Montezemolo ému, mais frustré : Antonelli aurait dû porter le rouge de Ferrari
Le Grand Prix de Chine 2026 restera à jamais gravé dans les annales de la Formule 1. Ce dimanche 15 mars, sur le circuit de Shanghai, Kimi Antonelli a inscrit son nom dans l’histoire en remportant sa première victoire en Formule 1 à seulement 19 ans. Il est ainsi devenu le deuxième plus jeune vainqueur de l’histoire de la discipline, derrière le seul Max Verstappen. Parti de la pole position – un exploit en soi –, le jeune Italien de Mercedes a dominé la course de bout en bout, signant également le meilleur tour en course pour réaliser un hat-trick historique.
Pourtant, si la Tifoseria italienne a explosé de joie, un sentiment plus mitigé a traversé l’esprit d’une figure emblématique du paddock : Luca di Montezemolo, ancien président de la Scuderia Ferrari. Dans un entretien accordé au Corriere della Sera, l’ex-dirigeant de Maranello a révélé sa réaction ambivalente face à l’exploit du jeune prodige transalpin.
« Sa victoire m’a profondément ému », a-t-il confié. « C’est un jeune homme de 19 ans qui ne cesse de progresser. Il fait preuve d’une maturité et d’un sang-froid qui ne sont guère caractéristiques des Italiens, et encore moins d’un pilote de son âge. » Toutefois, cette fierté nationale s’est rapidement teintée d’amertume : « C’était un peu irritant de le voir sous les couleurs de Mercedes. Je l’aurais préféré en Ferrari. »
Le rejet de Ferrari et l’opportunité saisie par Mercedes
L’histoire entre Antonelli et Ferrari est ancienne, et elle reste douloureuse pour les tifosi. Marco Antonelli, le père du pilote, en a retracé les contours avec précision : alors que son fils n’avait qu’une dizaine d’années, Massimo Rivola, alors responsable de la Ferrari Driver Academy, avait repéré le jeune prodige sur les circuits de karting. Il l’avait même invité à visiter Maranello et lui avait permis d’utiliser le simulateur réservé aux jeunes pilotes de l’académie.
« Il courait avec la marque Ferrari en karting. Tout se passait pour le mieux, jusqu’à ce que Maurizio Arrivabene estime que mon fils était encore trop jeune pour être évalué correctement », a témoigné Marco Antonelli. Quelques mois plus tard, Toto Wolff entrait en contact avec la famille pour intégrer Kimi à la Mercedes Junior Academy. Le reste appartient désormais à l’histoire.
Kimi lui-même a évoqué cette période charnière : « J’avais des contacts avec Ferrari lorsque j’avais environ 10 ou 11 ans. Mais c’est fin 2017 que Mercedes m’a fait confiance. Toto m’a appelé pour me dire qu’il souhaitait m’intégrer à l’Académie. » Aujourd’hui, la décision d’Arrivabene apparaît comme l’une des plus lourdes de conséquences dans l’histoire récente de Ferrari.
La sagesse de Montezemolo : Ferrari aurait « brisé » Antonelli
Pourtant, l’ancien président de Ferrari tempère lui-même ses regrets. Avec une lucidité surprenante, Montezemolo reconnaît que placer Antonelli directement chez Ferrari à un si jeune âge aurait pu s’avérer désastreux. « L’intégrer immédiatement en Ferrari aurait signifié le détruire », a-t-il admis.
« J’aurais aimé le voir en rouge, mais le faire monter directement dans une Ferrari aurait été trop risqué. Il aurait pu être écrasé par le poids des attentes. » Une analyse que partage Toto Wolff, qui a soigneusement orchestré la progression d’Antonelli : un saut de la F4 directement en Formule 2 en 2024, suivi d’une intégration en Formule 1 aux côtés de George Russell en 2025, avant cette saison 2026 où il s’affirme comme l’un des protagonistes majeurs du championnat.
Wolff a expliqué sa philosophie en ces termes : « L’une des choses qui nous impressionne le plus, c’est sa capacité à agir avec davantage de maturité et de sang-froid face aux difficultés, par rapport à l’an dernier. Il sait compartimenter les débriefings, parler de l’avenir sans s’attarder sur le passé, avec une grande confiance, mais sans arrogance. Pour un pilote, au-delà de la vitesse pure, cette résilience mentale est essentielle. Et c’est précisément ce qu’il démontre en ce moment. »
Un hat-trick historique à Shanghai
Revenons sur cette performance, car elle mérite d’être appréciée dans toute sa dimension historique. Lors des qualifications, Antonelli avait déjà battu le record du plus jeune pilote à signer une pole position en Grand Prix, un record détenu depuis 2008 par Sebastian Vettel à Monza. À 19 ans, 6 mois et 17 jours, il est devenu le plus jeune poleman de l’histoire de la F1.
En course, il a géré avec un calme remarquable une légère frayeur au 53e des 56 tours – un tout-droit au virage 14 causé par un flat-spot – avant de franchir la ligne d’arrivée avec 5,5 secondes d’avance sur son coéquipier George Russell. Lewis Hamilton (Ferrari) a complété le podium, devant son coéquipier Charles Leclerc. Antonelli a également signé le meilleur tour en course, rejoignant ainsi le cercle très restreint des pilotes ayant réalisé le hat-trick pole-victoire-meilleur tour lors de leur première victoire, aux côtés de légendes telles que Fangio, Moss et Niki Lauda.
Il est également devenu le premier pilote italien à s’imposer en Formule 1 depuis Giancarlo Fisichella au Grand Prix de Malaisie en 2006, mettant fin à une disette de vingt ans pour l’Italie. « Je voulais ramener l’Italie au sommet, et nous y sommes parvenus aujourd’hui, même si j’ai connu un petit moment de panique à la fin avec ce flat-spot. Je suis extrêmement heureux », a-t-il déclaré après la course, visiblement ému.
Pour découvrir les coulisses de ce podium historique, vous pouvez lire le témoignage poignant de Peter Bonnington, l’ingénieur de course d’Antonelli.
Hamilton et Antonelli : une relation mentorale hors du commun
L’une des dimensions les plus émouvantes de la victoire d’Antonelli réside dans l’histoire qu’elle boucle avec Lewis Hamilton. Tout a commencé à Monza en 2018 : un garçon de 12 ans nommé Kimi Antonelli s’approche du septuple champion du monde pour lui faire dédicacer son livre. Hamilton signe, puis sa casquette, avant de conclure par un « Merci, fiston. » Une photo de cet instant a refait surface après Shanghai, devenant virale.
Antonelli a réagi avec une sincérité désarmante : « Franchement, je pense que c’est la photo de l’année, celle avec Lewis. Il m’a toujours soutenu – nous avons une relation très spéciale. C’est d’autant plus fort que c’est un champion comme lui. » De son côté, Hamilton a célébré la victoire de son successeur avec une franchise touchante : « Il a pris mon siège ! Et il a frappé fort dès le début. C’est vraiment formidable de le voir progresser, il le mérite vraiment. »
Cette relation dépasse le cadre d’une simple succession professionnelle. Avant la saison 2025, Hamilton avait laissé une note manuscrite pour Antonelli dans son nouveau cockpit chez Mercedes, lui souhaitant bonne chance et lui confiant que l’équipe était exceptionnelle pour ceux qui s’en donnaient les moyens. Le tout sur un podium partagé à Shanghai, où Hamilton occupait la troisième marche avec sa nouvelle Ferrari – un clin d’œil du destin des plus saisissants. À ce sujet, découvrez les dernières déclarations de Hamilton depuis son arrivée chez Ferrari.
La question qui agite l’Italie : Antonelli roulera-t-il un jour pour Ferrari ?
Les déclarations de Montezemolo ont inévitablement ravivé un débat que toute l’Italie n’ose formuler qu’à mi-voix : Kimi Antonelli finira-t-il par endosser le rouge de Ferrari ? La presse transalpine s’est engouffrée dans cette brèche, évoquant la possibilité d’un avenir à Maranello une fois que le Bolonais aura acquis davantage d’expérience chez Mercedes.
Antonelli lui-même a répondu avec une prudence diplomatique exemplaire : « Oui, Ferrari, c’est Ferrari – c’est immense. Mais gagner pour Mercedes ne serait pas non plus une mauvaise chose. » Une formulation qui n’exclut rien pour l’avenir, tout en restant fidèle à son employeur actuel. Concernant le titre mondial, le jeune prodige garde les pieds sur terre : « La vie change, mais je ne pense pas au championnat pour l’instant. »
Wolff abonde dans ce sens, rappelant que Toto a dû faire taire les critiques après la victoire de Shanghai, et que la prudence reste de mise : « Pour l’instant, George est encore un peu plus rapide. » Russell mène d’ailleurs le championnat avec 51 points, soit quatre de plus qu’Antonelli, après deux courses où Mercedes a réalisé un doublé en Australie, puis une domination encore plus nette en Chine.
Mercedes, le tremplin idéal avant une éventuelle transition
Au-delà du romantisme, la question stratégique est claire : Mercedes représente aujourd’hui l’environnement le plus propice au développement d’Antonelli. L’écurie allemande dispose d’une structure éprouvée, d’un coéquipier expérimenté en la personne de Russell, et surtout d’une culture de l’excellence qui a déjà permis de former des champions du monde.
Montezemolo, malgré ses regrets, en convient implicitement. Et les résultats lui donnent raison : après deux courses en 2026, Mercedes s’impose déjà comme l’écurie à battre, avec deux doublés consécutifs. Cette domination naissante offre à Antonelli un cadre idéal pour poursuivre sa progression, sans le poids écrasant que représente le maillot rouge de Ferrari. Sur ce sujet, découvrez la polémique technique entre Ferrari et Mercedes, qui illustre les tensions entre les deux écuries.
La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir si Antonelli rejoindra un jour Ferrari, mais plutôt quand il sera prêt à assumer ce fardeau. À 19 ans, avec une première victoire historique en poche et un mentor comme Hamilton à ses côtés, tout porte à croire que ce moment viendra – mais pas encore. Le temps joue en sa faveur, et Ferrari en est parfaitement consciente. Le regret de Montezemolo n’en est que plus poignant.






