Bearman se confie sur la solitude en F1 : « Je voulais être ailleurs »

Paddock|
Portrait d'Ollie Bearman en combinaison Haas F1 Team noir et rouge, regardant la caméra avec une expression sérieuse

Ollie Bearman révèle avoir souffert de la solitude lors de sa saison rookie 2025 chez Haas. Émotions refoulées, coaching mental et leçons de vie dans le podcast High Performance.

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Camille M

Camille M est une passionnée de Formule 1 depuis son plus jeune âge et qui souhaite partager sa passion au plus grand nombre.

À 20 ans, Ollie Bearman a déjà accompli ce dont rêvent des milliers de jeunes pilotes : décrocher un baquet en Formule 1. Mais derrière les podiums et les dépassements, le pilote Haas a révélé une facette bien plus sombre de sa première saison complète dans l'élite du sport automobile. Invité du podcast High Performance aux côtés de Jake Humphrey et Damian Hughes, le Britannique s'est livré avec une sincérité désarmante sur la solitude qui l'a frappé en 2025.

Quitter sa famille à l'adolescence : le prix du rêve

Bien avant d'atteindre la F1, Bearman avait déjà goûté à l'isolement. Il y a quelques années, lorsqu'il a rejoint les formules de promotion en Europe, il a dû tout quitter d'un coup : sa maison de Chelmsford, ses amis, sa famille. « La solitude est une réalité dans le sport de haut niveau. Quand j'ai commencé à courir à l'étranger, j'ai tout laissé derrière moi et j'ai pratiquement reparti de zéro », a-t-il confié. Une situation qui l'a même poussé à douter : « Il y a eu des moments où je me demandais à quel point je voulais vraiment tout ça. »

Mais le jeune Britannique a tenu bon, porté par la conviction que le sacrifice en valait la peine. Une ténacité qui lui a permis de gravir les échelons — de la F4 italienne à la F3, puis la F2 — jusqu'à un débuts remarqués en F1 avec Ferrari en Arabie saoudite en 2024, où il avait terminé devant Lewis Hamilton dès sa première course.

2025 : la solitude amplifiée par le rythme infernal de la F1

Si la solitude était déjà présente en F2, elle s'est considérablement aggravée lors de sa saison rookie en F1 avec Haas. Le calendrier de 24 courses, avec ses destinations lointaines, a agi comme un amplificateur. « C'est encore plus extrême parce qu'on voyage plus longtemps, plus loin. On va dans des endroits où les gens ne parlent pas anglais. Au Japon ou en Chine, il y a la barrière de la langue, et même simplement ne pas entendre sa propre langue autour de soi, c'est étrange », a-t-il expliqué.

Le contraste entre l'agitation du circuit et le silence de la chambre d'hôtel est revenu comme un leitmotiv de son témoignage. « On passe d'un extrême à l'autre : être au circuit entouré de centaines de personnes, sans un moment pour soi, puis rentrer à l'hôtel… et être complètement seul. »

« Après une course difficile, on voudrait être avec ceux qu'on aime »

Le moment le plus poignant de l'interview concerne les soirs de mauvais résultats. Bearman a terminé sa saison rookie 13e au championnat, devançant son coéquipier expérimenté Esteban Ocon, mais il a aussi connu une frustrante série de 11e places, juste en dehors des points. Ces soirs-là, l'isolement devenait insupportable.

« Particulièrement après une course difficile, c'est un vrai défi. On voudrait être n'importe où ailleurs. Il y a eu des moments où on voulait juste être avec sa famille, ou avec quelqu'un qu'on aime », a-t-il admis. Si la présence régulière de son père à de nombreuses courses a été une bouée de sauvetage, il ne pouvait pas être là à chaque Grand Prix.

Refouler ses émotions : l'erreur du début de saison

Bearman a également révélé qu'il avait commis une erreur classique en début de saison : refouler ses émotions. Installé à Monaco avec sa compagne mais sans sa famille, il avait l'impression de vivre en boucle, d'une course à l'autre, sans ancrage.

« Je rentrais chez moi et c'était vide. Au début de l'année, j'étais à Monaco avec ma copine, mais ma famille n'habitait pas là. Je rentrais et j'attendais la prochaine course. J'avais l'impression que ma vie tournait exclusivement autour de la course, sans arrêt », a-t-il décrit.

C'est cette prise de conscience qui l'a poussé à demander de l'aide. « J'ai passé du temps avec un coach en début d'année, quand j'ai réalisé que je n'étais pas submergé, mais que j'avais du mal avec cette juxtaposition : être hyper-occupé au circuit, puis rentrer et n'avoir rien à faire. C'est passer d'un extrême à l'autre. »

La gratitude comme remède : le conseil qui a tout changé

L'épisode du podcast s'intitule de manière révélatrice « The 10 Minute Change That Saved My F1 Career » (Le changement de 10 minutes qui a sauvé ma carrière en F1). Ce « changement », c'est un exercice de préparation mentale et de gratitude que son coach lui a enseigné.

« J'ai vraiment compris et appliqué cette année l'importance d'être reconnaissant, de prendre du recul. La perspective est essentielle. Les moments peuvent être durs, mais au final, si je disais à mon moi de 10 ans ce que je fais aujourd'hui, je pense qu'il serait plutôt content », a confié Bearman avec lucidité.

Cette nouvelle approche lui a permis de transformer le trac en énergie positive. « Il y avait des moments où les papillons dans le ventre ou la pression m'empêchaient de dormir, où je commençais à trop réfléchir. Mais maintenant, j'ai compris que cette sensation, ces frissons avant une course, c'est un privilège. Avec la pression vient l'opportunité. »

Un rookie plus fort et plus mature pour 2026

Bearman aborde sa deuxième saison avec Haas sous un jour différent. Il a identifié trois piliers non-négociables pour réussir en F1 : l'alignement, la discipline et la maturité. Des valeurs qui résonnent avec sa progression fulgurante en seconde moitié de saison 2025, notamment sa quatrième place au GP du Mexique.

Le fait de côtoyer quotidiennement des légendes comme Max Verstappen, Lewis Hamilton et Fernando Alonso l'a aussi aidé à se construire. « J'ai appris à devenir un pilote qui mène l'équipe. Développer la voiture, avoir des retours fiables et être sûr de ses retours, c'est essentiel », a-t-il souligné.

En s'ouvrant publiquement sur sa santé mentale, Ollie Bearman rejoint une prise de parole de plus en plus courante chez les jeunes sportifs de haut niveau. Un témoignage courageux qui rappelle que derrière le glamour de la Formule 1, les pilotes restent avant tout des êtres humains — parfois très seuls.

L'épisode complet du podcast High Performance avec Ollie Bearman est disponible sur YouTube et les principales plateformes d'écoute.