Williams franchit une étape symbolique : cap sur le FW50 pour 2027
Cette annonce ne manquera pas de marquer les esprits des passionnés d’histoire de la Formule 1. Williams ne baptisera pas sa monoplace 2027 du nom de FW49. L’écurie de Grove a en effet choisi de sauter cette dénomination pour passer directement au FW50, en hommage au cinquantième anniversaire de ses débuts en compétition. Une décision forte, qui témoigne de l’attachement profond de l’équipe à ses racines et à son histoire.
C’est The Race qui a révélé cette information : Williams Grand Prix Engineering avait disputé sa première course lors du Grand Prix d’Espagne 1977, avec un châssis March confié au pilote belge Patrick Neve. C’est cet anniversaire fondateur, de 1977 à 2027, que l’écurie entend célébrer de la manière la plus éloquente qui soit : en érigeant le numéro de châssis en symbole.
Les lettres « FW » : l’empreinte indélébile d’une légende
Derrière ces deux initiales se cache l’histoire d’un homme et d’une équipe mythiques. FW, ce sont les initiales de Frank Williams, le fondateur légendaire de l’écurie, disparu en novembre 2021. Il a transformé une modeste structure artisanale en l’une des équipes les plus titrées de l’histoire de la Formule 1. Neuf titres de champions du monde des constructeurs, sept couronnes chez les pilotes – Alan Jones, Keke Rosberg, Nelson Piquet, Nigel Mansell, Alain Prost, Damon Hill et Jacques Villeneuve – entre 1980 et 1997 : un palmarès qui force l’admiration.
La première monoplace à arborer pleinement la désignation FW fut la FW06, en 1978, conçue par Patrick Head. Sobre et efficace, cette voiture marqua le début d’une ère. Depuis lors, la numérotation FW a évolué sans interruption… ou presque.
Un précédent en 2017 : l’audace du FW40
Car Williams avait déjà usé de ce procédé symbolique par le passé. En 2017, pour célébrer son quarantième anniversaire, l’écurie avait choisi de sauter la désignation FW39 pour adopter directement le FW40. Le message était sans équivoque : le numéro de châssis pouvait devenir bien plus qu’un simple code de développement, un véritable marqueur mémoriel.
Cette décision s’était accompagnée de badges spéciaux « #Williams40 » apposés sur la voiture tout au long de la saison. Le précédent était ainsi posé et assumé : en 2027, Williams appliquera la même logique pour marquer son demi-siècle d’existence.
Pourquoi le FW49 n’existera-t-il que sur le papier ?
Pour comprendre cette désynchronisation entre les numéros de châssis et les anniversaires, il faut remonter à la saison 2021. Dans le cadre des mesures de réduction des coûts adoptées en raison de la pandémie de COVID-19, la Formule 1 avait autorisé les équipes à reconduire leur châssis d’une année sur l’autre. Williams avait ainsi engagé une FW43B – version évoluée de la FW43 – plutôt que de passer directement à la FW44.
Ce report d’une génération a décalé l’ensemble de la numérotation. Sans cet incident, les chiffres auraient peut-être coïncidé naturellement avec les anniversaires. Le saut vers le FW50 en 2027 constitue donc à la fois un hommage et une correction symbolique du calendrier numérique.
À titre de comparaison, Williams a également dû s’adapter à d’autres défis techniques et réglementaires ces dernières années, à l’instar du reste de la grille, face aux bouleversements réglementaires.
Dorilton Capital et l’engagement indéfectible envers l’héritage Williams
Depuis le 21 août 2020, Williams n’appartient plus à la famille Williams. Dorilton Capital, un fonds d’investissement américain, a racheté l’équipe après une période particulièrement difficile : trois dernières places consécutives au championnat des constructeurs entre 2018 et 2020, des difficultés financières majeures et la résiliation du contrat de sponsor titre ROKiT.
Dès l’annonce du rachat, Dorilton avait pris un engagement solennel, inscrit noir sur blanc dans le communiqué officiel : « L’équipe continuera à courir et à concourir sous la marque Williams, le nom du châssis demeurant inchangé. » Le maintien du sigle FW était présenté comme une ligne rouge intangible, au même titre que la marque Williams elle-même.
Dans les faits, Dorilton a tenu parole. Les revenus commerciaux de Williams ont progressé d’environ 40 % entre 2020 et 2024, les investissements en infrastructures ont dépassé 150 millions de dollars, et l’équipe a retrouvé la septième place du championnat des constructeurs en 2023. La stratégie de « retour aux sources » – préserver l’identité tout en modernisant l’outil – semble porter ses fruits.
Une identité iconique, au-delà des turbulences
La décision d’adopter le FW50 s’inscrit dans une dynamique plus large de reconquête identitaire. Williams avait frôlé l’abîme, tant sur le plan sportif que financier. L’âge d’or des années 1990, symbolisé par la mythique FW14B de Nigel Mansell en 1992 – considérée comme l’une des monoplaces les plus sophistiquées jamais construites, avec sa suspension active, son contrôle de traction et sa boîte semi-automatique – semblait appartenir à un lointain passé.
Pourtant, l’équipe n’a jamais renoncé aux symboles qui font sa grandeur. Le logo FW, le nom Williams, l’atelier de Grove : rien de tout cela n’a été sacrifié, pas même dans les moments les plus sombres. Cette continuité symbolique est précisément ce qui donne tout son sens au FW50.
Il faut dire que l’histoire de la Formule 1 regorge d’équipes ayant perdu leur âme lors de changements de propriétaire. Williams, en revanche, semble avoir trouvé en Dorilton Capital un partenaire qui comprend que le patrimoine n’est pas un fardeau, mais un atout. Matthew Savage, président de Dorilton, l’avait d’ailleurs souligné lors du rachat : « Nous croyons être le partenaire idéal grâce à notre approche d’investissement flexible et patiente, qui permettra à l’équipe de se concentrer sur son objectif : retrouver les avant-postes du peloton. »
2027 : une ère réglementaire nouvelle pour un anniversaire historique
Le timing ne pouvait être plus chargé de sens. En 2027, la Formule 1 entamera un nouveau cycle réglementaire majeur, avec des monoplaces profondément redessinées. Pour Williams, ce sera donc une double renaissance : celle imposée par le règlement et celle, choisie, de nommer sa voiture FW50.
L’équipe portera d’ailleurs officiellement le nom d’Atlassian Williams F1 Team dès 2026, à la suite d’un accord de partenariat titre avec l’éditeur australien de logiciels. Un rebranding partiel qui, là encore, préserve l’essentiel : le nom Williams, toujours présent, toujours mis en avant.
Le FW50 sera bien plus qu’une simple monoplace. Ce sera une déclaration d’intention : celle d’une équipe qui, malgré les aléas d’une époque tourmentée, revendique avec fierté ses cinquante ans d’histoire en Formule 1. De Patrick Neve sur la grille de départ du Grand Prix d’Espagne 1977 à la monoplace 2027, la lignée est directe, ininterrompue, indélébile.
Et les deux lettres « FW » continueront de briller sur les flancs de la voiture, comme elles l’ont toujours fait.






