McLaren en crise : le pire départ depuis des décennies
Championne du monde en titre et double lauréate en 2025, McLaren traverse un début de saison 2026 cauchemardesque. Après seulement deux Grands Prix — en Australie puis en Chine —, l’écurie de Woking ne totalise que 18 points au championnat des constructeurs, déjà distancée de 80 unités par Mercedes, leader incontesté. Une situation qui contraste violemment avec la domination papaye de l’année précédente.
En Australie, Oscar Piastri a heurté le mur avant même le départ de la course, tandis que Lando Norris, champion du monde en titre, a dû se contenter d’une cinquième place décevante, à plus de 50 secondes des Mercedes. Une semaine plus tard, à Shanghai, le scénario s’est encore assombri : les deux monoplaces ont été contraintes à l’abandon avant même l’extinction des feux, en raison de pannes électriques simultanées affectant leur unité de puissance.
Ce double abandon en Chine constitue une première pour McLaren depuis plus de vingt ans. Une humiliation sportive et un signal d’alarme retentissant pour une équipe qui nourrissait l’ambition de défendre son titre.
Le discours de Zak Brown : la foi dans l’adversité
Face à ce bilan alarmant, le PDG de McLaren Racing, Zak Brown, s’est adressé à ses troupes au siège de Woking, avant de s’envoler pour le Japon afin d’assister au troisième Grand Prix de la saison. Son message, à la fois lucide et résolument optimiste, a retenti comme un appel à la mobilisation.
« Nous disposons des deux meilleurs pilotes au monde, de la meilleure équipe de course et de la culture la plus solide du paddock. Alors, mettons-nous au travail. Rendez-vous au Japon, courons avec ces voitures. Nous allons continuer à faire ce que nous savons faire, et j’ai hâte de voir le moment où nous gagnerons à nouveau — je vous garantis que lorsque nous remporterons notre prochain Grand Prix, ce qui arrivera plus tôt que tard, nous ne penserons plus aux problèmes de vitesse ou de batteries. Nous allons remporter des courses. »
Ces propos, rapportés par Motorsport.com, illustrent parfaitement la philosophie de l’homme qui a métamorphosé McLaren depuis son arrivée. Un leadership à la fois humain et combatif, déjà salué lors des deux titres consécutifs de 2024 et 2025.
Analyse technique : une révolution réglementaire qui prend McLaren à revers
Derrière ces chiffres catastrophiques se cache une réalité technique complexe. La saison 2026 marque en effet la plus grande révolution réglementaire de l’histoire de la Formule 1, avec un rééquilibrage radical entre moteur thermique et système électrique : la répartition visée est désormais de 50/50, contre environ 80/20 auparavant en faveur du thermique.
Cette mutation profonde impose une courbe d’apprentissage abrupte à l’ensemble des équipes, mais plus particulièrement aux écuries clientes comme McLaren. Andrea Stella, directeur sportif de l’équipe, l’a reconnu avec franchise : « Il s’agit en quelque sorte d’un nouveau langage et d’une nouvelle manière de penser. »
En Australie, McLaren accusait un retard de 0,8 seconde sur Mercedes en qualifications, avec des écarts atteignant 10 km/h en ligne droite — soit une perte de quatre dixièmes de seconde dans ce seul secteur. À Shanghai, Piastri et Norris s’étaient qualifiés en cinquième et sixième positions, respectivement à 0,862 et 0,957 seconde du poleman George Russell.
Le piège de la relation client-fournisseur
L’un des enseignements les plus préoccupants de ce début de saison réside dans l’écart de connaissances entre Mercedes HPP, fournisseur de moteurs, et McLaren, son client. Certes, les règlements imposent des unités de puissance identiques entre l’équipe d’usine et ses partenaires. En pratique, cependant, Mercedes bénéficie d’une expertise bien supérieure dans l’exploitation de ces nouvelles mécaniques.
Andrea Stella a confirmé que l’enquête sur les doubles pannes chinoises serait menée en étroite collaboration avec HPP : « Nous agissons en équipe. Nous enquêtons conjointement avec HPP pour nous assurer que cela ne se reproduira plus. » La compréhension du problème est là, mais ses causes profondes demeurent floues, une situation inconfortable à ce stade de la saison.
Un parallèle peut être établi avec d’autres équipes confrontées à des défis similaires en ce début d’année 2026. Carlos Sainz chez Williams ou encore Aston Martin en crise témoignent de cette redistribution brutale des cartes engendrée par la révolution réglementaire.
Le calendrier, un allié inattendu
Une lueur d’espoir subsiste néanmoins pour McLaren : l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite lui offre une pause stratégique inédite de cinq semaines avant Miami, en mai. Une trêve sans précédent dans l’histoire récente de la F1, qui permettra aux ingénieurs de Woking de travailler sur les lacunes identifiées, même si les solutions ne pourront être testées en conditions réelles qu’à Miami.
Car les mises à jour majeures ne sont pas pour demain. McLaren a été clair sur ce point : « Les prochaines courses verront ce même focus maintenu, tandis que nous chercherons à tirer le maximum de performance de notre configuration actuelle. [...] Nous savons qu’il faudra encore quelques épreuves avant de pouvoir introduire des évolutions significatives en piste. »
Pour rappel, Williams profite également de cette trêve pour tenter de résoudre ses problèmes de surpoids, tandis que Ferrari s’entraîne à Monza. Cette fenêtre de travail est donc précieuse pour tous, mais peut-être davantage encore pour McLaren, qui doit combler un retard considérable.
L’état d’esprit des pilotes : la confiance malgré l’adversité
Lando Norris, double champion du monde, fait preuve d’une sérénité remarquable face à la tempête. « Chaque saison est différente ; rien n’est jamais garanti, mais j’ai beaucoup d’espoir et de foi en notre équipe pour inverser la tendance depuis notre position actuelle. » Une attitude qui reflète la culture développée par McLaren ces dernières années.
Andrea Stella confirme cet état d’esprit positif au sein de l’écurie : « Nos deux pilotes restent très optimistes. Je pense que ce que nous avons vécu chez McLaren depuis 2023 — ce voyage de développement d’une culture, d’un état d’esprit, de ce que nous appelons en interne un winner’s mindset — a été si enrichissant. Simplement une attitude positive, qui nous concentre sur ce que nous pouvons contrôler. »
Cette résilience n’est pas nouvelle chez McLaren. Lando Norris aura même droit à sa statue au musée Madame Tussauds de Londres, preuve de l’aura exceptionnelle acquise par le champion lors de ses récents sacres. La marque McLaren jouit d’une popularité sans précédent, et l’équipe entend en être digne sur la piste.
McLaren peut-elle rééditer son exploit de 2024 ?
L’histoire récente de McLaren est celle d’une écurie capable de retournements spectaculaires. En 2024, l’équipe avait débuté la saison en retrait avant de s’imposer comme la force dominante du plateau en fin d’année, remportant les deux titres, constructeurs et pilotes. En 2025, cette domination s’était confirmée.
Mais 2026 représente un défi d’une tout autre envergure. Le retard de 80 points sur Mercedes après seulement deux épreuves est colossal, et les rivaux — notamment Mercedes, auteure de deux doublés consécutifs — semblent maîtriser leurs nouvelles machines bien mieux que leurs concurrents.
Zak Brown positionne McLaren parmi le « big four » de la F1 2026, tout en reconnaissant avec honnêteté que l’équipe ne figurera pas en tête de ce groupe dans l’immédiat. Un réalisme salutaire, qui contraste avec l’ambition affichée pour la suite de la saison.
Le défi est donc double : résoudre les problèmes techniques identifiés et combler l’écart de connaissances avec Mercedes HPP dans l’exploitation de ces unités de puissance révolutionnaires. Deux chantiers titanesques, mais une équipe qui a déjà prouvé sa capacité à travailler vite et bien sous pression.
L’aventure McLaren en 2026 ne fait que commencer. Avec le Grand Prix du Japon comme premier test de la résurrection promise par Zak Brown, et Miami comme première échéance pour d’éventuelles évolutions significatives, les prochaines semaines révéleront si le champion en titre peut réellement inverser la tendance — ou si cette saison est déjà compromise avant même d’avoir véritablement démarré.






