception mondiale de leur discipline. Que ce soit LeBron James avec Space Jam, Serena Williams dans la mode, ou désormais Hamilton à Hollywood, la frontière entre sportif et créateur de contenu s’estompe peu à peu.
Pour la Formule 1, ce succès dépasse le cadre cinématographique. En attirant des millions de nouveaux spectateurs à travers le monde – dont 2,3 millions en France –, le film a contribué à élargir l’audience d’un sport déjà en pleine expansion. Et si la suite est à la hauteur des ambitions affichées, Lewis Hamilton aura accompli l’exploit inédit d’être champion du monde sur la piste et aux Oscars, presque simultanément.






