Godzilla débarque en Formule 1 : Haas frappe un grand coup avant Suzuka
Certaines annonces marquent les esprits. Le 24 mars 2026, au cœur de Tokyo Midtown Hibiya, la TGR Haas F1 Team a révélé l’une des livrées les plus audacieuses de la saison : une décoration spéciale mettant en scène Godzilla, le monstre légendaire du cinéma japonais, à l’occasion du Grand Prix du Japon à Suzuka (27-29 mars). Une première dans l’histoire de l’écurie américaine.
Ce partenariat scellé avec TOHO CO., LTD., la société japonaise de divertissement détentrice de la franchise Godzilla, dépasse largement le cadre d’une simple opération esthétique. Il s’agit de la première collaboration de Haas avec une propriété intellectuelle issue du monde du divertissement — un virage stratégique assumé avec panache.
Une livrée spectaculaire, fidèle à l’identité de l’équipe
Le design de la VF-26 pour Suzuka préserve l’essentiel : le blanc, le noir et le rouge, couleurs emblématiques de Haas, restent bien visibles. Toutefois, sur les carénages moteur, c’est le roi des monstres qui s’invite, représenté dans son style cartoon iconique, figé dans sa pose mythique crachant des flammes. Le slogan « Godzilla takes the world's fastest stage » parachève cette composition visuelle.
Ce n’est pas la première fois que l’équipe joue la carte de l’identité culturelle japonaise à Suzuka. En 2025, la VF-25 arborait déjà une livrée sakura, ornée de motifs de fleurs de cerisier roses. Mais cette année, l’ambition est clairement montée d’un cran.
Ayao Komatsu, le directeur de la TGR Haas F1 Team, ne cache pas son enthousiasme : « Je suis vraiment impatient de voir la réaction des fans japonais lorsque nous dévoilerons notre livrée spéciale Godzilla à Tokyo. Cette collaboration est une première, et elle est extrêmement excitante — elle reflète qui nous sommes en tant qu’équipe et notre identité. J’espère que les supporters apprécieront ce design ludique. »
Un partenariat stratégique couvrant l’intégralité de la saison 2026
L’accord avec TOHO ne se limite pas au Grand Prix du Japon. Il s’étendra sur l’ensemble de la saison 2026 et prévoit une activation majeure autour du Grand Prix des États-Unis en octobre, coïncidant avec la sortie américaine du nouveau film Godzilla Minus One en salles, le 6 novembre. Un timing marketing savamment orchestré.
Tout au long de l’année, Haas déclinera différentes livrées intégrant le branding TOHO, accompagnées de contenus numériques, de merchandising en édition limitée et d’animations spéciales lors de certains week-ends de course.
Keiji Ota, Senior Managing Executive Officer et Chief Godzilla Officer chez TOHO, résume l’esprit de ce partenariat : « Godzilla incarne la puissance indomptable et la résilience, des valeurs qui résonnent profondément avec la détermination de la TGR Haas F1 Team à repousser sans cesse ses limites. Préparez-vous à voir le roi des monstres semer la terreur sur la scène la plus rapide du monde ! »
Le contexte est riche en précédents : d’autres franchises ont déjà croisé la route de la Formule 1. Red Bull avait collaboré avec Star Wars en 2005, tandis qu’Alpine s’était associé à Deadpool & Wolverine en 2024. Haas s’inscrit dans cette dynamique, tout en lui conférant une dimension culturelle japonaise particulièrement cohérente avec son positionnement.
Le Grand Prix du Japon, une « course à domicile » pour TGR Haas
Derrière l’audace visuelle de cette livrée se profile une réalité désormais bien ancrée : Suzuka est devenu une course à domicile pour Haas. Depuis la signature d’un partenariat technique avec Toyota Gazoo Racing en octobre 2024, puis l’obtention du statut de partenaire titre de Toyota pour 2026 — remplaçant ainsi la société de paiement numérique Moneygram —, l’écurie américaine est désormais indissociable du constructeur nippon.
Le logo GR trône fièrement sur la VF-26, et le programme Testing of Previous Car (TPC), lancé en 2025, a permis à quatre pilotes japonais de TGR — Ryō Hirakawa, Ritomo Miyata, Sho Tsuboi et Kamui Kobayashi — de prendre le volant de la monoplace. Un lien fort, qui trouve toute sa signification à Suzuka.
Komatsu l’affirme sans détour : « Le Grand Prix du Japon est l’une de nos courses à domicile cette saison, d’autant plus avec le retour de notre partenaire titre, Toyota Gazoo Racing. »
Haas, la révélation de ce début de saison 2026
Au-delà de l’opération marketing, la TGR Haas F1 Team aborde Suzuka avec un moral d’acier. Après deux courses, l’écurie pointe à la quatrième place du championnat des constructeurs avec 17 points — une performance qui a surpris plus d’un observateur.
C’est Oliver Bearman qui porte cette dynamique. Septième en Australie, il a ensuite marqué un point lors du sprint en Chine avant de signer une brillante cinquième place au Grand Prix de Shanghai. À seulement 20 ans, il occupe la cinquième place du championnat des pilotes, s’imposant comme l’une des révélations de ce début de saison sous les nouvelles réglementations 2026.
Le jeune Britannique analyse avec lucidité les forces de sa monture : « Je pense que nous sommes actuellement plus performants en configuration course. C’est ce qui semble se dégager. Les qualifications ont été un peu plus délicates. » Avant d’ajouter : « Il reste encore beaucoup de travail avant la prochaine course. Nous devons optimiser certains détails, mais je suis vraiment satisfait de l’équilibre de la voiture et des sensations qu’elle procure. C’est une excellente base. »
Son coéquipier, Esteban Ocon, traverse en revanche une période plus difficile. L’ancien pilote Alpine n’a pas encore inscrit le moindre point en 2026, terminant 14e en Chine malgré seulement 15 voitures classées.
Les ambitions de Haas à Suzuka : viser le double top 10
Fort de ce solide début de saison, Komatsu fixe des objectifs clairs pour Suzuka : « Notre priorité à Suzuka sera de nous concentrer à nouveau sur les fondamentaux, puis d’essayer de faire marquer les deux voitures dans les points — c’est notre ambition. »
Pour y parvenir, l’équipe devra toutefois s’adapter aux spécificités du circuit japonais. Suzuka représente un défi technique de taille, avec ses 18 virages mêlant sections sinueuses et passages à très haute vitesse. Les célèbres Esses, la courbe Spoon et le légendaire 130R imposent des exigences mécaniques et aérodynamiques radicalement différentes de celles des circuits d’Australie ou de Chine.
Les nouvelles réglementations 2026, avec leur gestion complexe de l’énergie hybride, soulèvent une question cruciale : le 130R sera-t-il abordé à pleine vitesse, ou les pilotes devront-ils lever le pied pour préserver la batterie en vue de l’accélération vers la chicane finale ? Un dilemme inédit sous les anciennes règles.
Par ailleurs, plusieurs sections de l’asphalte de Suzuka ont été rénovées depuis l’édition 2025, ce qui pourrait rebattre les cartes en matière de dégradation des pneumatiques. Pirelli a d’ailleurs sélectionné ses composés les plus durs pour ce week-end, conscient des charges colossales imposées par ce circuit mythique.
La tendance des livrées spéciales s’amplifie en 2026
Haas n’est pas la seule écurie à se parer de couleurs inédites au Japon. Racing Bulls a également dévoilé une livrée spéciale pour Suzuka : un design blanc, rouge et argent, réalisé en collaboration avec la calligraphe japonaise Bisen Aoyagi, intégrant des motifs de sakura et des éléments de calligraphie shodo traditionnelle pour célébrer la nouvelle canette Spring Edition de Red Bull.
Le Grand Prix du Japon 2026 devient ainsi le premier rendez-vous de la saison à concentrer plusieurs livrées one-off, illustrant une tendance de fond en Formule 1 : les écuries exploitent de plus en plus les courses emblématiques du calendrier comme vitrines créatives pour séduire de nouveaux publics et renforcer leurs partenariats commerciaux.
Pour Haas, cette démarche est particulièrement cohérente. En associant l’image de l’équipe à celle de Godzilla — une icône culturelle japonaise vieille de plus de 70 ans —, la TGR Haas F1 Team ne se contente pas de décorer une monoplace. Elle envoie un message fort sur son identité, à la croisée des États-Unis et du Japon, et sur sa volonté de s’inscrire durablement dans la culture populaire mondiale.
Après l’annonce des ambitions de Pierre Gasly avant ce même Grand Prix du Japon, c’est donc un tableau riche en couleurs et en enjeux qui se dessine à Suzuka. Et au milieu de tout cela, un monstre légendaire, âgé de 70 ans, prêt à rugir sur la scène la plus rapide du monde.






