« Ne vous inquiétez pas, chers amis » : la mise au point rassurante de Guenther Steiner
Le message est clair, presque paternel. « Ne vous inquiétez pas, chers amis néerlandais ! » C’est en ces termes que l’ancien directeur de l’écurie Haas F1, Guenther Steiner, s’est adressé cette semaine aux supporters inquiets du quadruple champion du monde. Une déclaration simple, mais qui dissimule une réalité bien plus complexe quant à l’avenir de Max Verstappen au sein de la discipline reine du sport automobile.
Depuis le début de la saison 2026, les craintes se multiplient. Un Max Verstappen frustré, une Red Bull peu compétitive et des déclarations fracassantes évoquant une possible retraite anticipée… De quoi alarmer les fans en orange. La réponse de Steiner se veut apaisante, mais assortie d’un avertissement : si Verstappen ne quittera pas la Formule 1, un départ de Red Bull Racing est, en revanche, « tout à fait possible ».
Une distinction cruciale : la F1 vs Red Bull
L’homme qui a dirigé l’écurie Haas de 2016 à 2023, avant de prendre la tête de l’équipe MotoGP Tech3 KTM, sait de quoi il parle. Sa position extérieure à la grille lui permet d’analyser la situation avec lucidité et impartialité. Sa conclusion est sans équivoque : « Je ne pense pas qu’il arrêtera. Dans un an ou deux, roulera-t-il pour une autre équipe ? C’est tout à fait possible. Je ne sais pas exactement où. »
Cette distinction est fondamentale. La Formule 1 reste le terrain de prédilection de Max Verstappen, l’arène où son talent exceptionnel peut s’exprimer pleinement. En revanche, Red Bull n’est peut-être plus qu’un chapitre d’une histoire bien plus vaste. Comme le résume Steiner avec justesse, « Max est passionné par ce qu’il fait. En ce moment, il n’est simplement pas heureux avec les règlements et pas non plus avec les performances de son équipe. Il y a donc beaucoup de mécontentement. »
La source de tous les maux : les règlements 2026
Il est difficile de sous-estimer l’impact des nouvelles réglementations 2026, qui ont bouleversé l’équilibre des forces en présence. Les six évolutions d’urgence adoptées par la FIA pour tenter de sauver la saison en témoignent. Et Verstappen ne mâche pas ses mots : pour lui, ces règles sont tout bonnement « anti-Formule 1 ».
Le principe qui l’exaspère ? La gestion de l’énergie, qui pénalise… les pilotes les plus rapides. « En gros, la gestion de l’énergie désavantage le pilote qui veut aller le plus vite. Celui qui freine le plus tard est désormais pénalisé. » Un comble pour un champion né pour attaquer sans relâche. Il va même plus loin, qualifiant le format de « Formule E sous stéroïdes », voire d’« anti-course ». La réglementation de 2026 tue même l’art du tour de qualification, selon Charles Leclerc, et ces inquiétudes sont partagées dans tout le paddock.
Steiner apporte une analyse complémentaire : la jeune génération de pilotes s’est adaptée plus rapidement aux nouvelles règles, précisément parce qu’elle n’avait pas d’habitudes à remettre en cause. Un contexte qui, involontairement, pénalise davantage un champion comme Verstappen, dont le style de conduite hyper-agressif et intuitif se trouve contrarié par ces nouvelles contraintes.
Une première dans la carrière de Verstappen : ne pas pouvoir gagner
Mais la frustration réglementaire n’est pas le seul facteur en jeu. Guenther Steiner souligne un élément bien plus profond et personnel : « N’oubliez pas : il n’a jamais évolué dans une équipe où il ne pouvait pas remporter de courses. C’est une nouveauté pour lui, et il doit s’y habituer. »
Une réalité saisissante. Depuis ses débuts en F3 jusqu’à ses quatre titres mondiaux consécutifs avec Red Bull entre 2021 et 2024, Verstappen a toujours disposé d’une voiture capable de victoire. La RB22 de 2026 a brisé cette dynamique. Qualifiée de « dangereuse et impossible à conduire », la monoplace a plongé Red Bull dans la difficulté dès les premières courses, laissant Verstappen avec seulement 8 points après trois manches et en dehors du Top 5 au classement pilotes.
Le directeur de Red Bull, Laurent Mekies, a lui-même reconnu sans détour : « Nous avons clairement régressé en termes de performance. » Une confession rare, qui confirme que le champion en titre n’est plus la référence technique du plateau.
La valeur inestimable d’un talent unique
Face à cette situation inédite, que pense Steiner ? Sa position est limpide : le talent de Verstappen le protège. « Je le répète : Max est le plus grand talent de la Formule 1. Si Red Bull ne peut pas lui offrir ce qu’il souhaite ou attend, il rejoindra une autre équipe où ce sera possible. Les meilleures écuries veulent toujours le meilleur pilote, et il est clairement le meilleur. Il y aura donc toujours une voiture pour lui. »
C’est la loi fondamentale du marché des transferts en Formule 1 : le talent prime. Et dans cette catégorie, Verstappen occupe une place à part. Il peut négocier depuis une position de force absolue. La moindre rumeur de sa disponibilité provoquerait des remous immédiats dans tous les quartiers généraux du paddock.
Les signes avant-coureurs d’un déclin chez Red Bull
Au-delà des performances en piste, c’est tout l’édifice Red Bull Racing qui semble vaciller. Le tandem de talent et d’expertise qui avait permis à l’écurie de dominer la discipline pendant des années s’est progressivement disloqué. Christian Horner et Adrian Newey sont partis, suivis par Jonathan Wheatley et Helmut Marko. Et désormais, c’est au tour de Gianpiero Lambiase, l’ingénieur de course de Verstappen depuis 2016, de quitter le navire pour rejoindre McLaren à partir de 2028.
Verstappen lui-même a salué cette décision avec élégance : « Tu serais fou de ne pas accepter. » Il a même ajouté : « Nous avons déjà tout accompli ensemble. Il reçoit une offre fantastique, avec de la sécurité pour sa famille. » Un soutien sincère, mais qui souligne davantage encore l’érosion progressive du cercle de confiance autour de lui. Rappelons que le pilote néerlandais avait déclaré qu’il quitterait la Formule 1 si Lambiase n’était plus son ingénieur de course…
Mercedes, la destination la plus séduisante… mais pas encore
Si le scénario d’un départ de Red Bull se concrétise, vers quelle équipe Verstappen pourrait-il se tourner ? Steiner a son idée : la destination la plus attrayante à long terme est Mercedes, dont la domination en ce début de saison 2026 rappelle les années fastes de l’ère hybride. La marque à l’étoile s’est imposée comme la référence de cette nouvelle réglementation.
Cependant, Steiner tempère les ardeurs pour la saison prochaine : « Je ne pense pas que ce sera déjà Mercedes l’année prochaine, car ils sont très satisfaits de leurs pilotes actuels. » Et pour cause : avec Kimi Antonelli, l’espoir de la Formule 1 déjà vainqueur en 2026, et George Russell, garant de l’expérience, la structure allemande n’a aucune raison de bouleverser son équation gagnante.
Les opportunités pourraient toutefois s’ouvrir pour 2027 : Lewis Hamilton et Fernando Alonso, tous deux en fin de contrat après 2026, pourraient libérer des baquets de premier plan. Steiner insiste sur ce point : « Je pense que le choix de l’équipe sera déterminant dans la décision de Max. »
Un avenir rassurant, mais des changements à l’horizon
La conclusion à tirer de cette interview de Guenther Steiner est à la fois simple et nuancée. Max Verstappen ne quittera pas la Formule 1. Sa passion pour la course reste intacte, tout comme ses ambitions de victoires. Son engagement hors F1, notamment aux 24 Heures du Nürburgring au volant d’une Mercedes, en est une illustration éclatante.
En revanche, un départ de Red Bull Racing dans les un à deux prochaines années apparaît comme une hypothèse tout à fait crédible. La clause de performance dans son contrat (valable jusqu’en 2028), qui lui permet de se libérer s’il n’est pas dans le Top 2 à la pause estivale de 2026, n’est pas anodine. Les conditions sportives et humaines actuelles semblent converger vers cette issue.
Steiner a su trouver les mots justes : « Ne vous inquiétez pas, chers amis néerlandais ! » L’avenir de Max Verstappen en Formule 1 est assuré. Il s’écrira peut-être simplement sous d’autres couleurs que celles du taureau rouge.






