La Scuderia Ferrari ne compte pas rester inactive durant la longue trêve d’avril. Profitant de l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite, l’écurie italienne envisage d’utiliser l’un de ses crédits de journée de tournage pour faire rouler sa SF-26 sur le circuit de Monza. Une opportunité aussi rare que stratégique dans un championnat où chaque kilomètre parcouru en développement revêt une importance capitale.
Une fenêtre inattendue de cinq semaines
Le 14 mars 2026, la FIA a officialisé l’annulation des deux Grands Prix du Moyen-Orient, ceux de Bahreïn et d’Arabie saoudite, en raison de la situation géopolitique dans la région. Une décision qui a ramené le calendrier à 22 courses et, surtout, créé une pause inhabituelle de cinq semaines entre le Grand Prix du Japon (29 mars) et celui de Miami (3 mai).
Comme l’ont confié plusieurs pilotes et dirigeants, cette interruption constitue une anomalie dans un sport habituellement rythmé par la cadence implacable des week-ends de course. Pour mesurer l’impact de cette annulation sur le paddock, vous pouvez consulter l’ensemble des réactions suscitées par cette décision.
Pour Ferrari, cette parenthèse représente avant tout une occasion à saisir. La Scuderia envisage ainsi d’organiser une journée de tournage à Monza au cours de la deuxième semaine d’avril.
Ce que le règlement autorise
Selon la réglementation en vigueur en Formule 1, chaque équipe dispose d’un maximum de deux journées de tournage par saison, avec sa monoplace de l’année en cours. Chacune de ces journées est limitée à 200 kilomètres de roulage. Il ne s’agit pas d’essais privés à proprement parler, mais d’une activité encadrée, officiellement destinée à la production de contenu promotionnel.
De manière intéressante, le shakedown de la SF-26, réalisé à Fiorano en janvier, a été officiellement classé comme un événement de démonstration. Cela signifie que Ferrari n’a pas encore utilisé le moindre crédit de journée de tournage pour la saison 2026. Ses deux crédits demeurent donc intacts.
Cette subtilité réglementaire revêt une importance particulière : elle offre à Ferrari une marge de manœuvre que d’autres équipes pourraient déjà avoir entamée.
Monza, un choix loin d’être fortuit
Si la piste lombarde n’a pas encore été officiellement confirmée, plusieurs sources italiennes évoquent le Temple de la Vitesse comme destination probable. Et ce choix s’avère judicieux sur le plan technique.
Monza est le circuit le plus rapide du calendrier, avec ses longues lignes droites entrecoupées de zones de freinage brutales. Dans le contexte du nouveau règlement 2026 – qui a considérablement accru la puissance du MGU-K et modifié la philosophie de déploiement électrique –, un tel tracé permet d’analyser en profondeur le comportement de l’unité de puissance dans les phases les plus critiques.
Les ingénieurs pourront notamment étudier le phénomène de super-clipping, cette situation où les réserves d’énergie électrique s’épuisent en fin de ligne droite, provoquant une chute de puissance disponible. Maîtriser ce paramètre est désormais essentiel pour optimiser les performances sous le nouveau règlement hybride. Pour mieux appréhender ces nouveaux concepts techniques, notre guide complet des termes de la F1 2026 vous sera d’une grande utilité.
L’aileron « Macarena » dans le collimateur
Parmi les éléments que Ferrari souhaite valider lors de cette journée de tournage figure l’aileron arrière surnommé « Macarena », l’une des innovations les plus remarquées depuis le début de la saison. Présenté lors des essais libres à Shanghai, cet élément mobile n’avait pas convaincu : instable au freinage, il avait dû être abandonné.
Monza, avec ses décélérations particulièrement violentes, représente l’environnement idéal pour finaliser et affiner ce concept. Si les tests s’avèrent concluants, Ferrari pourrait même avancer sa mise en production par rapport à la date initialement prévue pour le Grand Prix du Canada, à Montréal.
Par ailleurs, les ingénieurs entendent également travailler sur les problèmes hydrauliques constatés à Shanghai, lesquels avaient engendré des déséquilibres de freinage sans apporter le moindre gain de performance.
Un contenu commercial à enrichir
Au-delà des enjeux techniques, cette journée de tournage répond également à une nécessité commerciale et marketing. Le catalogue d’images de la SF-26 se limite encore aux visuels produits lors de son lancement en janvier. Avec une monoplace aussi novatrice et attendue, les partenaires commerciaux de Ferrari réclament davantage de contenu.
Une journée à Monza permettrait ainsi de produire des images et vidéos spectaculaires dans un cadre iconique, tout en servant un double objectif : alimenter les partenaires en contenus premium et valider des solutions techniques en conditions réelles.
Le vaste programme d’évolutions pour Miami
Cette journée de tournage s’inscrit dans une stratégie de développement accéléré en vue du Grand Prix de Miami, désormais quatrième manche du championnat. Frédéric Vasseur l’a confirmé sans ambiguïté : un important paquet d’évolutions est en préparation pour cette course.
« Cette pause plus longue va nous permettre de préparer des solutions supplémentaires pour Miami, même si ce ne sera qu’une évolution et demie. Le plan de travail était établi à l’avance, mais nous allons nous adapter », a déclaré le directeur de l’équipe française.
Vasseur insiste sur une approche globale du développement, sans se focaliser sur un seul aspect : « Nous ne devons pas nous concentrer sur un seul domaine, mais améliorer tous les aspects de la voiture. Les pneus, l’aérodynamique, le châssis, la suspension… tout. Nous devançons McLaren et Red Bull, mais ils progresseront également. »
L’écart avec Mercedes, le véritable enjeu
Derrière cette effervescence développementale se profile un constat sans équivoque : Mercedes domine les premières courses de la saison 2026. Victorieuse des deux premières manches avec Antonelli, la Flèche d’Argent dispose d’un avantage notable, en particulier dans la gestion de l’énergie électrique et sur les longues lignes droites.
Lewis Hamilton, auteur d’un premier podium avec Ferrari en Chine – une performance saluée dans notre article « Hamilton et Ferrari : un premier podium en Chine qui marque un tournant » –, aborde le sujet avec lucidité : « L’écart se creuse surtout en ligne droite. C’est particulièrement visible lorsqu’ils activent l’ESM : ils semblent disposer d’un déploiement légèrement supérieur, donc moins de dé-rating en fin de ligne droite que certains d’entre nous. »
L’Anglais estime que l’écart en configuration de course se situe autour de quatre à cinq dixièmes, ce qui représente un défi de taille : « C’est un fossé considérable à combler, tant en termes d’appui que d’efficacité et de puissance. Mais je crois en l’équipe de Maranello, et ce n’est pas une mission impossible. »
De son côté, Fred Vasseur refuse de tout miser sur un seul facteur pour combler cet écart, notamment pas sur l’introduction future de l’ADUO : « Je ne suis pas convaincu que cette règle sur le taux de compression soit déterminante. Ce serait une erreur de notre part de nous focaliser sur un seul paramètre. »
Une Scuderia toujours dans la course
Malgré le retard accumulé face à Mercedes, Ferrari affiche un bilan flatteur après deux courses : deux podiums, avec une troisième place de Charles Leclerc en Australie et une troisième place de Lewis Hamilton en Chine. Le duel interne entre les deux pilotes à Shanghai, décrit comme « un spectacle magnifique » par les observateurs, confirme que la SF-26 recèle un véritable potentiel.
Fred Vasseur lui-même avait avoué s’être « amusé » en observant la bataille entre ses deux pilotes – une anecdote que nous avions relatée dans notre article « Vasseur sur le duel Hamilton-Leclerc en Chine : « Je me suis amusé » ».
Si les données recueillies à Monza confirment les attentes de l’équipe, le Grand Prix de Miami pourrait marquer le début d’une phase bien plus compétitive de la saison 2026. Et peut-être le moment où la Scuderia commencera à sérieusement défier la domination de Mercedes.






