L’héritage considérable de Doriane Pin
Le 22 novembre 2024, sur le circuit de Las Vegas, Doriane Pin a marqué l’histoire en devenant la première pilote française sacrée championne de F1 Academy. À seulement 22 ans, la protégée de Mercedes et de l’écurie Prema a réalisé une saison quasi irréprochable : quatre victoires, quatre autres podiums, des points inscrits lors des quatorze courses disputées, sans jamais terminer au-delà de la sixième place. Un titre conquis avec panache, lors de la dernière manche, avec quinze points d’avance sur l’Espagnole Maya Weug.
« C’est incroyable, je n’arrive toujours pas à y croire », avait-elle déclaré après son sacre, devenant ainsi la troisième championne de cette série 100 % féminine, succédant à l’Espagnole Marta García et à la Britannique Abbi Pulling. Elle avait d’ailleurs résumé avec justesse l’état d’esprit qui l’avait animée tout au long de la saison : « Gagner et se battre pour un titre sur une année entière n’a pas été aisé, car lorsqu’on mène, on devient la cible à abattre. Il faut être irréprochable à chaque instant. »
Ce triomphe ne s’est pas dissipé dans les confettis de Las Vegas. Il a posé les jalons d’une dynamique nouvelle pour le sport automobile féminin français. Et ce sont deux jeunes filles de 16 ans, toutes deux issues de la filière FFSA Academy, qui portent désormais cet héritage sur leurs épaules pour la saison 2026.
Lisa Billard, la Normande ambitieuse
Un talent précoce en karting
Née en Seine-Maritime, Lisa Billard a grandi avec un casque sur la tête dès l’âge de sept ans. Sa progression en karting a été fulgurante : troisième du Championnat de France Junior Karting en 2023, septième du Trophée FIA Karting Academy la même année, et surtout, première jeune femme à remporter une épreuve de Junior Karting au Mans — un symbole fort dans la capitale du sport automobile français.
Ses performances ont rapidement attiré l’attention d’Alpine, qui l’a intégrée à son programme Rac(h)er, dédié à la promotion des femmes dans le sport mécanique. Après une saison en Championnat de France FFSA F4 en 2025, elle a marqué les esprits en F1 Academy lors de l’épreuve de Singapour, où elle a participé en wild-card avec l’équipe Hitech, devenant ainsi la plus jeune pilote engagée dans l’histoire de la série.
Des performances qui parlent d’elles-mêmes
Lors des Rookie Tests de F1 Academy, Lisa avait signé le deuxième temps de la matinée. À Singapour, en wild-card, elle avait réalisé la meilleure performance parmi les pilotes invitées. Ces résultats probants ont convaincu ART Grand Prix — l’une des écuries les plus prestigieuses de la filière — de lui offrir un volant pour la saison 2026 complète, avec le soutien de Gatorade et du programme Alpine Rac(h)er.
« Je n’arrive pas encore à réaliser pleinement. Mais il faut se souvenir d’où l’on vient. La petite fille de sept ans qui a commencé le karting n’aurait jamais imaginé en arriver là », a-t-elle confié, émue.
Ses objectifs pour 2026 sont clairs et ambitieux : « Réaliser la plus belle saison possible, avec le plus de podiums. Pourquoi pas viser le top 3, voire la victoire dès cette première année ? Mais ce qui compte, c’est que j’ai deux ans devant moi. La deuxième saison, il n’y aura pas d’autre choix : il faudra gagner si je veux accéder à la catégorie supérieure. »
Jade Jacquet, l’élève du Pôle France propulsée chez Williams
D’une progression discrète à une ascension remarquée
Née en 2009, Jade Jacquet a emprunté un parcours légèrement différent. Elle n’a débuté le karting international qu’en 2023, mais sa progression a été impressionnante. Rapidement intégrée à la filière FFSA Academy et au Pôle France du Mans, elle a effectué sa transition vers la monoplace en disputant le Championnat de France de Formule 4 en 2025, où elle a décroché douze classements dans le top 20. Elle s’est notamment illustrée en terminant 12e à Nogaro et 11e dans la course à grille inversée des 24 Heures, tout en remportant le Trophée féminin sur le circuit de Dijon-Prenois.
Fait marquant : lors de cette saison 2025 de F4 française, six jeunes femmes ont pris le départ d’une même saison pour la première fois de l’histoire — un signe éloquent de l’évolution profonde du sport automobile féminin en France.
Une intégration chez Williams, un coup de maître
Alors que Lisa Billard rejoint ART Grand Prix, Jade Jacquet a décroché une opportunité particulièrement symbolique : une place au sein de la Williams Racing Driver Academy, le programme jeunes de l’écurie de Formule 1. Un lien direct avec la discipline reine, rappelant que la F1 Academy n’est pas une fin en soi, mais bien un tremplin vers les sommets.
« Rejoindre la Williams Racing Driver Academy ainsi que la F1 Academy pour 2026 représente une étape majeure dans ma carrière. L’équipe m’a immédiatement mise en confiance, et je suis impatiente de débuter ce nouveau chapitre à leurs côtés. Mon objectif est de tirer le meilleur de cette première saison pour continuer à progresser en tant que pilote », a déclaré la jeune Française.
Sven Smeets, directeur sportif de Williams, s’est montré tout aussi enthousiaste : « Jade a connu une progression rapide et possède un fort potentiel. En tant que membre de la Williams Racing Driver Academy, nous travaillerons en étroite collaboration avec elle pour favoriser son développement, tant sur la piste qu’en dehors. »
La FFSA Academy, pépinière de champions
Derrière ces deux parcours prometteurs se dresse une institution : la FFSA Academy, centre de formation de la Fédération Française du Sport Automobile, installé au Mans. Depuis plus de vingt ans, elle constitue la référence nationale pour l’accompagnement des jeunes pilotes vers l’excellence : préparation physique, maîtrise de la monoplace, analyse de données, coaching, gestion de carrière et encadrement scolaire.
Doriane Pin elle-même était passée par cette filière dès 2018. Le fait que Lisa Billard et Jade Jacquet empruntent le même chemin n’est pas un hasard, mais la preuve tangible d’un système qui fonctionne.
Christophe Lollier, Directeur Technique National de la FFSA, ne cache pas sa fierté : « Jade et Lisa sont de purs produits de notre filière, détectées et accompagnées très tôt. Elles partent avec un bagage technique et sportif solide. Voir des pilotes formées dans nos championnats rejoindre la F1 Academy est une validation concrète de notre politique de formation. »
La FFSA Academy a, quant à elle, salué « une immense fierté » et souligné que « cette génération démontre que notre travail de structuration porte ses fruits et confirme l’ambition française de s’imposer durablement sur la scène internationale du sport automobile. »
Les défis à relever
Le poids de l’héritage
Être Française en F1 Academy en 2026, c’est inévitablement être comparée à Doriane Pin. La championne en titre a placé la barre très haut : des points marqués à chaque course, un podium à chaque week-end, un titre décroché lors de la dernière manche. Pour Lisa et Jade, cette pression sera omniprésente, bien qu’elles soient toutes deux rookies.
Doriane Pin avait d’ailleurs parfaitement saisi cet enjeu psychologique : « La F1 Academy et tout ce qui l’entoure représentent un défi immense, et je n’abandonnerai jamais mon objectif ultime : la Formule 1. » Un message que les deux nouvelles recrues françaises ont sans doute gravé dans un coin de leur esprit.
La règle des deux saisons
Comme tous les pilotes de la série, Lisa Billard et Jade Jacquet ne pourront concourir plus de deux saisons en F1 Academy. La fenêtre est donc étroite. Leurs premières campagnes seront déterminantes pour prouver leur valeur et ouvrir la voie vers des catégories supérieures — que ce soit la F3, la F2 ou d’autres championnats. L’ambition est là, le temps presse.
Lisa Billard en a pleinement conscience. Soutenue par Gatorade et le GSSI pour optimiser sa préparation physique — « on peut perdre jusqu’à 4 kg de liquide, brûler énormément de calories et courir sous de fortes chaleurs » —, elle aborde cette saison avec rigueur et détermination.
Une présence française qui redéfinit la dynamique
Pour la première fois depuis la création de la série en 2023, la France sera représentée par deux pilotes simultanément en F1 Academy. Une présence renforcée, à la fois symbolique et sportive, qui reflète la montée en puissance des talents tricolores dans les catégories de formation.
On pense bien sûr à Isack Hadjar, déjà en Formule 1 chez Red Bull, ou à Pierre Gasly, qui continue de défendre les couleurs françaises en Grand Prix. Désormais, du côté du sport automobile féminin, c’est toute une filière qui s’affirme.
La visibilité médiatique de la F1 Academy a également connu un essor considérable : en mai 2025, Netflix a lancé F1: The ACADEMY, une série produite par Reese Witherspoon offrant un accès inédit aux coulisses de la saison 2024, transformant les pilotes en véritables stars du streaming mondial. Un contexte qui amplifie encore les enjeux pour les nouvelles venues.
Lisa Billard et Jade Jacquet n’arrivent pas dans une série confidentielle. Elles intègrent un championnat mondial, sous les projecteurs, avec l’héritage d’une championne française dans leurs rétroviseurs — et la Formule 1 dans leur ligne de mire.






