Max Verstappen, disqualifié au Nürburgring après avoir hérité du numéro 3 de Daniel Ricciardo, subit-il la même malédiction que son ancien coéquipier ? Une analyse approfondie de ce parallèle troublant.
Camille M est une passionnée de Formule 1 depuis son plus jeune âge et qui souhaite partager sa passion au plus grand nombre.
Le 21 mars 2026, Max Verstappen franchissait la ligne d’arrivée en vainqueur au Nürburgring, dominant sans partage la course NLS2 au volant de la Winward Mercedes-AMG. Quelques heures plus tard, cependant, la victoire s’évanouissait. La voiture portant le numéro 3 était disqualifiée pour avoir utilisé sept trains de pneus au lieu des six autorisés par le règlement. Une erreur administrative, certes, mais une erreur survenue précisément l’année où Verstappen avait troqué son célèbre 33 contre le 3 – le numéro fétiche de Daniel Ricciardo.
Coïncidence ? Les passionnés de Formule 1 sur les réseaux sociaux n’ont pas tardé à établir le lien. Et ce rapprochement s’avère bien plus profond qu’il n’y paraît.
Le Nürburgring : quand la victoire se mue en cauchemar
Lors des vérifications techniques post-course, les commissaires découvrirent que l’équipe Winward Mercedes-AMG avait utilisé sept trains de pneus dans la journée, contre six autorisés. L’erreur s’était produite durant les qualifications, en raison de multiples changements de pilotes et de gommes. La voiture n°3 fut exclue, et la victoire revint à l’équipe ROWE Racing BMW de Dan Harper et Jordan Pepper.
La réaction de l’écurie
Christian Hohenadel, directeur de l’équipe Winward, n’a pas cherché à minimiser la faute : « La disqualification est difficile à digérer. Malheureusement, une erreur interne n’a laissé d’autre choix aux commissaires que d’exclure la voiture victorieuse. » Il a ajouté : « Nous analyserons cette journée dans les moindres détails et aborderons les 24 Heures du Nürburgring avec la plus grande concentration. »
Un camouflet d’autant plus amer que cet événement marquait le premier engagement de l’équipe en tant que structure Mercedes-AMG Performance complète sur la Nordschleife. Les 24 Heures du Nürburgring, prévues du 14 au 17 mai, entre le Grand Prix de Miami et celui du Canada, demeurent l’objectif principal.
Le numéro 3 : un héritage chargé d’histoire
Pour saisir toute la dimension symbolique de cette disqualification, il faut remonter aux origines du numéro 3 dans la Formule 1 moderne. Daniel Ricciardo l’avait adopté dès 2014, en hommage à la légende du NASCAR Dale Earnhardt – « l’Intimidateur » –, qui avait couru toute sa carrière avec ce même numéro. Ricciardo avait même obtenu ce chiffre par tirage au sort lors de ses débuts en karting. Un numéro choisi par le destin, en somme.
Depuis lors, le 3 est indissociable de l’Australien. Lorsqu’il prit sa retraite de la Formule 1 en 2024 après une dernière saison en demi-teinte avec RB, le numéro devint officiellement disponible. C’est à Austin, lors d’une rencontre fortuite, que Verstappen évoqua son désir de le reprendre. « Quand j’ai rattrapé Max à Austin et qu’il a mentionné son intention de prendre le numéro trois, j’ai bien sûr été ravi de lui donner mon accord », confia Ricciardo à GQ, ajoutant avec malice : « Sinon, je pense qu’il aurait dû patienter encore un an. »
Verstappen, pionnier d’une nouvelle règle
À partir de 2026, la FIA autorisa les pilotes à demander un changement de numéro permanent – une règle que Verstappen fut le premier à exploiter, passant du 33 au 3. Son explication était simple : « Mon numéro préféré a toujours été le 3, après le 1. Le 33 était très bien, mais j’aime davantage un 3 que deux. » La FIA et Ricciardo donnèrent tous deux leur aval. Pour les supporters, ce geste revêtait une portée symbolique, marquant une forme de continuité entre deux ères chez Red Bull. Vous pouvez d’ailleurs consulter la liste complète des numéros des pilotes de Formule 1 en 2026 dans notre guide dédié.
2014 : la première disqualification, acte fondateur de la malédiction
Pour que la comparaison prenne tout son sens, replongeons-nous en mars 2014. Daniel Ricciardo venait de réaliser une course magistrale à Melbourne, terminant deuxième derrière Nico Rosberg. Un résultat prometteur pour sa première saison chez Red Bull Racing. Quelques heures plus tard, les commissaires sportifs découvrirent une anomalie : la voiture de Ricciardo avait régulièrement dépassé la limite de débit de carburant, fixée à 100 kilogrammes par heure par la FIA.
La disqualification tomba comme un couperet. Ricciardo perdit 18 points au championnat. Kevin Magnussen hérita de la deuxième place pour ses débuts en F1, tandis que Jenson Button récupérait la troisième. Red Bull fit appel, mais la FIA maintint sa décision. Ce fut un début de saison cauchemardesque pour l’Australien, dans sa propre course à domicile, avec le numéro 3 fièrement arboré sur sa monoplace.
Un parallèle troublant
Les similitudes entre ces deux incidents donnent froid dans le dos aux amateurs de symbolisme :
Ricciardo, Melbourne 2014 : disqualifié après avoir terminé deuxième, pour un dépassement de la limite de débit de carburant – une erreur technique imputable à l’équipe, non au pilote.
Verstappen, Nürburgring 2026 : disqualifié après avoir remporté la course, pour un dépassement de l’allocation de pneus – une erreur administrative de l’équipe, non du pilote.
Dans les deux cas, une performance brillante réduite à néant par une infraction réglementaire imputable à l’écurie. Dans les deux cas, le numéro 3 était en cause. C’est l’écrivain spécialisé en F1 Daniel Valente qui, le premier, souligna cette coïncidence sur les réseaux sociaux, déclenchant une vague de réactions au sein de la communauté.
Ricciardo et Verstappen : une relation complexe, bien au-delà des chiffres
La « malédiction Ricciardo » dépasse largement le simple parallèle des disqualifications. Elle s’inscrit dans une histoire commune, riche et tumultueuse, qui a façonné les deux pilotes.
Lorsque Verstappen rejoignit Red Bull Racing en 2016, à seulement 17 ans, il fut transféré en urgence depuis l’équipe junior pour remplacer Daniil Kvyat. Son baptême du feu fut immédiat et spectaculaire : victoire au Grand Prix d’Espagne dès ses débuts avec l’écurie. Ricciardo, alors leader incontesté du garage, vit soudain surgir un rival inattendu. La dynamique de l’équipe en fut bouleversée.
Les saisons 2016 à 2018 furent marquées par une cohabitation explosive. Sur la piste, les deux pilotes se livrèrent des duels mémorables. En dehors, leur relation fut décrite par Verstappen lui-même comme une « intimité étrange » : « On passe tellement de temps ensemble, on voit toutes les données, on voit tout. D’un point de vue professionnel, on peut presque lire dans les pensées de l’autre. »
Bakou 2018 : le point de non-retour
Le Grand Prix d’Azerbaïdjan 2018 reste le symbole le plus douloureux de cette rivalité. Lors d’un duel de plus en plus tendu, Ricciardo percuta l’arrière de la voiture de Verstappen dans le premier virage, alors qu’il tentait de le dépasser. Les deux monoplaces terminèrent dans le mur. Red Bull perdit des points précieux dans sa lutte contre Ferrari et Mercedes.
Les commissaires conclurent que « les deux pilotes avaient contribué à la collision », notant que Verstappen avait effectué deux mouvements défensifs et que Ricciardo avait « trop tardé à se déporter sur la gauche ». Des années plus tard, Ricciardo admettrait : « Dès que je l’ai percuté, une partie de moi a pensé : tu l’as mérité, c’était un gâchis. » Verstappen, quant à lui, déclara le soir même : « Nous avons perdu beaucoup de points aujourd’hui, inutilement. »
Cet incident laissa des traces durables. Le 3 août 2018, Ricciardo annonça son départ pour Renault – une décision qui choqua le monde de la F1, malgré une offre de renouvellement de Red Bull sur la table.
La malédiction du deuxième siège chez Red Bull : un contexte plus large
La « malédiction Ricciardo » s’inscrit dans un phénomène plus vaste : depuis 2018, Red Bull peine à trouver un coéquipier capable de rivaliser avec Verstappen. Pierre Gasly, promu en 2019, fut renvoyé en équipe junior après seulement douze courses. Alex Albon lui succéda sans convaincre. Sergio Pérez tint jusqu’en 2024 avant d’être remercié. Liam Lawson, quant à lui, détient le record de brièveté avec seulement deux courses avant son éviction. Bilan : Verstappen 5, coéquipiers 0.
L’explication avancée par Christian Horner résume tout : « Max est le coéquipier le plus difficile au monde. » La voiture Red Bull est conçue autour de ses spécificités de pilotage, ce qui la rend particulièrement ardue à maîtriser pour ses partenaires.
C’est dans ce contexte que s’ouvre la saison 2026. La RB22 est annoncée avec 19 kg de surpoids, et Verstappen, qui avait manqué de peu un cinquième titre mondial en 2025 face à Lando Norris, n’a terminé que sixième en Australie lors de la manche d’ouverture. L’air de la saison 2026 ne semble guère clément pour le Néerlandais.
Superstition et sport automobile : une longue tradition
La Formule 1 n’est pas étrangère aux superstitions. La « malédiction de Bahreïn », selon laquelle le vainqueur du Grand Prix d’ouverture ne remporte jamais le titre mondial, est prise suffisamment au sérieux pour que certains fans, mi-sérieux mi-amusés, espèrent que leur pilote préféré ne s’y impose pas.
Le numéro 3, quant à lui, porte une histoire particulière. Dale Earnhardt, l’idole de Ricciardo et l’une des légendes du NASCAR, a couru toute sa vie avec ce numéro avant de trouver la mort lors du Daytona 500 en 2001. « Pensez au destin de la légende qui a piloté avec le numéro 3, qui a inspiré Danny Ric à choisir ce numéro. On ne change pas le nom d’un bateau ni le numéro d’une voiture. Il faut briser cette malédiction », écrivaient des supporters en réaction à la disqualification de Verstappen.
Ricciardo lui-même avait accueilli ce changement de numéro avec bienveillance. « Le numéro trois est plutôt cool. C’est une belle histoire pour nous et pour les fans de F1 qui nous ont soutenus, Max et moi, quand nous étions coéquipiers. » Sa réaction positive n’a pourtant pas empêché le destin de jouer un tour ironique.
Verstappen peut-il conjurer la malédiction ?
La question s’impose d’elle-même : tout ceci n’est-il qu’une coïncidence amusante, amplifiée par l’ère des réseaux sociaux et la passion des fans pour les récits ? Ou y a-t-il quelque chose de plus profond dans cette répétition d’événements ?
Objectivement, les deux disqualifications partagent des caractéristiques frappantes : des performances brillantes suivies d’exclusions pour des infractions techniques imputables à l’équipe plutôt qu’au pilote. De quoi alimenter les théories, même si la raison invite à n’y voir qu’un hasard.
Ce qui est certain, c’est que le contexte ne joue pas en faveur de Verstappen en ce début d’année 2026. Entre les annulations des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en raison des tensions géopolitiques, un début de championnat difficile et cette disqualification symbolique au Nürburgring, les mauvais augures s’accumulent.
Les 24 Heures du Nürburgring en mai représenteront une nouvelle occasion pour Verstappen de démontrer sa maîtrise de la Nordschleife – et, peut-être, d’exorciser définitivement cette prétendue malédiction. Car en sport automobile comme ailleurs, rien ne vaut une victoire éclatante pour faire taire les superstitions.
Une histoire qui ne fait que commencer
Au fond, ce qui rend cette « malédiction Ricciardo » si captivante, c’est qu’elle condense en quelques chiffres et quelques dates une relation humaine d’une richesse exceptionnelle. Deux pilotes de talent, une rivalité explosive, une amitié sincère ayant survécu aux tempêtes, et un numéro transmis comme un témoin dans une course relais dont personne ne connaît encore l’issue. Verstappen l’avait résumé mieux que quiconque en évoquant leur relation : « C’est une intimité étrange. » Étrange, certes. Mais profondément humaine.