Istanbul Park de retour en Formule 1 : une officialisation tant attendue
C’est désormais chose faite. Le Grand Prix de Turquie fera son retour au calendrier de la Formule 1 à compter de la saison 2027, pour une durée de cinq ans, soit jusqu’en 2031. L’annonce officielle a été faite le vendredi 24 avril 2026, lors d’une cérémonie organisée au palais de Dolmabahçe, à Istanbul, en présence du président turc Recep Tayyip Erdoğan, du directeur général de la F1 Stefano Domenicali et du président de la FIA Mohammed Ben Sulayem. Pour marquer l’événement, une monoplace promotionnelle de Formule 1 a même sillonné les rues d’Istanbul, offrant un spectacle inédit aux habitants.
L’accord a été conclu avec le ministère turc de la Jeunesse et des Sports, tandis que la Fédération turque de sport automobile (TOSFED) assurera le partenariat opérationnel avec la F1 pour l’organisation des futures épreuves.
Six ans d’absence : un retour sur un circuit mythique
Istanbul Park avait intégré le calendrier de la Formule 1 en 2005, s’imposant rapidement comme l’un des tracés les plus exigeants sur le plan technique. Conçu par l’ingénieur allemand Hermann Tilke, ce circuit de 5,34 kilomètres se distingue par ses dénivelés spectaculaires et son virage 8, une triple courbe à gauche négociée à haute vitesse, devenue l’une des sections les plus emblématiques du championnat.
Le circuit a accueilli la Formule 1 à neuf reprises : de 2005 à 2011, puis lors des éditions 2020 et 2021, ces deux dernières ayant été intégrées à un calendrier bouleversé par la pandémie de Covid-19. C’est d’ailleurs sur ce tracé qu’en 2020, Lewis Hamilton a décroché son septième titre mondial, égalant ainsi le record de Michael Schumacher. Le dernier vainqueur en date reste Valtteri Bottas, qui s’y était imposé en 2021 au volant de sa Mercedes.
Après une interruption liée, entre autres, aux exigences financières croissantes – Bernie Ecclestone avait demandé le doublement des droits en 2011, une requête qu’Erdoğan avait fermement rejetée –, la Turquie effectuera donc son retour après six ans d’absence.
Pirelli, acteur clé du retour d’Istanbul Park
Le renouveau d’Istanbul Park s’explique en partie par un événement décisif survenu en 2024 : la société Can Bilim Eğitim Kurumları A.Ş., détenue en partie par Lale Cander, présidente de la filiale turque du fournisseur de pneumatiques de la F1 Pirelli, a acquis les droits d’exploitation du circuit pour une durée de trente ans, pour un montant avoisinant 117,8 millions de dollars. Cette acquisition comportait une clause contractuelle explicite : ramener la Formule 1 à Istanbul avant 2026.
Les négociations avaient pourtant achoppé depuis 2022, en raison des dizaines de millions de dollars nécessaires pour conclure un accord, dans un contexte où des concurrents comme le Qatar étaient en mesure de surenchérir. L’arrivée de ce nouveau consortium a donc bouleversé la donne de manière décisive.
En février 2026, Domenicali avait d’ailleurs confirmé qu’Istanbul Park était sur le point de réintégrer le calendrier, précisant que le nombre de courses resterait plafonné à 24 Grands Prix.
Les déclarations des acteurs : Erdoğan, Domenicali et Ben Sulayem
Lors de la cérémonie au palais de Dolmabahçe, les trois figures centrales de cet accord se sont exprimées.
Stefano Domenicali, président et directeur général de la Formule 1, s’est montré enthousiaste : « Nous sommes ravis de revenir dans cette ville incroyable et vibrante qu’est Istanbul à partir de 2027, pour faire vivre à nos fans en Turquie et dans le monde entier des émotions intenses sur l’un des circuits les plus passionnants et les plus exigeants de la Formule 1. Istanbul, en tant que ville, représente un pont culturel entre l’Europe et l’Asie, offrant un mélange unique d’histoire, de tradition et d’une vision avant-gardiste du sport, des affaires et du divertissement. »
Mohammed Ben Sulayem, président de la FIA, a quant à lui souligné la dimension stratégique de cet accord : « Istanbul Park occupe une place particulière dans l’histoire de la Formule 1, et son retour illustre notre engagement commun à développer le championnat sur des marchés dynamiques. Nous assurons non seulement l’avenir à long terme de la Formule 1 en Turquie, mais nous soutenons également le développement continu du sport automobile, en posant les bases d’une croissance durable pour les années à venir. »
Enfin, le président Erdoğan a interprété ce retour comme un symbole fort pour son pays : « Le retour du Grand Prix de Turquie au calendrier de la Formule 1 est une victoire pour la passion et la détermination sportive de notre nation. Les courses qui se tiendront à Istanbul Park pendant au moins cinq ans contribueront au rayonnement mondial d’Istanbul et démontreront que notre pays est un havre de stabilité dans sa région. »
Conséquences sur le calendrier 2027 : la fin des Pays-Bas, la rotation Spa-Barcelone
L’intégration d’Istanbul Park dans un calendrier limité à 24 courses n’a pas été sans conséquences pour les autres Grands Prix. Ainsi, la saison 2027 marquera la fin programmée du Grand Prix des Pays-Bas, qui disparaîtra du calendrier après 2026. Par ailleurs, l’Espagne et la Belgique adopteront un système de rotation : Spa-Francorchamps sera présent en 2027, 2029 et 2031, tandis que Barcelone organisera ses épreuves en 2028, 2030 et 2032.
La Turquie et le Portugal feront donc leur retour en 2027, comblant les créneaux libérés par ces réorganisations. Cette évolution s’inscrit parfaitement dans la stratégie affichée par Domenicali pour maintenir un calendrier de 24 Grands Prix durables, en privilégiant les marchés à fort potentiel de croissance.
Si vous vous interrogez sur les implications de ce changement pour le nouveau Grand Prix d’Espagne à Madrid en 2026, sachez que la rotation Barcelone/Spa ne concerne que le circuit catalan traditionnel, et non la nouvelle épreuve madrilène.
Enjeux géopolitiques et économiques : la Formule 1 comme levier de puissance
Le retour de la Turquie ne se limite pas à une simple addition au calendrier. Istanbul occupe une position géographique et symbolique exceptionnelle : carrefour entre l’Europe et l’Asie, elle incarne une identité à la confluence des civilisations, un atout que Domenicali lui-même a mis en avant.
La Formule 1 constitue un outil de rayonnement international de premier plan pour les États qui en font usage. À l’instar d’autres destinations récentes – Qatar, Arabie saoudite, Las Vegas –, accueillir un Grand Prix permet de projeter une image moderne et dynamique sur la scène mondiale. La Turquie, qui revendique plus de 19 millions de passionnés de F1 et dont les abonnés sur les réseaux sociaux ont progressé de 25 % sur Instagram et de 107 % en vues sur YouTube, dispose d’une base populaire solide pour justifier cet investissement.
Les retombées économiques sont tout aussi considérables. Un Grand Prix de Formule 1 peut générer un impact direct estimé à plusieurs centaines de millions d’euros par édition, grâce aux retombées touristiques, médiatiques et commerciales. Pour Istanbul, qui ambitionne de s’affirmer comme l’une des grandes métropoles mondiales du XXIe siècle, accueillir cinq éditions consécutives d’un Grand Prix représente une vitrine inestimable.
Un circuit légendaire, une histoire déjà riche
Avant d’envisager l’avenir, il convient de rappeler pourquoi Istanbul Park est tant regretté par les amateurs et les professionnels. Avec une capacité d’accueil de 125 000 spectateurs et ses 14 virages, dont le célèbre virage 8, le circuit a été le théâtre de courses inoubliables.
Felipe Massa détient le record de victoires sur ce tracé, avec trois succès consécutifs entre 2006 et 2008 sous les couleurs de Ferrari. Kimi Räikkönen, Sebastian Vettel et Jenson Button y ont également triomphé. Et comment oublier ce 15 novembre 2020, date à laquelle Lewis Hamilton, sous une pluie battante, a conquis son septième titre mondial, égalant ainsi la légende Michael Schumacher ?
Ces moments font d’Istanbul Park bien plus qu’un simple circuit : un lieu chargé d’histoire, qui mérite amplement sa place dans le calendrier de la discipline reine. Les passionnés de Formule 1 en Turquie et dans le monde entier n’ont plus qu’à patienter jusqu’en 2027 pour assister à sa renaissance.






