Un gamin de Feurs devenu pilote professionnel
Franck Montagny est né le 5 janvier 1978 à Feurs, petite commune de la Loire. Issu d'une famille passionnée de sport automobile, c'est à l'âge de 10 ans qu'il enfile pour la première fois un casque de karting. Le talent est déjà là : en 1992, à seulement 14 ans, il décroche le titre de champion de France cadet de karting, suivi de la catégorie National 1 l'année suivante.
En 1994, à 16 ans, Montagny fait le grand saut vers les monoplaces et remporte immédiatement le championnat de France de Formule Campus. L'ascension est fulgurante. En 1995, il intègre la Formule Renault avec l'écurie « Elf La Filière » et termine meilleur rookie du championnat avec une victoire au compteur.
Mais en 1996, un terrible accident lors d'une course au Mans lui brise les deux chevilles. Soigné à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, le Français fait preuve d'une ténacité remarquable : malgré la blessure, il termine l'année à la sixième place avec deux victoires. Un signe précoce du caractère qui le définira tout au long de sa carrière.
La Formule 3 et l'émergence d'un talent polyvalent
En 1997, Montagny passe en Formule 3 française avec l'équipe La Filière Martini. Il termine quatrième pour sa première saison, puis explose en 1998 avec notamment une pole position à Spa-Francorchamps, devançant des futurs grands noms comme Mark Webber, Nick Heidfeld ou encore Sébastien Bourdais. Il termine vice-champion de France cette année-là.
L'aventure continue en Formule 3000 avec l'écurie DAMS entre 1999 et 2000, mais les résultats restent en demi-teinte. Montagny décide alors de changer de cap : en 2001, il rejoint les World Series by Nissan et remporte le titre en gagnant la moitié des courses inscrites au calendrier. Rebelote en 2003, avec un deuxième sacre et neuf victoires, devançant un certain Heikki Kovalainen.
Renault F1 : l'architecte de l'ombre
C'est cette double couronne en World Series qui ouvre les portes de la Formule 1 à Franck Montagny. En 2003, Renault lui offre un poste de pilote essayeur, puis celui de troisième pilote officiel pour les saisons 2004 et 2005. Pendant cette période, le Français parcourt près de 30 000 kilomètres au volant des monoplaces françaises, contribuant activement au développement de la voiture qui mènera Fernando Alonso au titre mondial en 2005.
Montagny joue également un rôle clé dans un autre projet : en 2004, il devient le premier pilote à prendre le volant de la monoplace de la toute nouvelle série GP2 (aujourd'hui F2), propulsée par des moteurs Renault. Son travail de mise au point est salué comme déterminant pour le succès de ce championnat, dont sont issus tant de futurs champions du monde.
Parallèlement, lors du Grand Prix d'Europe 2005, il réalise un one-shot remarqué au volant d'une Jordan, signant un temps plus rapide que les deux pilotes titulaires de l'écurie, Narain Karthikeyan et Tiago Monteiro.
Super Aguri : sept Grands Prix et un rêve (trop) court
L'année 2006 est celle de la consécration, mais aussi de la frustration. Engagé comme troisième pilote par la nouvelle écurie japonaise Super Aguri, Montagny est promu titulaire en mai après le retrait forcé de Yuji Ide, dont la FIA juge l'expérience insuffisante pour la F1.
Le 7 mai 2006, au Nürburgring, Franck Montagny dispute enfin son premier Grand Prix. Il se qualifie en dernière position mais doit abandonner sur casse hydraulique. Au total, il disputera sept Grands Prix (Europe, Espagne, Monaco, Grande-Bretagne, Canada, États-Unis et France) au volant d'une monoplace peu compétitive. Sa meilleure performance : une 16ème place à Monaco et en France.
Fait remarquable : entre le GP de Grande-Bretagne et le GP du Canada, Montagny participe aux 24 Heures du Mans avec Pescarolo Sport, terminant deuxième aux côtés d'Éric Hélary et d'un certain… Sébastien Loeb. Il devient alors le premier pilote F1 actif à courir Le Mans la même année depuis Mark Blundell en 1995.
L'endurance, sa seconde nature
En 2007, Montagny est recruté par Toyota F1 comme pilote essayeur, un rôle qu'il occupera une saison avant de se tourner pleinement vers l'endurance. Et c'est dans cette discipline qu'il va véritablement briller.
Avec Peugeot et sa légendaire 908 HDi FAP, le palmarès s'étoffe :
- 2008 : 3ème aux 24 Heures du Mans (avec Ricardo Zonta et Christian Klien)
- 2009 : 2ème aux 24 Heures du Mans (avec Stéphane Sarrazin et Sébastien Bourdais)
- 2009-2011 : vainqueur de trois éditions consécutives du Petit Le Mans à Road Atlanta
Le Français touche également à d'autres disciplines : il termine deuxième de la dernière course de l'histoire du Champ Car à Long Beach en 2008, fait ses débuts en IndyCar avec Andretti Green Racing et s'essaie même à la Superleague Formula au volant de l'équipe des Girondins de Bordeaux.
La Formule E et la chute
En 2012, le retrait de Peugeot du sport automobile laisse Montagny sans volant. Il se tourne une première fois vers les médias en devenant consultant pour Eurosport, avant d'être recruté par Canal+ en 2013 pour couvrir la F1, dont la chaîne vient d'acquérir les droits de diffusion.
Mais le pilote n'a pas raccroché le casque. En 2014, Andretti Autosport l'engage pour la saison inaugurale de Formule E. Dès la première course à Pékin, autour du mythique Stade du Nid d'Oiseau, Montagny décroche un podium avec une superbe deuxième place. L'avenir semble radieux dans cette nouvelle discipline.
Lors de la deuxième manche à Putrajaya (Malaisie), le Français est cependant contrôlé positif à un dérivé de cocaïne. En mars 2015, la FIA lui inflige une suspension de deux ans. Montagny assume publiquement ses erreurs. Sa carrière de pilote en compétition officielle s'arrête définitivement.
Canal+ : une reconversion réussie au micro
Si la fin de sa carrière sportive est douloureuse, la reconversion de Franck Montagny dans les médias est un véritable succès. Depuis 2013, il est l'un des visages et des voix incontournables de la couverture F1 sur Canal+.
Son rôle est multiple : envoyé spécial dans les paddocks, co-présentateur aux côtés de Margot Laffite ou Thomas Sénécal, commentateur de Formule 2, et consultant technique grâce à son expérience de pilote essayeur. Un véritable couteau suisse, comme le surnomme affectueusement l'équipe de la chaîne.
Julien Fébreau, la voix de la F1 sur Canal+, peut compter sur les analyses pointues de Montagny, dont le franc-parler et l'énergie communicative lui valent une grande popularité auprès des téléspectateurs. Aux côtés d'Adrien Tambay, de Laurent Dupin et de Naomi Schiff, il forme l'ossature de l'équipe Canal+ qui accompagne les fans français chaque week-end de Grand Prix.
Un pilote toujours dans le cœur de l'action
Malgré la fin de sa carrière en compétition, Montagny n'a jamais totalement quitté le cockpit. En 2024 et 2025, il a eu l'occasion de reprendre le volant lors de Grands Prix de France historiques au circuit Paul Ricard, retrouvant notamment une Renault F1 avec laquelle il avait parcouru des milliers de kilomètres.
Très actif sur les réseaux sociaux — il compte plus de 79 000 abonnés sur Instagram et 28 000 sur X (anciennement Twitter) — Franck Montagny continue de partager sa passion du sport automobile avec une communauté fidèle.
Son parcours, des karts de Feurs aux paddocks de la F1 en passant par Le Mans et la Formule E, incarne parfaitement la mutation du métier de pilote automobile moderne. Plus qu'un simple commentateur, Montagny est un passeur entre les générations, un technicien capable de décrypter la complexité de la F1 actuelle grâce à une expérience de terrain inégalée. Et c'est bien cette authenticité qui fait de lui l'un des consultants les plus appréciés du paysage audiovisuel sportif français.






