Pato O'Ward ne mâche pas ses mots. Le pilote mexicain d'Arrow McLaren en IndyCar, également réserviste pour l'écurie McLaren en Formule 1 en 2026, a livré une critique acerbe de la discipline reine lors d'un entretien accordé à FOX Deportes. Son verdict est sans appel : la Formule 1 est devenue un spectacle trop artificiel pour susciter son adhésion.
Cette prise de position revêt une portée particulière, car elle émane d'un pilote qui connaît intimement les deux championnats. O'Ward n'est pas un simple observateur : il a multiplié les essais au volant de monoplaces de Formule 1 depuis 2021 et maîtrise les réalités du cockpit.
D'un rêve ardent à une désillusion profonde
Il fut un temps où rejoindre la Formule 1 constituait l'objectif ultime de Pato O'Ward. Né à Monterrey en 1999, le Mexicain avait même fixé une « date limite » mentale pour tenter sa chance dans la catégorie reine. Sa passion pour la F1 était sincère et profondément enracinée.
« La soif que j'éprouvais de rejoindre la Formule 1 ne relevait ni de la gloire ni de l'argent… C'était parce que ces voitures étaient tout simplement impressionnantes ; les piloter représentait une expérience hors du commun », a-t-il confié.
Cette ferveur s'était d'ailleurs confirmée lors de son premier essai en F1. En décembre 2021, après avoir remporté au moins une victoire en IndyCar – condition posée par Zak Brown –, O'Ward avait pris les commandes de la MCL35M à Abou Dhabi. Sa réaction, alors empreinte d'émerveillement, trahissait l'enthousiasme d'un enfant : « Les mots me manquent pour décrire cette journée. C'est incroyable, wow. Je pensais que l'IndyCar était rapide, mais là, c'était tout simplement fou. »
Pourtant, à 26 ans, au sommet de sa forme en IndyCar avec deux victoires et un titre de vice-champion en 2025, le regard de Pato O'Ward sur la Formule 1 a radicalement évolué. En cause : une évolution réglementaire qu'il juge profondément problématique.
« Chaque année, les choses ont changé davantage… Honnêtement, les nouvelles voitures de Formule 1 – ce que la série a fait est une erreur. La vérité, c'est que lorsqu'on les observe, elles paraissent artificielles », assène-t-il sans détour.
Le règlement 2026 : la goutte d'eau qui fait déborder le vase
La critique d'O'Ward s'inscrit dans un contexte précis : l'entrée en vigueur des nouvelles réglementations F1 2026, qui instaurent une répartition équilibrée (50/50) entre puissance thermique et puissance électrique. Désormais, près de la moitié de la puissance des monoplaces provient de la batterie, bouleversant ainsi la nature même de la conduite.
Le pilote mexicain s'insurge particulièrement contre le système de déploiement d'énergie, conçu pour faciliter les dépassements de manière artificielle. Sa comparaison est sans appel : « On ne veut pas appuyer sur un bouton en se disant : ‘Oh, je vais l'enclencher pour dépasser artificiellement.’ Ce n'est pas Mario Kart, nous sommes en course automobile. Franchement, je n'ai aucune envie d'en faire partie. »
Cette vision rejoint les réserves exprimées par d'autres figures du paddock. Max Verstappen avait lui-même qualifié la nouvelle génération de voitures de « Formule E sous stéroïdes », tandis que Charles Leclerc avait déploré la disparition de l'art du tour de qualification.
Le problème soulevé par O'Ward est fondamental : avec les nouvelles règles, les pilotes doivent constamment gérer et récupérer l'énergie tout au long du tour. Des virages autrefois négociés à haute vitesse le sont désormais plus lentement pour préserver la batterie. Des monoplaces perdent subitement de la vitesse en ligne droite, non en raison d'une défaillance mécanique, mais par stratégie de gestion énergétique. Pour le Mexicain, cette mécanique prive la compétition d'une part essentielle de son authenticité.
Certes, le DRS a officiellement disparu en 2026, remplacé par un système d'Active Aero. Toutefois, un « mode Overtake » subsiste pour les pilotes se trouvant à moins d'une seconde de leur adversaire – une forme déguisée d'assistance électronique que le pilote refuse catégoriquement.
L'IndyCar, le championnat des vrais pilotes ?
Face à cette Formule 1 qu'il estime dénaturée, O'Ward exalte les mérites de l'IndyCar avec une conviction inébranlable. « Actuellement, l'IndyCar est le meilleur championnat pour un pilote désireux de se battre sur la piste. La F1 est devenue un spectacle artificiel, et cela ne m'attire plus du tout. »
La philosophie de l'IndyCar s'oppose en tout point à ce qu'il décrit en Formule 1. La série américaine maintient une politique sans consignes d'équipe : les décisions relatives aux batailles en piste sont laissées entièrement aux pilotes. Les châssis monotypes réduisent les écarts de performance entre concurrents, garantissant que chaque position se gagne au mérite, dans les virages et au freinage – et non par l'intermédiaire d'un bouton.
Les performances d'O'Ward en IndyCar plaident en faveur de ce modèle. En six saisons complètes, il totalise neuf victoires, trente-et-un podiums et sept pole positions. En 2025, il a terminé vice-champion derrière Álex Palou, avec six podiums et des victoires à Iowa et Toronto. Un palmarès de premier plan qui lui confère une légitimité incontestable pour comparer les deux disciplines.
Il convient toutefois de souligner que les deux championnats ne sont pas comparables en tous points. O'Ward lui-même a mis en exergue le fait que l'IndyCar présente des risques physiques supérieurs à ceux de la F1, notamment sur les superspeedways : « Un gros impact en F1, c'est 50G, ce qui est déjà considérable. En IndyCar, sur un superspeedway, vous avez de la chance si vous ne dépassez pas les 100G – c'est le double. » Une réalité brutale qui tempère quelque peu l'image idyllique de la série américaine.
O'Ward chez McLaren : entre deux mondes
Malgré ses critiques, Pato O'Ward demeure intégré à l'écosystème McLaren en Formule 1. Confirmé comme pilote de réserve pour la saison 2026 aux côtés de Leonardo Fornaroli, il a exprimé son désir de continuer à « apprendre énormément » de ses expériences en F1. Il a d'ailleurs participé à une séance d'essais libres (FP1) lors du Grand Prix de Mexico au volant de la MCL39.
Cette position hybride est révélatrice : O'Ward navigue entre deux univers sans renier aucun des deux. Il apprécie l'opportunité de progresser au contact de la F1, tout en étant convaincu que son avenir compétitif se situe en IndyCar. « Je monte simplement dans la voiture et je conduis. Cela devient une seconde nature », résume-t-il, évoquant la facilité de sa transition entre les deux catégories.
Le parcours d'O'Ward vers la Formule 1 a failli basculer bien plus tôt. En 2019, le Mexicain était sur le point d'obtenir un baquet chez Red Bull lorsque la FIA avait modifié les règles d'attribution des points de super licence, l'empêchant d'obtenir le précieux sésame. Une décision qui l'avait alors orienté vers l'IndyCar – un choix qu'il considère aujourd'hui comme une bénédiction.
Un signal fort pour toute une génération
La désillusion de Pato O'Ward face à la Formule 1 s'inscrit dans une tendance plus large. En 2026, plusieurs pilotes d'IndyCar gravitent autour de la F1, mais leurs trajectoires divergent. Colton Herta, neuf fois vainqueur en IndyCar, a rejoint Cadillac en tant que pilote d'essai et participera à plusieurs séances de FP1 cette saison, avec pour objectif d'obtenir un baquet en F1.
Contrairement à Herta, O'Ward a clairement tourné la page. Sa critique ne vise pas à dévaloriser la Formule 1 en tant qu'institution, mais à pointer les dérives d'une discipline qui, selon lui, a sacrifié l'authenticité sportive au profit du spectacle.
Ce témoignage, émanant d'un pilote biculturel – mexicain de cœur, américain de compétition, européen de formation –, résonne bien au-delà du simple débat sportif. À l'heure où la FIA et la FOM cherchent elles-mêmes à ajuster les réglementations 2026, la voix de Pato O'Ward pourrait s'avérer l'une des plus précieuses : celle d'un pilote qui connaît les deux mondes et n'hésite pas à exprimer tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.






