Le calendrier de la Formule 1 réserve parfois des surprises, et celle-ci ne manquera pas de susciter la curiosité des passionnés : en 2026, le Grand Prix d'Azerbaïdjan se tiendra le samedi 26 septembre, et non le dimanche, comme le veut l'usage. Derrière cette anomalie calendaire se dissimule une raison profondément humaine, intimement liée à l'histoire récente d'un pays marqué par les conflits armés.
Un dimanche impossible : le poids de l'Histoire
Le 27 septembre n'est pas une date anodine en Azerbaïdjan. C'est en effet ce jour-là, en 2020, que débuta la seconde guerre du Haut-Karabakh — un conflit de quarante-quatre jours opposant l'Azerbaïdjan à l'Arménie pour le contrôle de cette région disputée. À l'issue de cette guerre, officiellement qualifiée de "Guerre patriotique" par les autorités azerbaïdjanaises, Bakou parvint à reconquérir des territoires qu'elle considérait comme siens, au prix de 2 783 soldats tués, selon les chiffres officiels.
Par décret présidentiel en date du 2 décembre 2020, le 27 septembre a été institué "Anım Günü" — le Jour du Souvenir — en hommage aux militaires tombés au combat. Chaque année, l'Azerbaïdjan observe cette journée dans un recueillement national solennel.
Or, dans le calendrier initial de la saison 2026 de Formule 1, le Grand Prix d'Azerbaïdjan était prévu du vendredi 25 au dimanche 27 septembre. Organiser une compétition sportive internationale ce jour-là aurait été tout simplement inconcevable pour les autorités azerbaïdjanaises, tant cette date revêt une signification particulière.
La FIA et la Formule 1 s'adaptent : un week-end décalé d'une journée
Face à cette contrainte, la Fédération Internationale de l'Automobile (FIA) et la Formula 1 ont accédé à la requête du promoteur local ainsi que des autorités gouvernementales azerbaïdjanaises. La solution retenue s'avère simple : décaler l'intégralité du week-end d'une journée.
Voici donc le programme prévu pour l'édition 2026 à Bakou :
- Mercredi 23 septembre : journée médias
- Jeudi 24 septembre : essais libres
- Vendredi 25 septembre : qualifications
- Samedi 26 septembre : course (départ à 15h, heure locale)
Une bonne nouvelle pour les spectateurs, qu'ils soient sur place ou devant leur écran : l'heure de départ reste inchangée par rapport aux éditions précédentes. Comme en 2025, la course de Bakou débutera à 15h00, heure locale.
Dans un communiqué officiel conjoint, la Formule 1 et la FIA ont déclaré : « La Formule 1 et la FIA ont convenu de déplacer le Grand Prix d'Azerbaïdjan 2026 du dimanche 27 septembre au samedi 26, afin de respecter un jour de deuil national. »
Des précédents historiques : la Formule 1 a déjà couru un samedi
Si ce changement peut surprendre, il s'inscrit en réalité dans une tradition, certes marginale, de la Formule 1. Les courses disputées un samedi ne constituent pas une première dans l'histoire du championnat du monde.
Le précédent le plus récent et le plus médiatisé est sans conteste celui du Grand Prix de Las Vegas, organisé pour la première fois en novembre 2023. Cette épreuve nocturne, courue un samedi soir (heure locale), marquait le retour d'une course du samedi en championnat du monde après trente-huit ans d'absence — la dernière remontant au Grand Prix d'Afrique du Sud 1985 à Kyalami, remporté par Nigel Mansell au volant d'une Williams.
En remontant le fil de l'histoire, on découvre plusieurs autres exemples notables :
- 1969 : le Grand Prix du Canada et le Grand Prix des Pays-Bas se sont déroulés un samedi
- 1982 : les Pays-Bas ont de nouveau accueilli une course le samedi à Zandvoort, remportée par Didier Pironi sur Ferrari
- 1985 : l'Afrique du Sud à Kyalami, dernière course du samedi avant Las Vegas en 2023
La Formule 1 a également su adapter son calendrier pour des raisons religieuses. Les Grands Prix de Bahreïn et d'Arabie saoudite ont, par le passé, subi des ajustements pour tenir compte du ramadan, démontrant ainsi la capacité du championnat à faire preuve de flexibilité face aux réalités culturelles et religieuses locales. Le calendrier 2026, qui comprend vingt-quatre Grands Prix répartis sur cinq continents, illustre d'ailleurs cette ambition de globalisation croissante.
Un impact logistique minimal
Ce qui rend ce changement particulièrement aisé à mettre en œuvre, c'est la position isolée du Grand Prix d'Azerbaïdjan dans le calendrier 2026. Contrairement à d'autres épreuves qui s'enchaînent en "triple header" (trois courses consécutives), Bakou ne partage pas son week-end avec d'autres Grands Prix. Les équipes n'auront donc pas à gérer un emploi du temps surchargé dans la foulée d'une autre compétition.
Pour les supporters organisant leur voyage, la principale adaptation concernera la logistique d'hébergement : la demande culminera désormais le vendredi soir et le samedi, plutôt que le traditionnel samedi-dimanche. Quant aux téléspectateurs, ils devront simplement ajuster leur programme en privilégiant l'après-midi du samedi plutôt que celle du dimanche pour suivre la course.
Ce type d'ajustement reflète, selon Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, « la dimension mondiale de notre communauté » et « l'engagement commun à rendre le championnat plus efficace ».
Bakou, un circuit hors norme dans le paysage de la F1
Au-delà de cette particularité calendaire, rappelons que le circuit urbain de Bakou figure parmi les tracés les plus atypiques et spectaculaires du championnat. Conçu par l'architecte Hermann Tilke, ce parcours de six kilomètres et vingt virages alterne entre une longue ligne droite longeant les rives de la mer Caspienne — terrain de jeu idéal pour les stratégies de slipstream — et les ruelles étroites et sinueuses de la vieille ville d'Icheri Sheher, où les murs médiévaux servent de décor.
Depuis ses débuts en 2016 sous l'appellation Grand Prix d'Europe, la course de Bakou n'a jamais connu deux vainqueurs identiques — jusqu'en 2024, où Max Verstappen a signé son deuxième succès dans les rues azerbaïdjanaises, transformant sa pole position en victoire et réalisant par la même occasion son sixième grand chelem en carrière. Avant lui, Nico Rosberg (2016), Daniel Ricciardo (2017), Lewis Hamilton (2018), Valtteri Bottas (2019) et Sergio Pérez (2021) avaient chacun triomphé une seule fois à Bakou.
L'événement est désormais ancré dans le calendrier de la Formule 1 jusqu'en 2030 au moins, signe de la solidité du partenariat entre la discipline et l'Azerbaïdjan.
Un signal fort d'une Formule 1 respectueuse des cultures locales
En définitive, le déplacement du Grand Prix d'Azerbaïdjan 2026 au samedi envoie un message sans équivoque : la Formule 1 n'est plus un simple spectacle s'imposant aux pays hôtes, mais un partenaire attentif aux réalités historiques, culturelles et nationales de ses promoteurs.
Après des années durant lesquelles Liberty Media et la FIA ont été critiqués pour leur priorité accordée aux intérêts commerciaux, cette décision — bien que mineure en apparence — témoigne d'une maturité nouvelle dans la gestion des relations avec les pays organisateurs. Qu'il s'agisse du ramadan au Moyen-Orient, du Jour du Souvenir en Azerbaïdjan ou des fuseaux horaires à Las Vegas, la Formule 1 de 2026 apprend à concilier ambition mondiale et respect des spécificités locales.
Un samedi de course à Bakou ? Bien plus qu'une simple anomalie calendaire, c'est le reflet d'une Formule 1 en pleine évolution.






