La FIA va utiliser de l'IA pour surveiller les limites de piste

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Centre de contrôle de course F1 avec écrans multiples montrant la surveillance vidéo du circuit et des voitures en temps réel

La FIA introduit ECAT, un système d'IA révolutionnaire intégré à RaceWatch, pour surveiller automatiquement les limites de piste en F1 2026. 95 % des cas filtrés.

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Denis D

Denis D est un passionné de Formule 1 et un bloggeur amateur spécialisé en technique automobile.

ECAT : le système qui va tout changer

La question des limites de piste est l'un des sujets les plus controversés de la Formule 1 depuis plusieurs saisons. Temps de traitement interminables, décisions subjectives, polémiques à répétition… Le casse-tête touche à sa fin. La FIA a officiellement annoncé le déploiement d'un nouveau système semi-automatisé basé sur l'intelligence artificielle pour la saison 2026 : ECAT, pour Every Car All Turns (chaque voiture, à chaque virage).

Ce système, intégré à la plateforme RaceWatch développée en partenariat avec Catapult, promet de transformer radicalement la manière dont les infractions aux limites de piste sont détectées et sanctionnées lors des Grands Prix.

Comment fonctionne ECAT ?

Le principe d'ECAT repose sur une combinaison de vision par ordinateur et de données de positionnement ultra-précises. Le système analyse en temps réel le comportement de chaque monoplace sur l'intégralité du circuit, virage par virage, en croisant plusieurs sources de données.

Concrètement, la technologie de vision par ordinateur permet d'identifier la silhouette de chaque voiture et d'analyser sa position par rapport à des points de référence prédéfinis sur le circuit. En parallèle, ECAT exploite les données de micro-secteurs et les compare à un modèle de trajectoire idéale. Lorsqu'une voiture dévie de cette trajectoire, elle parcourt nécessairement une distance supplémentaire, ce qui génère un écart détectable dans les temps au secteur.

Le système intègre également une technologie de géofencing (zonage virtuel) : des chicanes et des zones virtuelles sont dessinées directement sur la carte du circuit. Si une voiture pénètre dans l'une de ces zones, une alerte est automatiquement déclenchée.

95 % des cas traités automatiquement

L'un des chiffres les plus marquants de cette révolution technologique est l'efficacité du filtrage automatique. Selon les informations révélées par Motorsport.com, environ 95 % des cas de dépassement de limites de piste seront désormais traités par le logiciel avant d'atteindre la direction de course. Seuls les 5 % restants — les situations complexes nécessitant une interprétation — seront soumis à l'examen humain des commissaires.

Pour rappel, lors du Grand Prix d'Autriche 2023, la FIA avait dû examiner plus de 1 000 infractions suspectées lors d'un seul week-end de course. Un volume qui illustrait à lui seul l'urgence d'automatiser le processus.

Chris Bentley, responsable de la stratégie des systèmes d'information pour les monoplaces à la FIA, a détaillé les ambitions du projet : « L'objectif est de faire passer le système au niveau supérieur. Il fonctionne sur l'intégralité du circuit, en permanence, de manière à comprendre automatiquement ce qui se passe. »

Transparence renforcée envers les équipes

Au-delà de la détection, ECAT apporte une avancée majeure en matière de transparence. Dès 2026, la direction de course pourra transmettre directement aux équipes les images et les preuves de chaque excursion hors piste commise par leurs pilotes.

Cette capacité devrait considérablement réduire les contestations et les débats interminables qui ont entaché plusieurs Grands Prix ces dernières saisons. L'affaire Alex Albon au GP de Bahreïn 2025, où un temps de Nico Hülkenberg n'avait été supprimé que 45 minutes après les faits — bien trop tard pour permettre un recours au pilote Williams —, illustre parfaitement le type de situation que la FIA souhaite éviter à l'avenir.

Une infrastructure technique de pointe

Pour supporter cette ambition, la FIA a considérablement renforcé son infrastructure informatique. RaceWatch s'appuie désormais sur des GPU haute performance capables de traiter d'importants volumes de données en temps réel grâce à un système de calcul distribué.

Chris Bentley a expliqué le fonctionnement technique : « Le nouveau système sera basé sur un contrôleur de caméras centralisé, qui nous permettra de régler toutes les distances depuis un point unique et de distribuer les calculs nécessaires. Nous pourrons exécuter le logiciel de vision par ordinateur sur n'importe quelle machine du réseau. »

Fait notable : même dans les zones où la couverture caméra est limitée, l'analyse des données de positionnement et des temps au tour permet désormais de détecter une excursion hors piste ou un gain anormal de trajectoire. Les caméras restent importantes, mais ne sont plus l'unique fondement de l'analyse.

Du manuel au semi-automatique : un changement de philosophie

Ce déploiement marque un véritable changement de philosophie pour la FIA. On passe d'un contrôle largement manuel — où des petites équipes étaient stationnées à chaque virage pour surveiller les franchissements de limites — à un processus semi-automatisé, piloté par les données et l'analyse algorithmique, tout en conservant une validation humaine pour les sanctions.

Comme l'a précisé Bentley, le système reste semi-automatique : les commissaires conservent le dernier mot pour évaluer les infractions et décider des pénalités (strikes et drapeaux noir et blanc). L'IA ne remplace pas le jugement humain, elle l'assiste en éliminant le bruit et en fournissant des preuves objectives et instantanées.

Cette évolution s'inscrit dans une tendance plus large : l'intelligence artificielle est de plus en plus présente en Formule 1, que ce soit dans la stratégie, la simulation ou l'analyse de données. Plusieurs écuries de la saison 2026 comptent désormais des partenaires spécialisés en IA, reflet de la transformation numérique qui traverse le sport.

Vers la fin des polémiques ?

La grande question reste de savoir si ECAT mettra définitivement un terme aux controverses liées aux limites de piste. En rendant le processus plus rapide, plus objectif et plus transparent, la FIA espère couper court aux débats qui parasitent régulièrement les week-ends de Grand Prix.

Le système a été développé tout au long de l'année 2025 et sera pleinement opérationnel dès le début de la saison 2026 de Formule 1, qui s'annonce déjà comme l'une des plus révolutionnaires de l'histoire du sport, entre nouveau règlement technique, moteurs hybrides repensés et innovations aérodynamiques inédites comme l'aileron arrière révolutionnaire de Ferrari.

Reste à voir si la technologie tiendra toutes ses promesses une fois confrontée à la réalité du terrain. Mais pour la première fois, les preuves seront difficilement contestables.