La carte rookie Topps de Kimi Antonelli s'est adjugée pour 201 910 $ aux enchères. Plongée dans l'univers des cartes de collection F1, un marché en pleine expansion depuis 2020.
Camille M est une passionnée de Formule 1 depuis son plus jeune âge et qui souhaite partager sa passion au plus grand nombre.
201 910 dollars pour un morceau de carton : la Formule 1 atteint des sommets inédits
Une somme vertigineuse. La carte intitulée '2025 Topps Dynasty F1 Racing Glove Jumbo Patch Autograph Kimi Antonelli Signed Race-Used Patch Rookie Card' a été cédée pour la somme exacte de 201 910 dollars lors d'une vente organisée par Goldin Auctions. Un record absolu pour le jeune pilote Mercedes, et la septième carte de Formule 1 la plus onéreuse de l'histoire.
De quoi s'agit-il précisément ? D'une pièce unique au monde — numérotée 1/1, ce qui signifie qu'il n'en existe aucun autre exemplaire —, agrémentée d'un autographe apposé directement sur la carte et d'un fragment de gant de course effectivement utilisé en compétition. Une combinaison parfaite pour les collectionneurs les plus exigeants.
Qui est Kimi Antonelli, et pourquoi sa valeur s'envole-t-elle ?
Âgé de seulement 19 ans, Andrea Kimi Antonelli s'est imposé comme l'une des révélations de la saison 2026. Il a remporté deux victoires consécutives en Chine et au Japon, devenant le deuxième plus jeune pilote de l'histoire à s'imposer en Formule 1. Au moment de la vente, il menait le championnat du monde avec 22 points d'avance sur son coéquipier George Russell.
Ce contexte sportif exceptionnel n'est pas étranger à cette flambée des prix. Les collectionneurs de cartes sportives savent pertinemment que la valeur d'une pièce est étroitement liée aux performances de son sujet. Un pilote victorieux, c'est une carte dont la cote s'envole.
Par ailleurs, Antonelli rate systématiquement ses départs malgré sa domination, ce qui ne fait qu'attiser la curiosité autour de ce personnage fascinant — un jeune prodige imparfait mais étincelant, exactement le type de figure que les collectionneurs affectionnent.
Les ingrédients d'une carte valant plus de 200 000 dollars
La carte d'Antonelli coche toutes les cases recherchées par les collectionneurs en quête de pièces d'exception :
Il s'agit d'une véritable rookie card : la première carte officielle d'un pilote lors de sa saison de début en F1, considérée comme la catégorie la plus prestigieuse dans l'univers des cartes de collection.
L'autographe est apposé directement sur la carte (on-card autograph), garantissant une authenticité sans équivoque.
Le fragment de gant de course est authentique, utilisé lors d'une compétition réelle.
Elle est numérotée 1/1 : aucun autre exemplaire n'existe dans le monde.
Comme le souligne un analyste du secteur : « C'est la configuration la plus idéale que le marché des cartes sportives ait connue de notre vivant. »
Pour situer cette vente, d'autres versions de cartes Antonelli ont également atteint des montants impressionnants : une autre version 1/1 de la 2025 Topps Dynasty Rookie Patch Auto s'est vendue 111 000 dollars, tandis qu'une '2025 Topps Dynasty F1 Autograph Patch Gold Rookie Card' a atteint 51 240 dollars après 71 enchères.
Lewis Hamilton, le souverain incontesté du marché des cartes F1
Le record absolu dans l'univers des cartes de collection F1 revient sans conteste à Lewis Hamilton. Sa '2020 Topps Chrome Lewis Hamilton SuperFractor Autograph' s'est vendue pour un peu plus d'un million de dollars en décembre 2024 — un montant stupéfiant qui illustre à lui seul l'ampleur prise par ce marché.
En examinant le classement des dix cartes F1 les plus onéreuses de l'histoire, trois pilotes se partagent les premières places : Hamilton possède quatre cartes dans ce top 10, avec un sommet à 900 000 dollars pour une vente réalisée dès 2022 chez Goldin Auctions. Max Verstappen en détient également quatre, avec un record personnel à 534 000 dollars. L'une de ses cartes les plus rares — la '2020 Topps Chrome Formula 1 Sapphire Edition Padparadscha', une pièce unique dotée d'un effet holographique exceptionnel, gradée Mint 9 par PSA — a atteint 336 000 dollars.
Hamilton lui-même a réagi avec étonnement face à ces ventes : « Je veux dire, c'est tout simplement incroyable. Je n'aurais jamais imaginé que cela prendrait une telle ampleur. L'histoire derrière cette carte, cet enfant qui l'avait achetée dans un paquet... la différence que cette vente a pu faire pour lui et sa famille devait être immense. » Avant d'ajouter : « Je pense que ces objets vont continuer à prendre de la valeur, surtout avec l'ouverture de la boutique. »
Topps et la F1 : une alliance qui a tout bouleversé depuis 2020
Pour saisir l'essor de ce marché, il faut remonter à 2020, année charnière durant laquelle Topps a obtenu pour la première fois la licence officielle pour produire des cartes de collection Formule 1. Ce partenariat a mis fin à une pénurie de 28 ans : la dernière série de cartes F1 produite par un grand fabricant remontait à 1992, avec le jeu Grid Formula One.
Depuis lors, Topps — désormais propriété de Fanatics — est le concessionnaire exclusif des cartes à collectionner et des albums d'autocollants F1. Le contrat a été renouvelé en 2024 pour plusieurs années supplémentaires.
Emily Prazer, directrice commerciale de la Formule 1, a résumé l'importance de ce partenariat en ces termes : « Depuis 2020, Topps a créé de nouvelles façons pour nos fans de s'impliquer dans notre sport à travers leurs cartes et autocollants à collectionner, tout en immortalisant certains des moments les plus emblématiques et historiques de la Formule 1. Avoir des partenaires innovants comme Topps est d'une importance capitale pour nous alors que nous continuons à attirer de nouveaux publics diversifiés vers la F1. »
La gamme s'étend aujourd'hui de l'entrée de gamme accessible — les populaires 'Turbo Attax' destinées aux fans de tous âges — aux séries ultra-premium comme Topps Dynasty, limitées à dix exemplaires maximum par carte et incluant systématiquement un autographe et un fragment d'équipement utilisé en course.
L'effet Netflix et l'américanisation de la Formule 1
Derrière l'explosion du marché des cartes se cache un phénomène plus large : la conquête du public américain par la Formule 1. Et ce phénomène porte un nom : Drive to Survive.
La série documentaire de Netflix, lancée en 2019, a provoqué une véritable révolution. Les audiences américaines de la F1, relativement modestes avant 2020, ont connu une croissance fulgurante. En 2020, juste après le lancement de la série, elles ont bondi de 18 % pour atteindre 672 000 téléspectateurs. En 2021, ce chiffre s'élevait à 934 000 — soit une hausse de 54 % en un an. La tranche d'âge 16-35 ans représentait 77 % de la croissance de l'audience en 2020.
En 2024, un record de 6,5 millions de spectateurs ont assisté en personne à des Grands Prix de Formule 1 au cours de 24 week-ends de course — une augmentation de 9 % par rapport à 2023 et de 36 % par rapport aux niveaux pré-COVID de 2019.
Or, le marché américain des cartes de collection est de loin le plus important au monde. Comme le note un analyste du secteur : « Le colossal marché américain des collectionneurs commence tout juste à découvrir la Formule 1, et si les prix des souvenirs commencent à grimper, ils restent encore largement sous-évalués par rapport aux sports américains traditionnels. »
Un marché en pleine expansion, mais non dénué de nuances
Le marché global des cartes de collection sportives pèse aujourd'hui 12,62 milliards de dollars et devrait atteindre 23,08 milliards de dollars d'ici 2032, avec un taux de croissance annuel composé de 7,80 %. Les valeurs des objets de collection F1 ont quant à elles augmenté de plus de 30 % entre 2020 et 2023, selon Deloitte.
Pour les investisseurs, les tendances actuelles mettent en lumière une concentration accrue sur les rookie cards comme véhicules d'investissement, la multiplication des communautés de box breaking en ligne, et l'intégration progressive de technologies numériques où une carte physique débloque des expériences ou des actifs digitaux.
Cependant, le marché n'est pas exempt de turbulences. En 2024, les valeurs de revente des cartes les plus rares ont subi une pression à la baisse en raison de budgets de consommation plus serrés et d'un afflux de nouvelles séries Topps. Les cartes de base d'Antonelli disponibles sur le marché secondaire se négocient actuellement entre 75 et 100 dollars, tandis que ses cartes numérotées s'échangent aux alentours de 400 à 500 dollars.
La professionnalisation du secteur passe également par la certification et l'évaluation des cartes. Des sociétés spécialisées comme PSA évaluent objectivement l'état de conservation d'une carte sur une échelle de 1 à 10, en examinant les coins, les bords et la surface. Une carte gradée Mint 10 peut valoir plusieurs fois le prix d'une carte non certifiée. Un système très similaire à celui utilisé pour les bandes dessinées de collection.
La Formule 1, nouveau terrain de prédilection des investisseurs alternatifs
Le phénomène des cartes F1 s'inscrit dans un mouvement plus large : celui de l'essor des actifs alternatifs dans les portefeuilles d'investissement. Aux côtés de l'art, du vin et des montres de luxe, les cartes de sport — et plus particulièrement les cartes F1 — s'imposent comme une classe d'actifs à part entière.
Pour Lewis Hamilton, dont l'influence culturelle dépasse largement les paddocks, ses cartes sont des pièces de collection au même titre qu'une œuvre d'art contemporain. Pour Kimi Antonelli, dont la domination en 2026 ne fait que commencer, le potentiel de valorisation reste immense.
La vente de cette carte à 201 910 dollars n'est peut-être qu'un prélude à un marché encore à ses balbutiements. La Formule 1 a mis 28 ans à revenir dans l'univers des cartes de collection. Elle semble déterminée à ne plus jamais le quitter.