Depuis son arrivée en janvier 2023, Frédéric Vasseur a profondément transformé la Scuderia Ferrari. Les observateurs attentifs de l’écurie italienne s’accordent à le reconnaître : le Français a instauré une rigueur managériale que Maranello attendait depuis de longues années. Parmi les voix les plus autorisées pour en témoigner, celle de Jean Alesi résonne avec une sincérité particulière. L’ancien pilote de la Scuderia, qui a disputé cinq saisons sous les couleurs rouges, n’a pas hésité à saluer cette évolution avec enthousiasme et franchise.
Alesi impressionné dès les premiers instants
Dans un entretien accordé à RacingNews365, Jean Alesi a exprimé sans détour son admiration pour le travail accompli par le directeur d’écurie français. « Fred, dès le premier jour, fait un travail remarquable. Diriger une équipe de Formule 1 doit être, je l’ignore, une expérience incroyable et d’une complexité inouïe. Mais à Ferrari, c’est une tout autre dimension. La pression est décuplée. »
Ces propos prennent tout leur sens lorsqu’on mesure l’ampleur des attentes pesant sur les épaules de quiconque prend les rênes de la Scuderia. Ferrari n’est pas une écurie comme les autres : c’est une institution, un mythe vivant, soutenu par des millions de tifosi qui analysent chaque décision, chaque stratégie et chaque résultat avec une passion inégalée.
Alesi a également mis en lumière un défi majeur de la période précédente : la cohésion interne. « C’est la raison pour laquelle Vasseur était si exaspéré l’an dernier. Pour lui, maintenir l’unité au sein de l’équipe représentait un défi colossal. Les critiques incessantes, tant envers l’équipe qu’envers sa personne, avaient fini par ébranler l’équilibre collectif. »
Les réformes structurelles : la méthode Vasseur
Dès son arrivée à Maranello, Vasseur n’a pas hésité à remettre en question l’organisation en place. L’une de ses premières décisions fortes a été de remplacer Ignacio Rueda par Ravin Jain à la tête de la stratégie de course. Une ascension méritée pour cet ingénieur diplômé d’Oxford, entré chez Ferrari en tant que simple stagiaire.
Vasseur a également lancé une vaste campagne de recrutement. « Nous avons embauché environ 25 personnes, mais nous en cherchons encore », confiait-il, conscient des difficultés à attirer les meilleurs ingénieurs britanniques au sein d’une structure italienne. Son recrutement le plus emblématique reste sans conteste celui de Loïc Serra, débauché chez Mercedes pour prendre la direction technique du châssis. Une opération négociée dès 2023, dont les effets devaient se concrétiser pleinement avec la SF-26 et le nouveau règlement de 2026.
Parallèlement, Diego Ioverno a pris en charge la coordination des opérations en piste dès 2023, tandis qu’un nouveau responsable des opérations performance, également français, est venu renforcer la structure. La philosophie de Vasseur est limpide : bâtir une organisation cohérente, où chaque acteur connaît précisément son rôle et ses responsabilités.
Les résultats sportifs : une progression contrastée
2023 : les premières fondations
La première saison de Vasseur à la tête de Ferrari s’est conclue par une troisième place au championnat des constructeurs, à seulement trois points de Mercedes. L’événement marquant de l’année reste sans conteste la victoire de Carlos Sainz au Grand Prix de Singapour, la seule victoire non-Red Bull de la saison, dans un contexte marqué par la domination écrasante de la RB19.
2024 : la confirmation
L’exercice 2024 a constitué la meilleure saison de Vasseur à la tête de Ferrari. Avec cinq victoires – Monaco, Australie (premier doublé de son mandat), Italie, États-Unis et Mexico – et 22 podiums, la Scuderia a terminé deuxième au championnat des constructeurs, totalisant 652 points, à seulement 14 unités de McLaren. Une saison historique selon les statistiques internes de Ferrari, la meilleure depuis dix ans.
2025 : le sacrifice assumé
La saison 2025 a marqué un net recul pour l’écurie. Aucune victoire, seulement sept podiums – tous signés par Charles Leclerc – et une quatrième place au championnat, leur pire résultat depuis 2020. Ce revers était toutefois partiellement délibéré. Dès la fin du mois d’avril, Vasseur avait pris la décision de concentrer toutes les ressources sur le développement de la SF-26 : « Lorsque vous avez encore 18 ou 20 courses à disputer et que vous savez que vous n’apporterez aucune évolution aérodynamique, la gestion psychologique devient extrêmement délicate. » Il a d’ailleurs reconnu avoir peut-être sous-estimé cet aspect : « C’était une décision difficile, et j’ai sans doute minimisé son impact sur le moral des troupes. »
L’arrivée de Lewis Hamilton, pour sa première saison chez Ferrari, n’a pas non plus été des plus aisées. Le Britannique a peiné à s’adapter à l’environnement et aux spécificités de la monoplace, aggravant les difficultés de l’équipe. C’est dans ce contexte que Leclerc avait exprimé sa frustration face à la réglementation 2026, jugée préjudiciable à l’art du tour de qualification.
La SF-26 : les fruits d’une stratégie à long terme
Avec l’entrée en vigueur du nouveau règlement 2026, touchant à la fois l’aérodynamique, les groupes propulseurs et la gestion de l’énergie, Ferrari place tous ses espoirs dans la SF-26 pour renouer avec les sommets. La monoplace, développée sous la direction de Loïc Serra et d’Enrico Gualtieri, a été dévoilée lors d’un shakedown à Fiorano le 23 janvier 2026. Plus de 6 000 kilomètres parcourus en essais, une fiabilité jugée satisfaisante – autant d’éléments qui réjouissent Vasseur : « Si nous ne pouvons pas rouler de manière constante, nous ne collectons pas de données exploitables. »
Loïc Serra, le directeur technique, insiste quant à lui sur la philosophie de conception : « Nous avions une feuille blanche pour cette réglementation 2026, ce qui était à la fois excitant et périlleux. Le défi consistait à explorer toutes les pistes sans s’engager prématurément dans une direction. » Cette prudence méthodique reflète parfaitement l’approche managériale impulsée par Vasseur depuis son arrivée.
Les premiers résultats en 2026 s’avèrent prometteurs. Hamilton et Leclerc ont tous deux signé des podiums, confirmant que la Scuderia semble enfin sur la bonne voie. Jean Alesi s’est d’ailleurs dit « très impressionné » par la SF-26, la qualifiant de « véritable voiture Ferrari », symbole d’une direction technique enfin cohérente. Pour lui, la situation est claire : « Il semble désormais que Ferrari soit sur la bonne voie. »
La pression médiatique : un défi permanent
Vasseur a dû apprendre à composer avec l’intense pression médiatique qui entoure Ferrari. Il est conscient de l’impact des rumeurs sur le moral de ses équipes : « Les ingénieurs, souvent très jeunes, se concentrent sur leur travail. Si les médias laissent entendre que quelqu’un va arriver pour occuper leur poste, ils commencent à douter de leur avenir. » Cette attention portée au bien-être interne distingue son management de celui de ses prédécesseurs.
Sa prolongation de contrat, annoncée à Budapest avant le Grand Prix de Hongrie 2025, a envoyé un signal fort. Le président John Elkann et le CEO Benedetto Vigna ont salué sa vision et son impact culturel. Ce dernier a déclaré : « Nous tenions à saluer le travail accompli et à nous engager sur les défis à venir. Ce renouvellement témoigne de notre confiance dans le leadership de Fred, une confiance fondée sur une ambition partagée, des attentes mutuelles et une responsabilité clairement définie. » Vasseur a répondu : « Ce renouvellement n’est pas seulement une confirmation, c’est un nouveau défi. »
Il est intéressant de noter que Jean Todt, son illustre prédécesseur à la tête d’écuries prestigieuses, avait lui aussi résisté à des offres alléchantes pour rester fidèle à ses projets. Une forme de constance dans la durée qui semble caractériser les grands directeurs d’équipe.
Avant Vasseur : quand Ferrari était « insoutenable à regarder »
Pour mesurer pleinement le chemin parcouru, il convient de se remémorer l’état de Ferrari avant janvier 2023. Les erreurs stratégiques à répétition – mauvais choix de pneumatiques, arrêts aux stands mal synchronisés, communication interne défaillante – avaient coûté à l’écurie des victoires et, potentiellement, un titre mondial en 2022. Jean Alesi ne mâchait pas ses mots à l’époque : « Soyons honnêtes, sur le plan tactique, Ferrari était insoutenable à regarder. »
Le bilan de Mattia Binotto, malgré une monoplace souvent performante, avait été entaché par ces dysfonctionnements opérationnels. Vasseur est arrivé avec une culture différente, forgée au cours de ses six saisons chez Sauber et Alfa Romeo : l’exigence, la méthode et la communication directe. Un style que Jean Alesi résume parfaitement lorsqu’il évoque la capacité du Français à « maintenir la cohésion de l’équipe » malgré les tempêtes.
Pour Vasseur, l’objectif reste simple, mais ambitieux : « Nous prenons la piste pour donner le meilleur de nous-mêmes, nous battre et viser la victoire. » Avec la SF-26 et les nouvelles règles de 2026, Ferrari aborde une saison qui pourrait s’avérer historique – seize ans après son dernier titre des constructeurs. La méthode Vasseur, saluée par Alesi, va désormais devoir affronter l’épreuve des faits.






