McLaren dos au mur avant le Grand Prix de Chine
La saison 2026 a mal débuté pour le champion du monde en titre. Lando Norris a terminé cinquième à Melbourne, à plus de cinquante-et-une secondes du vainqueur George Russell, tandis qu’Oscar Piastri ne parvenait même pas à prendre le départ après un accrochage aussi spectaculaire qu’évitable. Pour McLaren, l’urgence est absolue avant la deuxième manche de la saison, à Shanghai, où se tiendra également le premier Sprint de l’année.
« Toute l’équipe a connu une semaine chargée, tant pour ceux qui nous accompagnent que pour ceux restés au McLaren Technology Centre, afin de se surpasser autant que possible », a déclaré Norris lors de la journée médiatique du jeudi à Shanghai. Un message sans équivoque, reflétant à la fois la pression subie et la mobilisation générale au sein de l’écurie.
Trois problèmes identifiés, trois chantiers prioritaires
Une unité de puissance encore mal maîtrisée
Le premier défi soulevé par Norris est d’ordre technique et concerne l’essence même de l’ère 2026 : la compréhension du nouveau groupe propulseur Mercedes. « Nous n’avons pas accompli le travail escompté. Notre maîtrise n’est pas à la hauteur de nos attentes, et l’équipe s’est investie sans relâche pour l’améliorer », a-t-il reconnu sans détour.
La question est épineuse. Comme le détaille notre article sur la guerre des données entre McLaren et Mercedes, les motoristes sont tenus de fournir un matériel équivalent à leurs clients, mais la performance en 2026 repose en grande partie sur l’exploitation du système hybride. Or, sur ce point, McLaren accuse un retard estimé entre 0,5 et 1 seconde par rapport à l’équipe usine de Brackley.
La situation se complexifie d’autant plus que McLaren utilise des rapports de boîte significativement plus courts que Mercedes, un choix influençant directement le fonctionnement de l’unité de puissance. À Melbourne, la MCL40 passait en huitième rapport bien plus tôt que ses rivales – un indice révélateur des divergences philosophiques entre les deux écuries.
Un châssis perfectible, mais non dénué de potentiel
Norris tient cependant à tempérer l’ampleur du retard constaté en Australie : « Le châssis n’atteint pas le niveau que nous visons. Mais il n’est certainement pas mauvais, et nous ne sommes pas à des années-lumière de nos concurrents. Je pense que nous ne sommes pas aussi éloignés que les performances de Melbourne ont pu le laisser croire. »
Andrea Stella, le directeur de l’équipe, a corroboré cette analyse en évoquant un écart que les données GPS peinent à expliquer entièrement. « Lorsque l’on examine les superpositions GPS, on constate que Mercedes est plus rapide dans certains virages. Nous avons des objectifs et des priorités clairs : optimiser l’unité de puissance et, parallèlement, développer la voiture », a-t-il précisé.
Si la situation est préoccupante pour les champions en titre – comme le soulignait notre analyse sur le Grand Prix d’Australie 2026 –, McLaren reste convaincue qu’elle ne reflète pas le potentiel réel de la MCL40.
La gestion des pneus, talon d’Achille persistant
Le troisième point d’inquiétude soulevé par Norris concerne la gestion des pneumatiques, un enjeu particulièrement critique à Shanghai. « La gestion des pneus a été délicate la semaine dernière à Melbourne, et cela pourrait l’être à nouveau ici avec le graining », a-t-il averti.
Le pilote britannique va plus loin dans son autocritique : « Nous avons détruit les pneus en trois tours. Nos problèmes de graining à l’avant, comme nous en avons toujours souffert, n’ont pas évolué d’une monoplace à l’autre. » Une franchise qui force l’admiration, mais qui soulève des interrogations légitimes quant à la capacité de McLaren à tenir la distance sur le circuit de Shanghai, dont l’asphalte fraîchement refait avait déjà causé des difficultés l’an passé.
Le format Sprint de ce week-end s’avérera d’ailleurs précieux à cet égard : les dix-neuf tours de la course courte fourniront des données concrètes sur la dégradation des gommes avant même le départ de la course dominicale, permettant aux ingénieurs d’affiner leur stratégie.
L’écart de Melbourne n’est pas un verdict définitif
Norris insiste sur un point : les cinquante-et-une secondes qui le séparaient de Russell à Melbourne ne reflètent pas fidèlement la réalité sportive. « Sur le pur rythme, étions-nous à cinquante secondes derrière ? Non. Si j’avais bénéficié d’une course aussi propre que celle de George, sans autant de batailles, le résultat aurait été plus flatteur pour nous, mais nous avons dû nous battre », a-t-il nuancé.
Ce contexte de course – marqué notamment par un duel serré face à Verstappen en fin d’épreuve – a aggravé la consommation des pneus et alourdi le chronomètre final. McLaren peut donc légitimement espérer une meilleure performance à Shanghai, à condition que les problèmes identifiés soient au moins partiellement résolus.
L’écurie s’y emploie activement. Selon le rapport de prévisualisation de McLaren, les enseignements tirés d’Australie ont été compilés et partagés avec le partenaire motoriste HPP : « Nous avons collectivement tiré tous les enseignements de Melbourne et nous sommes regroupés en tant qu’équipe avec nos partenaires HPP pour garantir une performance optimale. »
Le champion du monde doit réagir, et vite
Le calendrier 2026 ne laisse aucun répit. La classification au championnat des constructeurs est déjà préoccupante après une seule course : Mercedes totalise 43 points, Ferrari 27, tandis que McLaren n’en compte que 10. Norris, avec ses 10 points au championnat des pilotes, se classe cinquième, derrière Russell, Antonelli, Leclerc et Hamilton.
Pourtant, le Britannique choisit de garder la tête froide et d’adopter une vision à long terme. « Quelle que soit notre position ici ou en Chine, ou lors des premières courses de la saison, nous aborderons les choses avec sérénité. Nous sommes convaincus qu’au fil de l’année, nous parviendrons à retrouver la place qui nous revient. »
Cette sérénité affichée n’occulte toutefois pas l’urgence de la situation. Mercedes a démontré dès Melbourne une ingéniosité technique remarquable, et Ferrari n’est pas en reste avec des innovations aérodynamiques comme l’aile « Macarena » déployée dès Shanghai. McLaren ne peut se permettre de laisser filer davantage de points si elle entend rester dans la course au titre, tant chez les pilotes que chez les constructeurs.
Le champion du monde a affirmé qu’il devait « se surpasser autant que possible ». C’est aussi le minimum que ses supporters attendent de lui, dès ce week-end à Shanghai.






