Grosjean pris dans un carambolage au pire moment
Lundi 18 mai 2026, sur l’Indianapolis Motor Speedway, la semaine de préparation des 500 Miles a pris un tour dramatique. À peine vingt-cinq minutes après le début de la septième séance d’essais libres, un accident d’une rare violence est venu assombrir une semaine de qualifications jusqu’alors exempte de tout incident.
Tout a basculé lorsque Alexander Rossi, au volant de sa Chevrolet n°20 engagée par Ed Carpenter Racing, a perdu le contrôle de sa monoplace en abordant le virage 2. Sa voiture a dérapé avant de heurter violemment le mur extérieur de l’ovale de quatre kilomètres, l’arrière traînant le long de la barrière de béton. Pato O’Ward, qui le suivait de près au volant de son Arrow McLaren, n’a pu l’éviter et est venu percuter la monoplace de Rossi.
Romain Grosjean, arrivant juste derrière dans sa Honda n°18 préparée par Dale Coyne Racing, n’a eu qu’une fraction de seconde pour réagir face aux débris et aux voitures obstruant sa trajectoire. « J’ai tenté de me déporter sur la gauche pour contourner les véhicules immobilisés sur ma droite, et c’est là que j’ai subi le choc le plus violent en termes d’accélération latérale », a expliqué le Français. Malgré ses réflexes, il n’a pu éviter le mur. Sa voiture s’est immobilisée en bord de piste, un début d’incendie à l’arrière venant noircir le tableau.
« Le pire endroit au pire moment » : les mots de Grosjean
Par chance, les trois pilotes ont pu s’extraire seuls de leurs monoplaces. Grosjean et O’Ward ont été examinés au centre médical du circuit avant d’être déclarés aptes à reprendre la piste. Rossi, en revanche, boitait en se dirigeant vers la voiture de sécurité, signe que l’impact avait été plus sévère pour lui.
Grosjean, malgré la déconvenue, a fait preuve de philosophie : « L’essentiel, c’est que tout le monde s’en sorte indemne. Rossi a perdu le contrôle, O’Ward aussi, et en tentant de les éviter, j’ai fini dans le mur. Ce n’est pas idéal. Le pire endroit au pire moment. Nous allons travailler sur la voiture et espérons que le temps sera clément vendredi pour bénéficier de deux heures d’essais et nous assurer que notre monoplace est aussi performante qu’avant. »
O’Ward a tenu des propos similaires, soulignant la difficulté à maîtriser ces bolides dans de telles circonstances : « J’ai vu Rossi perdre le contrôle, et il est extrêmement difficile de freiner ces voitures, surtout au milieu d’un virage. » Le Mexicain a ajouté : « Je suis désolé pour ma voiture. Le pire endroit au pire moment. Je suis soulagé que Romain et Alex s’en soient sortis. »
Cette semaine à Indianapolis avait pourtant bien commencé pour le pilote franco-suisse, dont la carrière en Formule 1 a été marquée par des accidents dramatiques. Il s’élancera dimanche depuis la 24ᵉ position sur la grille, en huitième ligne, pour sa quatrième participation aux 500 Miles.
Alexander Rossi opéré : sa présence dimanche toujours incertaine
La situation la plus préoccupante concerne Alexander Rossi. Transporté à l’hôpital après la séance, le Californien de 34 ans a subi des interventions chirurgicales ambulatoires dans la soirée de lundi pour soigner des blessures mineures à un doigt de la main gauche et à la cheville droite.
Selon le communiqué officiel d’Ed Carpenter Racing, le vainqueur de l’Indy 500 en 2016 est « de bonne humeur et ne présente aucune autre blessure ». La Dre Julia Vaizer, directrice médicale d’IndyCar, a confirmé qu’il était « éveillé, alerte et de bonne humeur » après l’incident.
L’ironie du sort est cruelle pour Rossi : il venait de réaliser sa meilleure qualification en carrière pour l’Indy 500, s’élançant depuis la deuxième place sur la grille. Il avait même occupé la pole position provisoire pendant une grande partie de la séance de qualification avant d’être devancé par Alex Palou (232,248 mph de moyenne contre 231,990 mph pour Rossi). Un départ en deuxième ligne qui représentait un atout majeur pour briguer la victoire.
Des monoplaces à reconstruire avant vendredi
Sur le plan matériel, les dégâts sont considérables pour deux des trois équipes impliquées. O’Ward et Rossi devront tous deux recourir à des voitures de secours pour la course, bien que le règlement de l’Indy 500 leur permette de conserver leurs positions de départ respectives.
La situation de Grosjean est moins critique selon Dale Coyne, propriétaire de l’écurie : « La transmission a été détruite, ainsi que plusieurs éléments à l’arrière de la voiture, mais nous avons commencé à les remplacer dès le retour de la Honda n°18 dans les stands. » La monoplace, moins endommagée que celles de Rossi et O’Ward, pourra être reconstruite avec de nouvelles pièces montées sur le châssis principal.
Une lueur d’espoir dans ce tableau sombre : ni O’Ward ni Rossi n’avaient encore effectué le changement de leurs moteurs de qualification pour ceux de course au moment de l’accident. Aucun dommage n’a donc été subi par ces blocs moteurs, destinés à être montés pour la course de dimanche.
Une semaine de préparation bouleversée
Cet accident est survenu lors de la septième et dernière séance d’essais avant la course, constituant le premier incident majeur de la semaine, qualifications du dimanche comprises. Le timing ne pouvait être plus mal choisi.
La séance a brièvement repris après le nettoyage de la piste, mais des orages ont rapidement mis un terme aux activités peu avant 14 h 30. La prochaine – et dernière – opportunité de rouler avant la course sera le « Carb Day », le vendredi 22 mai, avec une séance de deux heures.
Pour Rossi et son équipe Ed Carpenter Racing, c’est toute la stratégie et la préparation qui doivent être repensées en un temps record. « Son état continuera d’être évalué avec pour objectif de participer au Carb Day vendredi et au 110ᵉ Indianapolis 500 dimanche », a précisé l’écurie dans son communiqué officiel. Rien n’est cependant garanti.
Grosjean, vétéran de l’Indy 500, visait mieux
Pour Romain Grosjean, cet incident illustre une fois de plus les aléas imprévisibles de la course automobile sur ovale. De retour à temps plein en IndyCar en 2026 après une année 2025 passée comme pilote réserviste chez PREMA Racing, le Français a retrouvé Dale Coyne Racing, l’écurie avec laquelle il avait fait ses débuts en IndyCar en 2021.
À 39 ans, Grosjean cumule une expérience considérable : 180 départs en Formule 1, dix podiums, et désormais une solide maîtrise des circuits routiers et des ovales américains. Sa meilleure performance à l’Indy 500 reste une 19ᵉ place en 2024. Cette année, avec une 24ᵉ position sur la grille, l’objectif sera d’abord de se frayer un chemin à travers les difficultés du milieu de peloton et de progresser en course.
Le Carb Day de vendredi sera déterminant pour toutes les équipes impliquées dans cet accident. Pour Dale Coyne Racing, il s’agira de vérifier que les réparations sont conformes et que la voiture retrouve son niveau de performance initial. Pour Ed Carpenter Racing, la priorité sera de s’assurer que leur pilote vedette sera physiquement apte à prendre le départ dimanche.
Un plateau français très attendu à Indianapolis
Cette édition 2026 de l’Indy 500 attire plusieurs anciens pilotes de Formule 1, dont Mick Schumacher, ce qui en fait une course particulièrement suivie en Europe. Grosjean, figure emblématique du sport automobile français, incarne l’un des visages les plus médiatisés du plateau pour le public hexagonal.
Le 110ᵉ Indianapolis 500 est prévu pour le dimanche 24 mai. D’ici là, les équipes travailleront sans relâche pour remettre leurs monoplaces en état, tandis que le staff médical d’IndyCar surveillera de près l’évolution d’Alexander Rossi. Le « Greatest Spectacle in Racing » aura bien lieu, mais pour certains, le chemin qui y mène aura été semé d’embûches inattendues.






