Une saison 2025 qui n’a pas tenu ses promesses
Victor Martins abordait sa troisième – et théoriquement dernière – saison en Formule 2 avec des ambitions légitimes. Champion de Formule 3 en 2022, vainqueur de la Formula Renault Eurocup en 2020 et lauréat du Prix Anthoine Hubert en tant que meilleur rookie de F2 en 2023, le Français disposait de tous les atouts pour briller. Pourtant, la réalité s’est révélée bien différente.
Classé onzième au championnat, avec une seule victoire, deux pole positions et trois podiums à son actif, Martins a traversé une saison semée d’embûches. Dès Melbourne, la malchance s’est acharnée : promu en pole position après une pénalité infligée à un rival, il a vu sa course s’achever prématurément au deuxième tour du sprint, tandis que la course principale était purement et simplement annulée en raison des intempéries.
Le tournant négatif de la saison est survenu à Monaco, où une collision au premier virage avec Alex Dunne a provoqué un carambolage spectaculaire, impliquant plus de la moitié du peloton. Parti de la pole position, Dunne a tenté de s’engouffrer à l’intérieur à Sainte-Dévote au moment où Martins réalisait un meilleur départ. Contact, accrochage, chaos : une course réduite à néant avant même d’avoir réellement commencé.
L’adversité comme philosophie, selon Martins
« Clairement, cette saison, je me suis contenté de rester concentré sur mon travail et mes objectifs », confie Martins lors d’un entretien accordé depuis Paris, où il préparait déjà sa transition vers le WEC. « S’il devait y avoir des problèmes, ils surviendraient, c’est ainsi. Mon but était simplement d’être rapide en course comme en qualification. »
La lucidité a rapidement pris le pas sur les espoirs initiaux. Le Français a compris assez tôt que le titre lui échapperait. Plutôt que de s’enfermer dans la frustration ou le surmenage, il a opté pour une approche plus mesurée : « Cela m’a appris à ne pas forcer le destin, à ne pas trop en demander, car à un certain moment, cela devient contre-productif. J’ai simplement cherché à rester focalisé sur mes objectifs. »
Cette capacité à tirer des enseignements de l’échec plutôt qu’à s’y enliser en dit long sur la maturité d’un pilote que Feeder Series qualifiait pourtant d’« l’un des plus malchanceux de ces dernières années en F2 ».
La victoire à Losail : un symbole de résilience
La dernière manche de la saison, disputée au Qatar sur le circuit de Losail, a offert à Martins le dénouement qu’il méritait. Parti en tête dès le départ de la course principale, il a maîtrisé la course de bout en bout, résistant à la pression de Leonardo Fornaroli – qui décrochait par la même occasion le titre de champion de F2 2025 – pour s’imposer avec autorité.
Cette victoire marquait son premier succès en course principale depuis Silverstone en 2023, mettant fin à deux longues années de disette. « Je sais que cette victoire au Qatar a fait du bien à tout le monde, et c’est normal », reconnaît-il sobrement. Mais pour lui, la portée de ce succès dépassait le simple résultat : « Je savais qu’il ne fallait surtout pas lâcher prise, car dans le sport automobile, l’instant présent prime. Si en 2023-2024 on m’estimait à une certaine valeur et qu’en 2025 je ne donnais pas satisfaction, je savais que les choses pouvaient basculer très vite. »
Une victoire symbolique, survenue au moment où tous les regards étaient tournés vers lui.
Alpine et le WEC : un choix à la fois rationnel et passionnel
La porte de la Formule 1 ne s’étant pas ouverte en 2025, Martins, qui avait quitté l’Alpine Academy fin 2024 pour rejoindre la Williams Driver Academy – ce qui lui avait permis de participer aux essais libres du Grand Prix d’Espagne 2025 –, a analysé la situation avec lucidité. Le virage vers le WEC s’est alors imposé comme une évidence.
« L’année dernière, tout s’est fait assez naturellement. Quand j’ai senti que je n’aurais pas d’opportunité immédiate en F1, que je voulais un programme concret avec un constructeur, et sachant que j’étais Français et qu’Alpine évoluait en WEC, dans un championnat du monde, cela a pris tout son sens », explique-t-il. « Je pense que la balance a penché en ma faveur grâce à l’estime qu’ils me portent en tant que pilote, au regard de toute ma carrière, de notre passé commun avec l’Académie, et des performances que j’ai malgré tout réussi à réaliser en fin de saison. »
Le lien avec Alpine n’est pas nouveau : Martins a fait partie de l’Alpine Academy de 2021 à fin 2024. Et lors du Rookie Test WEC de Bahreïn en octobre 2024, il avait déjà impressionné en se hissant rapidement en tête du classement des rookies au volant de l’A424, malgré son absence totale d’expérience en endurance.
Un équipage 100 % français pour une saison historique
Pour la saison WEC 2026, Victor Martins rejoint la voiture n°36 d’Alpine aux côtés de Jules Gounon et Frédéric Makowiecki, formant ainsi un trio entièrement français. Une configuration hautement symbolique, d’autant que 2026 marquera la dernière année d’Alpine en WEC avant son retrait annoncé de la série.
Philippe Sinault, Team Principal d’Alpine Endurance Team, ne cache pas son enthousiasme : « Victor apportera sa vitesse naturelle, mais aussi son expérience au plus haut niveau et sa compréhension technique. Depuis sa participation au Rookie Test 2024 avec l’A424, il y a eu une volonté claire et mutuelle de collaborer. »
La dynamique d’équipe semble déjà prometteuse. Nicolas Lapierre, Directeur Sportif d’Alpine, confirme : « Victor s’est très bien intégré dès le début. Les six pilotes travaillent en parfaite harmonie, avec un esprit d’équipe qui se construit aussi bien sur la piste qu’en dehors. »
On pense inévitablement à d’autres pilotes français qui évoluent actuellement au plus haut niveau du sport automobile, comme Pierre Gasly en Formule 1 ou Doriane Pin, qui portent eux aussi les couleurs tricolores avec fierté dans des disciplines d’excellence.
Des ambitions claires pour Le Mans et au-delà
Martins n’arrive pas en WEC pour faire de la figuration. Son objectif est d’apprendre vite, très vite. « Mon but est d’aborder la première course à Imola comme un pilote ayant déjà cinq ans d’expérience dans la catégorie », affirme-t-il sans détour. Un objectif ambitieux, mais en parfaite adéquation avec sa personnalité.
Et pour les 24 Heures du Mans, il se montre encore plus direct : « Il faut que tout le monde soit concentré et déterminé à tout donner en une année, car cela sera crucial pour notre avenir à tous. Nous devons arriver au Mans prêts à gagner. »
Alpine lui offre des raisons d’y croire. L’A424 a terminé la saison 2025 avec deux podiums à Imola et Spa (voiture n°36), ainsi qu’une victoire historique aux 6 Heures de Fuji (voiture n°35), lors de la 100e course du WEC. Avec seize arrivées en seize départs et neuf apparitions en Hyperpole, le constructeur français dispose des outils nécessaires pour rivaliser avec les Ferrari, Toyota ou Porsche.
La F1 reste un rêve, sans en devenir une obsession
Victor Martins l’admet sans détour : la Formule 1 continue de le faire rêver. Il maintiendra ses liens avec Williams en tant que pilote de développement, contribuant notamment au travail en simulateur. Cependant, il refuse de se laisser consumer par une ambition unique.
« Je pense qu’il faut savoir se diversifier dans le sport automobile, car on ne roule jamais assez et les opportunités sont rares. Il faut ouvrir toutes les portes », déclare-t-il, évoquant également un essai en Formule E réalisé dans la même période que son test en WEC.
Pour lui, rejoindre le WEC n’est pas un renoncement, mais une valorisation. « Je mesure à quel point j’y prends du plaisir, dans la relation avec mes coéquipiers et avec l’équipe, ainsi que dans l’évolution de ma carrière, car je deviens enfin pilote professionnel à part entière. C’est un championnat du monde, et cela donne de la valeur à mon parcours. »
La leçon est limpide : une saison décevante, si elle est bien vécue et analysée, peut se transformer en tremplin. Victor Martins en est la preuve vivante.






