« J’ai eu de la chance d’en réchapper » : quand Bearman frôle la catastrophe
Dimanche 15 mars 2026, Shanghai. À peine le Grand Prix de Chine lancé, Oliver Bearman se retrouve au cœur d’un incident qui aurait pu virer au drame. Au treizième virage du premier tour, Isack Hadjar, engagé dans une lutte acharnée pour la sixième place, perd soudainement le contrôle de sa Red Bull. La RB22 part en tête-à-queue, sans le moindre avertissement, en plein milieu de la courbe.
Face à lui, Bearman ne dispose que d’une fraction de seconde pour réagir. « J’aurais pu aller à gauche ou à droite ; au final, j’ai choisi la gauche. Il a fallu que je sorte de la piste, et je pensais que la course était terminée », confie-t-il. La Red Bull d’Hadjar frôle sa Haas, contraignant le pilote britannique à emprunter la voie de dégagement. « J’ai eu de la chance d’en réchapper. Honnêtement, cela aurait pu se solder par un accident monstrueux. »
Hadjar lui-même reconnaît la violence de la scène : « Je ne l’ai pas vu venir. L’arrière s’est décroché si vite… » Une déclaration qui souligne à quel point la RB22 peut se révéler imprévisible, en particulier avec un plein de carburant en début de course.
De la treizième à la cinquième place : une remontée d’anthologie
Relégué à la treizième position après son excursion hors piste, Bearman semble condamné. Pourtant, c’est à ce moment précis que le Britannique va révéler l’étendue de son talent.
Dès le premier tour complet, il pointe au douzième rang. Puis, exploitant les luttes internes chez Red Bull et les arrêts aux stands, il entame une remontée méthodique. Au neuvième tour, il intègre le top 10. Les dépassements successifs de Carlos Sainz, Max Verstappen et Liam Lawson en quelques boucles seulement témoignent d’un rythme exceptionnel pour une Haas.
Le déploiement de la voiture de sécurité lui offre ensuite l’opportunité de se repositionner stratégiquement. S’ensuivent alors ce que Bearman qualifie lui-même de « quarante tours de qualification » : Pierre Gasly, Nico Hülkenberg, Arvid Lindblad, Esteban Ocon et Franco Colapinto sont successivement devancés. « Le rythme était vraiment soutenu après cela. J’ai pu m’extirper du trafic et, honnêtement, j’ai enchaîné quarante tours comme en qualif’, c’était incroyable. »
Résultat : une cinquième place magistrale, arrachée par la seule force de son pilotage, qui marque les esprits dans le paddock.
La RB22, un châssis mis à rude épreuve à Shanghai
L’incident du treizième virage n’est pas un simple coup du sort. Il s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité de la Red Bull RB22 sur le circuit de Shanghai. Comme le détaille notre analyse sur le naufrage de Red Bull en Chine, le tracé chinois expose cruellement les limites du châssis de Milton Keynes.
Les nouvelles monoplaces hybrides 2026 se rechargent principalement lors des freinages intenses — une configuration qui avantage les circuits sinueux comme Shanghai, où la RB22 perd une grande partie de son avantage moteur. « Toute la journée a été un désastre en termes de rythme », résumait Max Verstappen après les qualifications sprint. « Pas d’adhérence. Franchement, je pense que c’est le principal problème : pas d’adhérence, pas d’équilibre, juste une perte de temps massive dans les virages. »
Hadjar, quant à lui, avait déjà tiré la sonnette d’alarme dès la première séance d’essais libres, pointant un déficit de près de deux secondes sur les Mercedes. Pour comprendre pourquoi la gestion de la batterie est devenue le nerf de la guerre en 2026, il faut considérer que la décision de tripler la puissance du MGU-K — passant de 160 à 470 chevaux — impose des contraintes électriques et thermiques considérables, que Red Bull ne maîtrise pas encore parfaitement.
Bearman, le meilleur des outsiders en 2026
Avec cette cinquième place à Shanghai, Bearman confirme ce qu’il avait déjà démontré à Melbourne : Haas s’affirme comme « la meilleure des autres », devançant largement Red Bull et ne comptant qu’un point de retard sur McLaren au championnat des constructeurs. Le pilote britannique occupe désormais la cinquième place du classement des pilotes avec 17 points, seulement devancé par les pilotes Mercedes et Ferrari.
Ce résultat est d’autant plus remarquable que Bearman a marqué des points lors de sept des neuf dernières courses. « On peut faire mieux, et je veux continuer à tout donner », assure-t-il, refusant de se laisser griser par ces débuts de saison prometteurs.
Alors que McLaren a sombré dans un double abandon historique et que Verstappen a abandonné au 46e tour en raison d’un probable problème électronique, Bearman a su transformer une situation critique en une démonstration de maîtrise. Pendant que les favoris s’effondraient, le pilote Haas construisait, tour après tour, une performance solide.
Le contraste Bearman-Hadjar : deux destins opposés en une seule course
L’ironie du sort veut qu’Isack Hadjar — celui-là même qui avait failli provoquer l’accident — ait également franchi la ligne d’arrivée, en huitième position, marquant quatre points précieux pour Red Bull. Pourtant, l’écart de performance entre les deux pilotes, au cours de cette épreuve, ne pouvait être plus saisissant.
Tandis que Bearman enchaînait les dépassements à un rythme effréné, Hadjar reconnaissait l’impuissance de sa monoplace. Comme le détaille notre article sur les regrets d’Hadjar en Chine, le Français a terminé à plus de deux secondes de ses rivaux directs, illustrant le fossé entre une Haas en pleine forme et une RB22 en difficulté sur ce tracé.
La saison 2026 s’annonce décidément plus ouverte que prévu. Et si Antonelli a remporté sa première victoire en Grand Prix pour confirmer la domination Mercedes, la véritable surprise du week-end porte peut-être le nom d’Oliver Bearman — un pilote qui, en moins de cinquante-six tours, est passé de « j’aurais pu y laisser ma peau » à « j’ai enchaîné quarante tours comme en qualification ». Une trajectoire qui incarne à elle seule l’essence même de la Formule 1.






