BYD frappe à la porte de la Formule 1 : une réalité désormais actée
Depuis plusieurs semaines, le nom de BYD résonne avec insistance dans les coulisses de la Formule 1. Pourtant, cette fois, il ne s’agit plus d’une simple rumeur de paddock. Stella Li, vice-présidente du groupe, a levé le voile dans les médias : BYD engage des discussions actives en vue d’une entrée en Formule 1, et des réunions au plus haut niveau ont déjà eu lieu avec Stefano Domenicali, le directeur général de la F1.
« Nous avons rencontré Stefano Domenicali à Shanghai. Nos relations sont excellentes, et nous maintenons un contact régulier », a déclaré Stella Li à SportMediaset. Puis, sans ambages : « Oui, c’est un sujet que nous examinons. La Formule 1 représente une opportunité concrète pour éprouver notre technologie. » Avant d’ajouter, pour dissiper toute équivoque : « Ne soyez pas surpris, nous y travaillons encore. »
Cette précision revêt une importance capitale. Il ne s’agit pas d’une confidence anonyme ou d’une source officieuse, mais bien de la vice-présidente du premier constructeur mondial de véhicules électriques qui confirme, en son nom, une entrevue avec le patron du sport automobile. Les discussions ne se déroulent plus au conditionnel, mais bel et bien au présent.
BYD, un colosse qui a surpassé Tesla
Pour saisir l’ampleur de l’enjeu, il convient de mesurer l’envergure de BYD. En 2025, le constructeur chinois a officiellement devancé Tesla en termes de livraisons de véhicules 100 % électriques : 2,25 millions d’unités contre 1,63 million pour le géant américain. Au total, BYD a écoulé 4,6 millions de véhicules électrifiés sur l’année.
Présent dans plus de 100 pays, le groupe maîtrise en interne la production de ses batteries, moteurs électriques, semi-conducteurs et systèmes électroniques. Ses ventes à l’international ont bondi de 150 % l’an dernier, franchissant pour la première fois le cap du million d’unités, avec un objectif fixé à 1,3 million pour 2026.
Avec un chiffre d’affaires atteignant 86 milliards de dollars l’an passé, les barrières financières de la Formule 1 – estimées à 500 millions de dollars par saison pour une écurie inédite, ou encore les 450 millions versés par Cadillac pour son droit d’entrée – représentent des montants certes considérables, mais parfaitement accessibles pour un groupe de cette envergure.
La révolution réglementaire de 2026 : une aubaine pour un spécialiste de l’électrique
Le timing de cet intérêt n’a rien de fortuit. En 2026, la Formule 1 a opéré une refonte technique sans précédent de ses règlements moteurs. Le MGU-K, le moteur électrique, développe désormais 350 kW, contre 120 kW auparavant – soit près de trois fois plus. Résultat : environ 50 % de la puissance totale d’une monoplace F1 2026 provient désormais de la partie électrique.
Cette hybridation massive modifie radicalement la donne pour un acteur tel que BYD. Historiquement, une entrée en F1 exigeait une maîtrise pointue des moteurs à combustion interne. Désormais, la nouvelle réglementation met en avant l’expertise en systèmes électriques, batteries et gestion énergétique – le cœur de métier du constructeur de Shenzhen.
Pour BYD, qui conçoit ses systèmes électriques de A à Z, une campagne en Formule 1 constituerait une vitrine idéale pour démontrer son savoir-faire à l’échelle mondiale, tout en générant des retombées R&D directement applicables à ses véhicules de série. Cette mutation technique a déjà séduit d’autres nouveaux venus, comme Audi, qui a racheté l’ancienne écurie Sauber, ou encore Ford, partenaire de Red Bull.
Trois scénarios sur la table
D’après les informations disponibles, trois options d’engagement sont actuellement à l’étude chez BYD :
1. Partenaire commercial du championnat
La voie la moins contraignante. BYD deviendrait sponsor titre ou partenaire officiel de la Formule 1, sans gérer d’écurie ni de moteur. Un investissement en visibilité, estimé à plus de 50 millions de dollars par saison pour un partenariat titre, même avec une équipe de milieu de grille.
2. Fournisseur de groupes motopropulseurs
BYD développerait et fournirait des unités de puissance à une ou plusieurs écuries existantes. Ce scénario s’appuierait naturellement sur son expertise en motorisation électrique, mais nécessiterait également de concevoir un bloc thermique compétitif – un domaine où le constructeur n’a pas encore d’expérience en compétition de haut niveau.
3. Équipe à part entière
L’option la plus ambitieuse. BYD gérerait sa propre écurie, soit en la créant ex nihilo, soit – et c’est l’hypothèse jugée la plus réaliste – en rachetant une équipe existante. Plusieurs noms circulent : Aston Martin, dont le propriétaire Lawrence Stroll serait proche d’un point de rupture, ou encore Racing Bulls. La piste Alpine a également été évoquée, bien que Luca de Meo, PDG de Renault, ait publiquement exclu toute cession.
La vision géopolitique de la FIA : un siège chinois à pourvoir
Du côté des instances dirigeantes, l’intérêt de BYD tombe à point nommé. Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, milite depuis deux ans pour une grille élargie à 12 équipes, incluant au moins une écurie américaine et une chinoise. Cadillac a résolu la question américaine en débutant la saison 2026 comme 11ᵉ équipe, après avoir versé 450 millions de dollars de droit d’entrée.
Le siège chinois, en revanche, reste vacant. Ben Sulayem ne cache pas son enthousiasme : « Si une équipe venait de Chine, et je suis convaincu à 100 % que la FOM l’approuverait, cela ne générerait-il pas davantage de revenus avec la Chine ? J’en suis persuadé. » Il a également confié au Figaro : « C’est mon rêve depuis deux ans que les grandes nations aient une représentation en Formule 1. »
L’aspect commercial est indéniable. Le Grand Prix de Chine 2026 a attiré 230 000 spectateurs sur le circuit de Shanghai – un record. L’engouement du public chinois pour la F1 ne cesse de croître depuis la reprise post-pandémie, et la présence d’un constructeur local sur la grille amplifierait encore cet élan.
Des défis réels, mais surmontables
L’enthousiasme des instances ne doit pas occulter les obstacles. Stefano Domenicali lui-même a souligné que la F1 « n’a plus de place » pour une 12ᵉ équipe dans les paddocks, notamment dans des enceintes aussi contraintes que Monaco. Selon lui, le rachat d’une écurie existante demeure la solution la plus rationnelle – ce qui coïncide avec la préférence stratégique de BYD, d’après Bloomberg.
Autre enjeu sensible : l’image. La F1 2026 fait face à des critiques concernant sa dépendance accrue à l’électrique, et l’arrivée d’un acteur 100 % électrique pourrait exacerber ces tensions au sein du paddock et parmi certains supporters. Par ailleurs, BYD ne dispose pas d’expérience directe dans le développement d’un moteur thermique de compétition de très haut niveau.
Cependant, les barrières financières semblent dérisoires pour un groupe affichant 86 milliards de dollars de revenus annuels. Stella Li a d’ailleurs été aperçue aussi bien au Grand Prix d’Abu Dhabi 2025 qu’à Shanghai ce printemps, signe d’un engagement sérieux et durable. Comme l’a rappelé Domenicali dans ses récents échanges avec les acteurs du paddock, la Formule 1 reste une vitrine mondiale sans équivalent.
La Chine ambitionne sa place en Formule 1
BYD n’est pas le seul acteur chinois à manifester son intérêt. Gui Shengyue, PDG de Geely, s’est également entretenu avec Domenicali lors du Grand Prix de Chine 2026, exprimant l’intérêt du conglomérat – propriétaire de Volvo, Lotus et actionnaire d’Aston Martin – pour une présence en F1. L’industrie automobile chinoise joue collectif.
Pourtant, c’est bien BYD qui occupe le devant de la scène, avec les déclarations les plus directes et les plus engagées. La question n’est plus de savoir si le géant chinois frappera à la porte de la Formule 1, mais comment – et surtout quand – il en franchira le seuil.
Un changement de paradigme est en marche. Et les mois à venir pourraient bien écrire l’une des pages les plus décisives de l’histoire du sport automobile.






